Auteur : Mère Agnès Lê Thi Tô Huong, Prieure de la communauté de Thu-Dúc

Chapeau : Témoignage sur les valeurs monastiques au Vietnam

La vocation vient de Dieu.

La vocation fondamentale de tout chrétien en réalité, est une vocation contemplative, parce que ce que visent finalement tous les appelés par Dieu est la recherche et la vision de Dieu. Il veut que nous soyons tous réellement heureux. En ce qui concerne la vocation monastique, don gratuit de l’amour de Dieu, le moine possède l’opportunité de vivre cette dimension sacrée. Pendant les années précédentes, les vocations religieuses étaient nombreuses en Europe et en Afrique. Mais actuellement c’est au Vietnam.

Nous essayons d’aborder quelques points sur cette question.

1 - La situation actuelle de la société avec ses impacts.

Nombreuses sont les observations disant que notre époque est celle de”l’accélération de la vitesse”, du “tout et tout de suite”. C’est pourquoi, tout semble tourbillonner à toute vitesse jusqu’au point de perdre la tête. L’homme du temps actuel doit offrir toutes ses forces et capacités pour répondre aux problèmes, aux besoins du domaine économique, technique et du confort.

L’homme alors poursuit les développements économiques et ne vise que le rendement, l’efficacité… Résultat : les relations familiales, l’unité familiale baissent ou disparaissent. Les parents et les enfants n’ont plus de temps pour vivre ensemble, pour échanger …Pas de rencontre profonde entre parents et enfants ; si cela existe encore c’est très rare. La société actuelle, société pleine de plaisirs, invite l’homme à la libre consommation pour finir dans le regret.

Le Vietnam se trouve aussi au milieu de ce tourbillon, bien que le pays ne soit pas encore compté parmi les pays hautement industrialisés. Pourtant, il a été touché par la globalisation et peut-être il est déjà sur la voie.

2 -Les jeunes au sein de la culture vietnamienne.

Provenant d’une culture centrée sur la vie de village et l’agriculture aquatique, le peuple vietnamien privilégie les vertus humaines et l’hospitalité….Jour après jour, les gens vivent dans la nature, et par là sont très proches les uns des autres. Une vie très simple. Ils désirent toujours la communion entre les 3 facteurs Ciel-Terre-Homme pour vivre en paix.

Les vietnamiens sont riches en affectivité et intuition, c’est ce qui peut leur permettre une prise de conscience profonde de la nécessité de faire communauté et d’être solidaires face aux calamités et au besoin de développer l’efficacité dans le travail. Il faut avouer que, plus que d’autres peuples, les Vietnamiens sont très sentimentaux, intérieurs, sensibles et affectueux. Ils sont marqués par la piété filiale, l’amour du pays.

Possédant une intuition très profonde et mystique à l’égard de la nature, et de la vie, les Vietnamiens ordinairement acceptant gaiement la double face de la vie : il y a du bien dans le mal, le yin et le yang se compénètrent et se complètent. C’est pourquoi, ils ne se désespèrent pas mais s’efforcent de remonter la pente. Ils sont prêts à s’aimer et à se protéger mutuellement. C’est la façon de respecter la vie, honorer les vertus humaines et exclure la violence de la conscience… Et la famille est le milieu formateur des vocations. C’est la pépinière des vocations religieuses.

Ces valeurs sont une terre fertile propice au germe de vie monastique.

Aujourd’hui, bien que les jeunes soient fortement séduits par le confort matériel, beaucoup parmi eux cependant désirent les valeurs spirituelles. Ceci constitue un point essentiel de la vie monastique.

Objectivement, il semble qu’il y ait aujourd’hui une augmentation très rapide des vocations au Vietnam. Pourquoi ?

Au contact des moines, qu’est-ce qui attirent les jeunes ?

Voici les réflexions de nos jeunes soeurs.

Depuis toujours, la vie religieuse est très estimée de tous côtés. En fait, c’est un idéal de vie très élevé. En vérité, beaucoup parmi ceux qui ont la chance d’être en contact avec la vie monastique, reconnaissent que les traits caractéristiques de cette vie sont la simplicité et l’élévation provenant d’une vie de prière. Un visage reflétant ces valeurs, frappe les jeunes, qui n’aiment pas les discours mais veulent voir un témoignage vivant.

   a / Positivement

La vie monastique possède des points communs avec la vie religieuse. Mais elle a aussi des traits particuliers. Une solitude silencieuse est nécessaire pour aider le moine à vivre fidèlement sa vocation. Une vie ancrée dans le Christ, vécue au rythme monotone et tranquille, pourrait être ennuyeuse pour les séculiers.

En réalité, pour tout le monde, qu’on soit prêtre, religieux ou laïc, et même pour des non chrétiens, au fond du coeur de chacun il y a toujours le désir d’un certain sacré que l’on recherché.

Un dicton vietnamien dit : “Près de l'encre il fait noir, près de la lumière, il fait clair”. Ainsi, le milieu a une influence sur la vie de l'homme. Par manque de maturité et de force spirituelle, nous sommes aussi attirés par le milieu ambiant. Comme le montrent les faits, notre civilisation est remplie de bruits, d'images et d’innombrables informations. C’est pourquoi le moine devrait nécessairement se donner l’habitude de réserver des moments de silence, d’intimité avec le Christ afin de pouvoir servir les hommes.

La beauté de la vie monastique est entourée par la vie de prière. Elle a une force d’attrait et d’influence très grande. C’est une force d’amour dont la puissance vient de la prière. Le critère fondamental pour entrer dans la vie monastique, commun à tous sans distinction de race ou de niveau de vie ou de réussite professionnelle, c’est le désir de chercher Dieu réellement. La motivation qui pousse les jeunes à s’engager dans la vie monastique ce n’est pas la richesse (les moines ne sont pas riches), ni l’occasion de promotion ni la fuite de la société, bien que, dans les débuts, on pisse être tenté par cette tendance négative. Ce qui attire au fond c’est la haute paix provenant d’une vie de prière et d’un espace sanctifíé. L’environnement extérieur a une valeur réelle quand il aide l’homme à élever son esprit vers le Seigneur. On peut reconnaître et contempler Dieu dans la nature ...

Vraiment, le silence intérieur est une condition sine qua non pour que le moine puisse s’unir à Dieu au long des jours. Beaucoup font cette remarque : un moine authentique possède une force de séduction étonnante qui conduit l’homme à Dieu. Ce n’est pas l’éloquence ou le talent de prêcher ni la capacité d’organisation ou de leader…mais c’est l’homme spirituel répandant la paix du Seigneur ; c’est un appel d’amour vivant, car le Royaume de Dieu est ici.

Plusieurs moines racontent : avant leur entrée dans le monastère, la plupart d’entre eux ne connaissaient rien de la vie monastique. Mais par des intermédiaires et par les contacts directs avec le monastère, ils ont reconnus la simplicité et la paix intérieure, joyeuse, rayonnante sur le visage des moines en même temps qu’ un espace de silence pur et doux. Tout semble immergé dans un monde mystique et épuré. Oui, tout semble “statique”, mais en fait tout est en mouvement”, parce que ce monde reçoit et nourrit une force de vie intense en faveur de l’Église. De la communauté peut venir le réconfort pour ceux qui ploient sous le fardeau de la vie. Comme le grain qui pousse silencieusement, les moines coopèrent au salut de l’humanité …

La force de vie de la communauté est maintenue dans une atmosphère familiale : un amour authentique, une acceptation totale dans le pardon et une collaboration pour construire le Corps Mystique du Christ dans sa propre communauté … En réalité, c’est dans et à travers la vie de chaque jour de la communauté – milieu de formation et d’entraînement efficace - qu’on contribue fortement à la vie de la communauté. Par là, se développent le sens des responsabilités et la maturité, humaine dans la durée.

La communauté ressemble à une famille, mais exige de chacun de ses membres une foi plus forte, parce que tous sont des hommes imparfaits mais doivent vivre ensemble toute leur vie par le voeu de stabilité. Ceci exige que chaque membre ait la maturité spirituelle, pour vivre harmonieusement ensemble, rayonnant d’amour grâce à la prière et à la fraternité, tous, ainsi répondent à l’amour de Dieu de manière libre et créatrice, purifiée de toute tendance séculière.

b / Négativement

Cependant il reste un aspect négatif : d’aucun estime que la vie religieuse pourrait être une occasion de promotion personnelle. Ceci existe encore aujourd’hui et peut effleurer de quelque façon le coeur et l’esprit des candidats à la vie religieuse.

Un autre aspect a été relevé : après une longue période de vie difficile depuis la réunification du pays, la jeunesse vietnamienne a soif de promotion et de connaissance intellectuelle. La majorité vise une profession stable avec un haut salaire pour se donner une vie confortable au rythme de la société consumériste. Cependant, cette possibilité n’est pas à portée de main des pauvres et des ruraux. C’est pourquoi, d’une certaine façon, la vie religieuse apparaît à leurs yeux, comme une opportunité naturelle pour accéder à une vie signifiante et plénière. Peut être, est-ce une raison qui pousse les jeunes à la vie monastique ?

La vie monastique est aussi imprégnée de ces éléments négatifs. Bien que les moines ne travaillent pas à l’extérieur, la mentalité des jeunes moines en est imbue. Entrant dans la communauté, ils apportent avec eux en même temps toute l’énergie et l’ancien style de vie, avec une éducation qui n’est pas adaptée face aux besoins de développement des pays du monde. Les jeunes dans la société actuelle sont atteints par l’affaiblissement de la conscience morale, du sens de la responsabilité, un manque de capacité à penser…Peut être tout cela existe aussi dans la vie monastique ?

Aussi quel est le problème qui se pose aujourd’hui et dans l’avenir ?

Bien que le Vietnam possède des conditions favorables à l’épanouissement de la vie monastique, dans la situation actuelle de la société, est-ce possible pour le moine de vivre fidèlement à sa vocation ?

Il faut que la vie monastique conserve et fortifie la vie communautaire, ayant pour but “absolument ne rien préférer au Christ”. De plus la formation profitera à la communauté et à l’Église si elle est faite et se développe sur une base solide, c’est-à-dire le Christ.

Si les jeunes se sentent respectés et sincèrement encouragés, ils se considèreront comme membres authentiques de la communauté. Certainement ils n’auront plus cette mentalité de comparaison, de dépendance ou d’exigence excessive. Mais parfois, les jeunes oublient leur origine, ils deviennent bourgeois, exigeants ou ne savent plus du tout économiser ; mais, au fond de leur coeur, ils ont soif d’une vie spirituelle. Sinon, ils se seraient retirés de ce milieu austère.

Oui, les responsables et les aînés devraient être avant tout des personnes spirituelles pour aider les jeunes à s’engager totalement dans la vie monastique.

Face au développement de la société actuelle, la formation monastique doit affronter nécessairement des épreuves. C’est pourquoi, on doit suivre la pédagogie de Jésus Christ de façon plus radicale.

En premier lieu, il faut aider les candidats à la vie monastique à devenir des disciples authentiques de Jésus. De cette façon, la formation ne se limite pas à des connaissances livresques mais une formation à la vie, un processus d’expérience d’après le modèle de Jésus dans “l’école du service de Dieu”.

Seul l’Esprit de Jésus Christ peut mouler notre “homme intérieur” d’après Jésus.

La communauté devrait être un espace d’accueil plein d’humanité, où chacun peut grandir et s’avancer vers la maturité en Jésus Christ.

Finalement nous sommes toujours invités à prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers. Que des jeunes veuillent encore répondre avec générosité à l’appel du Christ.

Conclusion

Avec le développement de la société actuelle, dans l’avenir, dans 20 ans, est ce que les jeunes désireront encore s’engager dans la vie monastique ?

Les jeunes sont des êtres dynamiques, vivant dans un milieu très bruyant, courant derrière les modes et les moyens. Comment les conquérir ?

En réalité, il est très difficile de s’épanouir dans la vie monastique et contemplative, si l’on manque d’une forte motivation spirituelle, un feu stable rayonnant dans le coeur – c’est l’amour absolu offert uniquement à Jésus Christ.Tous ces éléments devraient être nourris et forgés par la vie de prière elle même, dans une intimité avec Dieu. C’est grâce à ce feu seulement que le moine peut faire ce que Jésus a enseigné : réchauffer et éclairer le monde!