Moines bénédictins coptes catholiques
Célébration des trois ans de notre fondation

Frère Maximillian Musindal, osb
Prieur au Caire (Égypte)

 

Voici quelques nouvelles de la fondation des moines de Saint- Ottilien au Caire (Égypte).

Nos maisons

CairemonastereNotre humble vie a commencé dans un appartement loué au centre du Caire ; il appartenait aux missionnaires Comboniens ; puis nous avons loué une villa franciscaine à Mokattam. Ce fut notre première résidence officielle en Égypte.

Pour accueillir nos hôtes, nous avons mis en place trois « unités », soit six chambres supplémentaires avec salle de bains intérieure et commodités. Nous avons acheté une propriété agricole de quelques douze hectares puis environ six hectares voisins dans la province d’Ismailia : la propriété comportait en plus une petite villa de trois chambres. À la ferme il y a des oliviers et des manguiers.

Au moment de la reconnaissance canonique et du lancement officiel, notre villa possédait une chapelle de style copte, dédiée à saint Benoît et bénie par Sa Béatitude Ibrahim Ishaq, patriarche copte catholique d’Alexandrie.

Finalement un prêtre copte catholique canado-égyptien, abuna Bishoy Yassa, a proposé de nous offrir une propriété qu’il possédait. Après quelques discussions et consultations, nous avons accepté son offre. Ce fut notre première propriété en Haute-Égypte. Il s’agit d’un terrain important avec une villa qui nécessitera quelques rénovations et ajustements pour devenir un monastère. Nous espérons faire de cette maison la pépinière de nos vocations car il y a beaucoup de vocations dans cette région. C’est notre troisième maison en Égypte.

Presque tous nos projets concernent Ismailia. La stabilité financière de notre fondation dépendra de la façon dont nous saurons gérer ce lieu.

 

Hébergement

Lorsque nous avons acheté la propriété d’Ismailia il y avait une maison comportant trois chambres, une cuisine, une salle à manger, deux salles de bains, une véranda (que nous avons transformée en chapelle) et, derrière, une piscine délabrée. Devant loger de plus en plus de monde nous avons, grâce à nos bienfaiteurs, fait construire deux autres étages. Nous pouvons maintenant recevoir dix personnes, ce qui suffit pour accueillir tous les frères à la fois. Au départ c’était un grand défi.

À côté de l’entrée principale, nous avons disposé une structure permanente permettant de loger l’agent de sécurité, une petite mosquée toute simple pour nos travailleurs et une salle pour les policiers au cas où le gouvernement en enverrait pour assurer la sécurité. En face il y a un petit bâtiment indépendant destiné aux jeunes et qui peut recevoir au maximum quatre personnes. Depuis notre installation à Ismailia, de nombreux religieux du Caire et d’Ismailia apprécient notre maison à cause de son environnement calme pour faire une retraite, une récollection ou simplement se reposer. Ce succès nous a conduits à augmenter le nombre de chambres pour accueillir nos hôtes.

 

La ferme, les olives et les mangues, les dattes, les citrons et les mandarines

La ferme d’Ismailia est en train de changer. Quand nous l’avons acquise, elle était en très mauvais état. Après un longue période de nettoyage, de changements et de remplacement de l’ancien système d’irrigation (grâce à Missio Muenchen), nous sommes en bonne voie pour en profiter. Sur les douze hectares initiaux, il y a 3 247 oliviers ; l’année dernière nous avons remplacé 200 arbres qui ont tous survécu. Sur la propriété de six hectares récemment acquise il y a 2 292 jeunes oliviers. Cela donne un total de 5 639 oliviers.

Outre les oliviers il y a 1 873 manguiers dont nous avons remplacé une trentaine de pieds. À l’achat de la ferme il y avait 80 orangers, que nous utilisons pour notre consommation domestique. Nous avons planté 100 dattiers saoudiens puis, par la suite, 35 citronniers et 5 mandariniers.

 

Poste de purification de l’eau

L’un de nos projets essentiels était la purification de l’eau. L’eau dont nous disposons est salée. Grâce à nos bienfaiteurs, nous avons pu ériger un poste de purification de l’eau. Ce projet ne profite pas qu’à nous seuls. Non loin de notre monastère il y a un grand village. Les femmes et les enfants doivent parcourir de longues distances à pied pour aller chercher de l’eau douce. Nous avons déroulé un tuyau pour leur en fournir. Beaucoup de familles musulmanes pauvres viennent s’approvisionner en eau douce au robinet placé à l’extérieur de l’enceinte, près de l’entrée principale.

 

CairechampJardin potager

L’agriculture maraîchère en Égypte se tourne rapidement vers les OGM. Les gens y investissent pour produire en quantité mais c’est au détriment de la qualité. Après plusieurs essais, nous avons réalisé que nous pouvions produire nos propres légumes dans notre ferme d’Ismailia. Investir dans l’agriculture biologique garantira la qualité de nos légumes.

Grâce à un don de la Société pontificale missionnaire, nous avons maintenant une salle de conférences de 100 places à la fine pointe de la technologie.

 

Gymnase et piscine

Pendant la pandémie, nous avons eu l’idée de faire remettre en service la piscine délabrée qui se trouvait à la ferme d’Ismailia lorsque nous l’avons achetée. Puis, après la piscine, nous avons décidé de mettre en place une salle de gymnastique. Ces deux projets sont nés par nécessité. Le confinement nous a été très pénible ; sans espace pour faire du sport et sans rencontre avec le monde, de telles installations sont devenues nécessaires. De plus cela permettait de proposer un espace de détente privé pour les religieux coptes en Égypte.

Le fait qu’un religieux, prêtre, moine ou sœur, ne soit pas autorisé à se détendre dans un lieu public est difficile à comprendre pour un étranger. Une étude a montré que les prêtres, y compris de nombreux missionnaires, n’ont pas cette facilité. Avoir un lieu de sport dans notre monastère serait donc un plus. De fait, une fois les deux installations terminées, de nombreux prêtres, y compris les coptes catholiques, les fréquentent. Cela fait partie d’un apostolat dont nous avons eu l’idée à la suite de « l’écoute » des besoins de l’environnement.

 

Les moutons

Les bédouins sont connus pour avoir des moutons, des chameaux, des vaches et des ânes. Autour de notre monastère se trouvent des villages de bédouins. C’est d’eux que nous avons appris à quel point l’élevage ovin peut être rentable. Les bédouins qui nous entourent n’ont pas de grands troupeaux de moutons, étant donné leur humble niveau de vie. Néanmoins, chacun d’eux en a de un à cinq. À la fin de l’année dernière, après une étude sérieuse, nous avons envisagé de nous lancer dans l’élevage ovin. Le premier défi à relever était de savoir comment trouver de la nourriture pour les bêtes. Une partie de nos terres agricoles ne convenait pas aux oliviers : nous avons donc déraciné 420 arbres non performants. Cela nous a libéré près d’un hectare sur lesquels nous avons planté du bersim (trèfle d’Alexandrie). C’est une nourriture animale connue et très nutritive employée en Égypte. Ça pousse très bien ; nous en récoltons toutes les trois semaines, le broyons et le stockons. Nous avons acheté dix moutons pour commencer. Ça se passe bien. Cela nous donne l’espoir que, dans un proche avenir, après la rénovation des hangars de la ferme, nous pourrons nous aventurer dans l’engraissement des moutons pour le marché. Il est important de signaler qu’en Égypte, comme dans tous les pays à majorité musulmane, le mouton est nécessaire pour célébrer le Jour du Sacrifice (Aid el-Adha) qui rappelle le sacrifice du prophète Ibrahim. Or l’Égypte n’a pas assez de moutons : beaucoup sont importés. Par conséquent il y a là un marché qui existe déjà. Cette fête intervient un mois après le Ramadan. Selon nos recherches il est conseillé d’acheter de jeunes moutons, de les engraisser pendant quatre mois au maximum, puis de vendre tout le troupeau juste avant l’Aid el-Adha. Notre objectif, pour l’année à venir, est d’avoir 100 moutons. Nous avons un grand hangar où ils pourront tous tenir.

 

L’aide sociale

Notre monastère d’Ismailia est entouré de plusieurs villages pauvres. Nous n’avons pas négligé les nécessiteux dans ces villages. Dans la culture bédouine, la mère est entièrement en charge des enfants tandis que le père part à la recherche de nourriture et autres besoins. Il est fréquent de voir des mères venir mendier avec leurs enfants. Beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école ; l’éducation n’est pas une priorité. Le garçon est élevé pour protéger et subvenir aux besoins de la famille ; la fille est élevée pour être mariée, souvent dès 12 ans, et pour avoir des enfants. Les bédouins n’autorisent pas le mariage en dehors de leur famille élargie. Ils se marient le plus souvent entre cousins germains. Ils ont une culture très peu ouverte et tout étranger est considéré comme une menace pour leur survie. Nous sommes toutefois en mesure d’avoir des rapports avec eux après qu’ils se soient rendu compte que nous n’étions pas contre leurs valeurs culturelles. Une façon de les approcher est de soutenir les veuves nécessiteuses et leurs enfants. Actuellement, avec le soutien que procure Saint-Ottilien, nous versons une allocation mensuelle à treize veuves et aidons à acheter de la papeterie et des sacs pour leurs enfants qui vont à l’école. Selon les besoins de la famille, nous donnons entre dix et quinze euros par mois. Cela peut sembler peu mais sauve des vies.

Au début de l’année 2020, il y a eu une terrible pluie d’orage en Égypte. Presque toutes les maisons des villages voisins se sont effondrées. Les gens n’avaient aucun abri pour dormir. Ce fut un vrai désastre. Tous nos ouvriers étaient sans logement. Certains ont même demandé à venir vivre au monastère avec leur famille jusqu’à ce qu’ils puissent construire une nouvelle maison. Nos frères de Muensterschwarzach étaient en Égypte lorsque cette tragédie s’est produite. Avec l’aide que Muensterschwarzach nous a procuré, tous nos ouvriers ont pu avoir des maisons permanentes. Nous apprécions vraiment ce genre de soutien. Cela a beaucoup de valeur pour nous en tant que communauté de moines entourée de familles musulmanes. Le peu que nous faisons pour toucher leur vie parle plus que de leur réciter la Bible. Outre cela, il y a toujours des gens qui viennent frapper à notre porte pour mendier du pain ou des médicaments ou même une couverture. Si nous le pouvons, nous donnons. Si nous ne pouvons pas le faire, nous avons quand même un mot gentil. Le fait qu’ils viennent frapper chez nous est déjà un signe de confiance.
Il est important de parler du rôle joué par la procure de Muensterschwarzach. L’Égypte connaît un afflux important de réfugiés en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Les réfugiés érythréens et soudanais sont pris en charge par les pères Comboniens. Au cours des dernières années leur nombre écrasant a dépassé ce que ces pères pouvaient assumer. En ce qui concerne la pastorale, ils ont demandé au père Maximilian de les aider dans les visites à domicile et l’administration des sacrements. Aux moments des plus grands besoins, la procure de Muensterschwarzach a aidé pour leur éducation et leurs besoins fondamentaux. Avec la pandémie de COVID-19, la situation s’est à nouveau aggravée… Depuis, les réfugiés dépendant entièrement des dons, la procure de Muensterschwarzach a beaucoup aidé en donnant de l’argent pour acheter des denrées alimentaires, des lingettes désinfectantes, des masques, etc. Nous apprécions vraiment ce genre d’aide sociale. Le défi demeure. Nous avons constitué un conseil pour voir comment soutenir ces familles de réfugiés qui ne vivent que de dons. Nous avons présenté plusieurs projets mais réalisons qu’il est difficile d’obtenir des autorisations pour certains d’entre eux en raison des restrictions mises en place par les autorités civiles. Les seuls projets viables sont ceux qui peuvent être gérés directement par l’Église, pour que les réfugiés puissent tenir. L’équipe technique travaille sur le projet que nous lancerons avec les organismes qui soutiennent ces réfugiés érythréens et soudanais en Égypte.

 

Les hommes, les vocations, la formation

Nous sommes une communauté de six membres : un profès perpétuel (père Maximilian), deux frères profès temporaires (frère Bruno et frère Arsanius), deux novices (père Emmanuel et frère Antonius) et un postulant (Mikhail). Nous avons en outre un oblat novice (abuna Bishoy du diocèse d’Asyut). Jusqu’au 23 novembre 2020 nous avions trois profès temporaires.

Parmi les jeunes qui se renseignent et expriment le désir de se joindre à nous, il y a plus d’orthodoxes que de catholiques. Il est évident qu’il existe une tension entre les deux Églises. Certains évêques catholiques ne sont pas favorables au fait que nous admettions des jeunes d’origine orthodoxe. Ils redoutent une invasion. Afin que leur choix de quitter l’Église orthodoxe pour l’Église catholique soit bien clair, il faudra qu’ils aient fréquenté une paroisse catholique pendant au moins six mois sans interruption. La recommandation du curé ne suffira plus. Ils devront également en obtenir une de l’évêque de leur diocèse. Nous avons trois jeunes hommes d’origine orthodoxe qui demandent à se joindre à nous. Nous leur avons conseillé de faire les premiers pas en juillet 2021, ils auront alors atteint l’exigence des six mois. Pendant cette période, ils nous rendront visite « pour voir ».

Tout ce programme de formation est donné en arabe, notre confrère, le frère Arsanius, y a un rôle très important. Il traduit ce que dit l’Abbé Président qui enseigne par Zoom. Il traduit également toutes les leçons sur la règle de saint Benoît que nous utilisons en cours.

Nous ne manquerons pas de mentionner le rôle joué par l’abbé émérite de Muensterschwarzach, le père Fidelis Gerhard Ruppert : ses nombreuses visites en Égypte pour donner de courtes conférences et cours à la communauté ont toujours été une richesse pour notre formation. Malheureusement, la pandémie de COVID-19 a interrompu cette mission. Nous espérons qu’une fois l’épidémie vaincue le Père Abbé Fidelis pourra reprendre ses visites. Il nous manque ! Le père Fidelis a contribué à renforcer nos liens avec les grands monastères coptes orthodoxes de Saint-Macaire et de Saint-Antoine-le-Grand. Nous cherchons comment rendre ces relations plus fructueuses afin que certaines formations puissent être données dans ces monastères puisque nous avons les mêmes racines. C’est une entreprise difficile que nous seuls, moines bénédictins de l’Église catholique, pouvons mener.

 

La liturgie

CaireoratoireNotre liturgie est copte. Depuis un an, nous travaillons sur sa structure. Nous avons fait plusieurs essais avant de définir le style de notre liturgie. L’arrivée du père Emmanuel a été une bénédiction pour la communauté. En tant que prêtre copte catholique, il nous a beaucoup appris en matière de rite copte : messe, offices, liturgies spéciales selon les directives du synode des évêques de l’Église copte catholique. Les deux langues utilisées pour nos célébrations liturgiques sont l’arabe et le copte. Nous célébrons la messe trois fois par semaine : le dimanche, le mercredi et le vendredi. Notre journée commence à 5 h 30 en été et 6 h 30 en hiver. Le livre de prière catholique copte (Agbiyya) prévoit les prières du matin, de la troisième heure (9 h), de midi, du soir, de la nuit, l’office des moines et les prières de minuit. Habituellement, nous prions les offices du matin, de midi, du soir, de la nuit ainsi que l’office des moines (que nous sommes les seuls à célébrer). Les jours où il n’y a pas la messe, nous prions l’office de la troisième heure. Tous les samedis soirs, au lieu de l’office du soir, nous avons la cérémonie de l’encens (une liturgie très solennelle avec beaucoup d’encens) qui comprend une partie de l’office de la nuit.

 

Découverte de la mission

Découvrir notre mission de bénédictins missionnaires est très important. Certains de nos confrères ont eu la chance d’aller dans une de nos abbayes bénédictines ou de nos prieurés de la congrégation de Saint-Ottilien pour leur formation ou pour faire une expérience. Abuna Emmanuel, juste avant de rejoindre notre communauté, a passé deux semaines à Tigoni, au Kenya. Il avait besoin de cela pour avoir une première expérience de communauté bénédictine afin d’affiner son intention. Son expérience a été positive et à son retour, convaincu que c’est bien ce qu’il voulait, il s’est joint à nous. Le frère Arsanius a fait la deuxième partie de son postulat et tout son noviciat à Tigoni. Alors qu’il était à Tigoni, il a visité Tororo (Ouganda). En 2019, il a participé à une rencontre en Allemagne. Pendant ce voyage, il a eu la chance de visiter certains de nos monastères en Allemagne et dans les pays voisins. Le frère Bruno a récemment (octobre-décembre) eu la chance de visiter les abbayes de Saint-Ottilien, Muensterschwarzach, Schweiglberg et Georgenberg. Toutes ces expériences sont une richesse pour notre fondation.

 

Conclusion

Pour conclure, nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont soutenus et nous ont aidés à être là où nous en sommes. Nous apprécions chacun d’entre vous pour sa contribution qui est unique. Sans votre précieux soutien, les choses auraient été bien différentes.