Père Jean-Pierre Longeat, osb,
Président de l’AIM

Voyages en Amérique latine

Juin et juillet 2017

 

Au cours de ces derniers mois, il m’a été donné de visiter pour la première fois l’Amérique latine à travers deux pays, le Pérou et la Colombie, dont la beauté n’a d’égal que l’enracinement dans des cultures ancestrales toute de noblesse et de profondeur. J’ai pu visiter dans ces pays plusieurs monastères et participer à la réunion de l’ABECCA.

 

Voyage au Pérou

Lorsqu’on découvre la ville de Lima, on est loin d’avoir une approche de ce que représente l’ensemble très diversifié qu’est le Pérou. La grande difficulté pour ce pays est de coordonner les différentes caractéristiques de ses régions aux cultures si variées et de s’insérer dans la perspective d’une globalisation qui, justement, réduit les différences à l’aune de la valeur prioritaire de l’économie. Comment alors construire une identité nationale dont la capitale soit représentative ?

Le pouvoir en place est assez conservateur ; le commerce international tente de trouver son profit dans l'exploitation d'un pays qui, à la fois résiste et se laisse faire par brèches. Malgré cela, le développement du Pérou est incontestable. Il connaît l’un des plus forts développements de la région. Si, en termes de PIB, il se situe dans le premier tiers des économies de la planète (50e place), il n’occupe que la 85e place s’agissant de son PIB/habitant. Le Pérou cependant reste marqué par la pauvreté, par le poids de l’économie informelle (60 % de la population active) et par les disparités sociales, ethniques et géographiques. Caractérisé par une situation macro-économique saine, le Pérou a fondé son expansion sur le secteur primaire (mines, pêche, agriculture), l’ouverture – avec la multiplication des accords de libre-échange et une politique juridique et fiscale favorable aux investisseurs.

Le pays se classe parmi les cinq premiers producteurs mondiaux d’argent, de cuivre, de zinc, d’étain, de plomb et d’or. Malgré des efforts de diversification, le pays est dépendant de la bonne santé du secteur minier. Il faut noter aussi que le Pérou est devenu l’un des deux premiers producteurs mondiaux de cocaïne (derrière la Colombie).
Le pays est réputé rassembler quelques 85 % de catholiques. L'état péruvien a signé un concordat avec le Saint-Siège depuis 1980 tout en proclamant son autonomie vis-à-vis de la religion catholique et en reconnaissant les autres minorités croyantes. Mais l’État péruvien se comporte en État catholique de fait, et même si tout un travail est fait vers un positionnement intégrant une forme de laïcité, l'équilibre du fonctionnement est difficile à trouver. Il est intéressant de voir comment les monastères se situent dans un tel contexte.

 

Pachamacac

AmLatPachacamacSitué à l’écart de la ville, le monastère de Pachacamac est établi au pied de quelques petites montagnes qui l’entourent, formant un cadre enchanteur. Fondé par le monastère de Belmont, de la Congrégation anglaise, il y a quelques cinquante années, c’est un monastère qui vit la tradition monastique d’une manière assez classique partageant sa vie entre le travail, la prière et l’accueil. Il existe dans le pays quelques autres réalités monastiques. Il y a les sœurs de Tyburn à Sechura, il y a aussi les sœurs de Morropón, plus apostoliques, et enfin, les communautés de Ñaña et Chucuito dont le caractère est particulier et sur lesquelles je reviendrai.

À Pachacamac, il y a sept moines, tous péruviens sauf un anglais venu au Pérou dès les premières années de la fondation qui se trouvait alors à Piura. Des aspirants frappent à la porte, certains étaient présents durant mon séjour. Plusieurs devraient entrer dans les mois à venir.

Les moines vivent réellement dans une atmosphère de silence très remarquable. L’horaire se répartit ainsi : 4 h 40 Vigiles, 7 h Laudes-Messe (lectio entre les deux), petit-déjeuner, 12 h office du milieu du jour, 12 h 30 repas, 17 h 30 vêpres, 19 h dîner, récréation et complies.

Selon le Père Prieur Alex Echeandía, la réalité monastique n'est pas intégrée au paysage péruvien. La vie religieuse comme en bien d'autres pays de ce continent a été surtout apostolique et missionnaire si bien que le clergé ou les laïcs ignorent ce que sont des moines quelle que soit leur physionomie ; c'est même le cas encore de certains évêques. Un travail d’approfondissement et de communication s’impose. Le père Alex conçoit la vie monastique comme un lieu pour toucher les profondeurs de la foi et ainsi, permettre un développement de cette foi en ses fondements. Il pense que l’Église du Pérou en a besoin et que l'âme péruvienne comporte une dimension contemplative. Le père Alex travaille donc méthodiquement à développer ce propos à Pachacamac. Par ailleurs, le père Alex est un iconographe remarquable. Il anime des sessions dans son monastère et répond parfois à des demandes à l'extérieur.

 

Ñaña et Chucuito

AmLatNanaMême si je n’ai pas visité tous les monastères ou réalités monastiques au Pérou car ils sont trop éloignés les uns des autres, j'ai pu cependant me rendre à Ñaña qui n'est pas très loin de Lima et rencontrer là, dans le petit monastère fondé il y a cinquante ans par la Congrégation belge, le président de cette Congrégation, le supérieur de la communauté fondatrice, Wavreumont en Belgique, et les deux belges qui assurent la responsabilité à la fois de cette communauté et de celle qu'ils ont fondée sur le lac Titicaca, près de Puno, à Chucuito. En ces lieux, les frères belges se sont lancés dans un projet qu’ils partagent avec des laïcs faisant partie de la communauté afin d'être au plus proche de la population, notamment des pauvres, et de devenir un lieu de dialogue avec la culture andine sous différentes formes. Les deux moines qui portent ce projet sont les pères Bernard et Simon-Pierre. Le premier est le prieur et le deuxième a écrit plusieurs livres de grande qualité ; ils se réfèrent à la théologie de la Libération sans y être inféodés. Alors que le monastère de Ñaña fête cette année son jubilé d’or, la fondation de Chucuito va célébrer quant à elle ses vingt-cinq ans de présence à cet endroit. La question se pose inévitablement de savoir comment envisager l’avenir. Une possibilité pourrait être l'envoi de moines ou de moniales d'autres monastères dans le monde, ne serait-ce que pour passer un temps et soutenir ainsi le projet qui, me semble-t-il, a valeur de signe pour l’Amérique Latine. Un livre vient de sortir pour attester de cette expérience et mieux la faire connaître.

 

Lurín

J’ai eu également contact avec une communauté de clarisses qui vient de prendre la place de sœurs cisterciennes à Lurín. Ces dernières étaient trop âgées, elles sont reparties dans leur maison fondatrice en Espagne, pour la plupart ; l'une d'entre elles a rejoint la communauté de Ñaña où elle poursuit sa vocation. À Lurín, les clarisses ne sont que huit mais très jeunes, dans d’immenses bâtiments. Que vont-elles y vivre ? C’est encore trop tôt pour le dire.

AmLatMachuPicchuComment venir au Pérou sans prendre le temps d’une excursion à Cuzco et au Machu Picchu ? L’occasion m’en a été donné et je dois dire que, malgré la brièveté du séjour, cette expédition m’a profondément marqué tant elle fait plonger dans les profondeurs de la culture qui trouve là un accord parfait avec la nature. Se trouver quelques jours en ces lieux, c’est vivre une expérience de profondeur spirituelle qui marque incontestablement une étape dans le parcours d’une vie.

 

Voyage en Colombie

Un mois plus tard, je me trouvais en Colombie. J’étais accompagné d'une traductrice, Nathalie Raymond, qui a passé dix ans comme professeur d’histoire-géographie et directrice de projet en Amérique du Sud, et qui vient de séjourner au Vietnam durant six mois pour donner des cours de français et d'anglais au monastère de Thien Binh. Ces contributions rendent Nathalie proche de l'AIM et sa collaboration est précieuse.

L'atmosphère à Bogotá diffère beaucoup de celle de Lima. Les paysages sont très verdoyants même dans les zones les plus urbaines, les habitants semblent sereins malgré toute la réputation de violence et de trafics illicites qui leur colle à la peau. La circulation reste assez fluide et même si les automobilistes sont efficaces, ils ne courent pas de dangers inutiles. Mais aussitôt arrivé à Bogotá, c’est le départ pour Medellín afin de se rendre à Guatapé. Le père Humberto Ricón, prieur-administrateur de Guatapé, nous attend à l’aéroport. Les paysages sont vraiment beaux, le soleil s'est montré, tout rit et chante au long de l'itinéraire. Je suis sous le charme. La conversation peut aller bon train grâce à Nathalie qui traduit tout avec efficacité et discrétion.

 

Guatapé, Santa María de la Epifanía

AmLatGuatapeLacNous passons aux abords du lac touristique de Guatapé où les activités nautiques sont abondantes ; nous côtoyons un rocher gigantesque, la Piedra d’El Peñol, véritable attraction de la région. Nous découvrons le monastère dont l'architecture est remarquable de sobriété et de bon goût. Les constructions sont récentes puisqu'elles datent d'après le transfert des moines de Bogotá dans cette région en 1976, fuyant la ville de Bogotá, trop bruyante où ils étaient installés depuis 1968 à Usmé.

L’église est construite sur le plan basilical. Les murs sont peints en ocre. L’atmosphère est toute entière au calme et à la sérénité. Les moines chantent l’office selon le schéma B de la liturgie bénédictine. Un orgue accompagne doucement le chant.

Le dîner se passe très simplement ; puis c’est la vaisselle et un temps de récréation communautaire où je peux avoir quelques contacts. Après Complies, je ne tarde pas à me coucher et m’endors aussitôt pour une nouvelle nuit entrecoupée de nombreux réveils.

Jeudi 6 juilet, la cloche sonne à 4 heures du matin. L’office de Vigiles est à 4 heures 30. La communauté prend son temps pour cette office de nuit et tout sonne très juste. Les vigiles sont suivies d’une heure de lectio ou de prière personnelle, puis ce sont les Laudes à 6 heures 45 suivies de l’eucharistie.

AmLatGuatapeLe monastère se trouve dans les Andes colombiennes, à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer, encadré par une réserve forestière au pied du barrage de Guatapé. Vingt-quatre moines entre 25 et 86 ans vivent là en suivant la règle de saint Benoît. C’est en 1968 qu’un groupe de dix moines d’Envigado, près de Medellín, fut envoyé à Usmé au sud de la ville de Bogotá. En 1987, le monastère fut érigé en prieuré indépendant, et on effectua la première élection du prieur. Le père Lorenzo Ferrer fut élu, lui qui avait été à l’avant-garde de la communauté depuis sa fondation. À Pâques 1992, la communauté prit la décision de chercher un autre lieu pour s’y transférer ; après quelque temps de logement temporaire, un terrain put être acquis. Celui-ci se trouve dans la municipalité de Guatapé, à cinquante kilomètres de la ville de Medellín et avec une température moyenne de 20 degrés Celsius. Le monastère se trouve à 4 km du parc principal de Guatapé.

Le 11 juillet 1995 fut posée la première pierre du monastère. Les plans prévoyaient un agencement monastique traditionnel : une église de type basilical avec son cloître sur le côté vers lequel convergent les autres salles monastiques. Le monastère est conçu pour une capacité de trente moines et une dizaine d’hôtes, et dispose de quelques secteurs qui permettent d’accueillir des groupes d’hôtes plus nombreux pour la liturgie et pour une journée de silence et de prière.

En 1998, les bâtiments monastiques furent bénis sous la présidence de l’évêque diocésain avec la participation du voisinage et de nombreux amis. La communauté put s’installer dès le mois de mars. Le 31 juillet 1999, le monastère fut érigé en abbaye. Le 31 août fut élu le premier abbé du monastère en la personne du père Guillermo L. Arboleda T. Une nouvelle étape s’ouvrait pour la communauté en ce lieu béni.

Durant la récréation du soir, je parle longuement avec l’un des anciens de Usmé qui nous raconte ses souvenirs des temps héroïques.

 

Vendredi 7 juillet, monastère d’Envigado, Medellín

AmLatEnvigadoEn ce jour, nous nous rendons à Medellín par la route de la montagne et nous découvrons la ville depuis les hauteurs. Nous arrivons au monastère d’Envigado en longeant les murs de l’ancien collège qui appartenait aux bénédictins et qui est maintenant une structure indépendante. Le quartier porte le nom de Bénédictin. Nous arrivons bientôt sur l’emplacement actuel du monastère. Les moines ont ouvert un nouveau collège qui borde les murs de la communauté. L’ensemble forme quasiment un tout.
Les moines ne pourront pas rester dans leurs bâtiments. Ils ont opté pour construire un nouveau monastère, plus adapté à leur besoin et plus silencieux dans une autre partie de la propriété ; ils avaient en effet rejeté la possibilité d’aller hors de la ville et de s’éloigner de leur collège. Le monastère se déploie sur plusieurs étages. La chapelle est au sous-sol, le réfectoire et la cuisine au rez-de-chaussée. Les cellules sont au 3e et au 4e étages. Au-dessus, une terrasse permet de voir l’ensemble de la ville de Medellín. Le panorama est assez imprenable. Nous nous arrêtons à la bibliothèque qui fonctionne avec deux employés laïques.

La visite du collège nous donne l’occasion d’un contact avec quelques professeurs et plusieurs classes. Nous visitons la bibliothèque et le musée, ce dernier met en valeur une collection d’objets précolombiens avec une présentation ludique pour les élèves.

L’office est célébré selon le schéma B. Nous partageons la prière avec la communauté. Malheureusement, nous ne pouvons rester bien longtemps. Nous retournons à Guatapé dès le soir. Il est clair que l’approche est bien différente de celle de Guatapé : le collège tient une grande place dans l’activité du monastère. Le père Guillermo est toujours supérieur de cette communauté et délègue ses pouvoirs au prieur local. Cependant, il visite régulièrement les frères.

Il y a quatre monastères de moines en Colombie : Guatapé, Envigado, Tibatí et El Rosal, il y a aussi un monastère de Camaldules au nord de Medellín et une communauté de sœurs de la congrégation de Tyburn sur la commune de Guatapé. Guatapé est le plus « traditionnel » dans son approche de la vie monastique. Concernant le travail manuel, les ressources de Envigado, de Tibatí sont liées à leurs collèges, et celles de El Rosal, à une grosse entreprise de menuiserie et de production de lait.
Il y a incontestablement une difficulté par rapport aux vocations. C’est surtout lié à la mentalité des jeunes d’aujourd’hui marqués par l’instabilité et l’insécurité. Par ailleurs, faire toujours la même chose est difficile pour eux. Il y a aussi beaucoup de blessures profondes et une grande fragilité émotive.

La Colombie est un pays avec une foi assez dévotionnelle. Les messes sont très fréquentées. Il y a beaucoup de séminaristes et de prêtres ; dans le diocèse où se trouve Guatapé, on compte quelques 300 séminaristes en trois séminaires et 600 prêtres dont 200 sont en mission à l’extérieur de la Colombie. Malgré cela, les vocations monastiques sont rares. Faut-il faire le lien avec ce que j’entendais au Pérou ? Les conquistadors sont surtout venus avec des missionnaires, la réalité monastique n’a pas été importée à cette époque, elle est très récente en Amérique latine (mis à part le Brésil). D’autre part, il est difficile de trouver des supérieurs et des formateurs qui puissent être bien préparés.

L’ABECCA, Association Bénédictine-Cistercienne des Caraïbes et des Andes, organise tous les quatre ans une réunion des responsables des monastères où sont données quelques conférences. Ce peut être un bon point d’appui pour le développement des monastères dans cette région. On peut noter l’expérience intéressante d’échanges entre Guatapé et Pachacamac ; des jeunes moines de Pachacamac (Pérou) sont venus passer plusieurs mois à Guatapé pour leur formation monastique. De même le récent monastère du Costa Rica, de droit diocésain, à été parrainé par Guatapé. Il serait intéressant que ce genre d’initiatives soient bien partagées et que des échanges s’ensuivent pour voir quelle dynamique donner dans ce cadre.

Autrefois les monastères de Colombie se réunissaient chaque année avec deux ou trois délégués par monastères. Peut-être serait-ce une initiative à reprendre ?

 

Les sœurs de Guatapé

Un mot sur le monastère assez proche des sœurs bénédictines de la congrégation anglaise de Tyburn. Elles se trouvent dans un endroit encore plus isolé que les frères de Guatapé, en pleine montagne. La route pour accéder au monastère est en très mauvais état. Le monastère est construit sur le même plan que celui de Guatapé avec une église basilicale. C’est le même architecte qui a conçu l’un et l’autre. C’est très simple, de très bon goût même si c’est un peu inattendu dans un tel cadre, au milieu de nulle part. Les sœurs sont au nombre de cinq dont trois péruviennes, une espagnole et une seule colombienne. Nous visitons la maison et admirons la vue sur les montagnes depuis la terrasse de l’église autour du chevet. Cette communauté accueille d’assez nombreuses personnes pour des retraites personnelles en silence.
Chez les frères, à la messe du lendemain, il y a beaucoup de fidèles. Certains se trouvent même sur le parvis tellement l’église est remplie. Il y a une grande variété parmi eux. On sent bien que les Colombiens sont un peuple catholique mais la réalité de la sécularisation est en train de rattraper les pays catholiques d’Amérique du Sud et par ailleurs, la prolifération des communautés évangéliques fait une « concurrence » sévère à l’Église catholique.

 

Lundi 10 juillet

Dans l’après-midi de ce jour, je présente l’AIM à la communauté avec un Power-Point adapté. Un débat s’ensuit qui se poursuivra le soir à la récréation. L’ouverture sur la vie des communautés de la famille bénédictine est un élément important pour soutenir l’effort des unes et des autres. C’est toujours une surprise heureuse pour les moines et les moniales à travers le monde de se sentir appartenir à un réseau très vaste dont l’impact est bien réel.

Les 1ères Vêpres nous introduisent dans la solennité de saint Benoît.

 

Mardi 11 juillet

Pour la messe, le Père Prieur donne l’homélie qu’il m’avait demandé de rédiger. Situation bien inhabituelle mais dont le caractère fraternel est manifeste.

C’est donc ma dernière journée à Guatapé. Dans l’après-midi, je prends un peu le temps de vivre, je me promène seul à pied. C’est ma manière de dire au revoir à ces lieux qui ne m’auront certes pas été indifférents.

À la récréation du soir, ce sont les adieux : photos, paroles de remerciements mutuels, promesses de retour. Comme à l’accoutumée, chacun se souhaite le meilleur.

 

ABECCATibatiRéunion de l’ABECCA

Le mercredi 12 juillet, nous nous rendons à Bogotá, à la maison d’accueil où va avoir lieu la réunion de l’ABECCA, chez « les Servantes du cœur de Jésus ».

L’ABECCA est donc l’association monastique regroupant les monastères de la famille bénédictine-cistercienne du Nord de l’Amérique latine et des Caraïbes. Nous avons une première réunion dès le soir de l’arrivée. Le père Oscar Rivera, abbé du monastère de Porto Rico, assure l’intérim de la présidence qui jusqu’alors était exercée par Mère Stella Venezia, du Nicaragua. Cette dernière n’est plus supérieure du monastère de La Paz (Juigalpa) si bien qu’elle a dû quitter sa charge de Présidente.

 

Jeudi 13 juillet

Conférence du père Alex Echeandía, prieur du monastère de Pachacamac, au Pérou. Il parle de l’identité bénédictine-cistercienne : « À quelles valeurs ne peut-on pas renoncer pour ne pas perdre notre identité ? ». Des groupes de travail permettent de parler entre nous et ensuite en grand groupe.

L’après-midi, c’est la sœur Mahislen, de la fondation de Vittorchiano au Venezuela, qui prend la parole. Elle montre avec une bonne maîtrise le rapport entre vie monastique et dimension mystique. La discussion qui s’ensuit est très riche.

 

Vendredi 14 juillet

Le père Marco Antonio Maldonado, du monastère trappiste de Jacona au Mexique, nous livre une réflexion sur : « Comment communiquer notre identité et comment investir la culture cybernétique dans nos valeurs monastiques, aujourd’hui et demain ? ».

Dans l’après-midi, une sœur apostolique, Marta Inés Restrepo, nous parle d’une éducation à l’amour chaste pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Elle a fait ses études de psychologie en Europe. Elle a poursuivi sa formation à l’IET de Bruxelles et se réclame de Françoise Dolto. Mais par ailleurs, elle nous présente sa propre synthèse qui tient un bon équilibre.

Le soir, je présente l’AIM. L’un des participants soulignera à quel point la prise de conscience qu’il a eue alors lui permet de se représenter le travail des monastères comme celui de lampes allumées dans la nuit à travers le monde entier. Chacun est appelé à développer l’enjeu de la fraternité et de la solidarité entre les monastères, anciens ou nouveaux, riches et pauvres à la fois sous des formes variées.

 

Samedi 15 juillet

Nous nous rendons dès le matin en groupe au monastère d’El Rosal, de la congrégation de Saint-Ottilien. Il est situé à deux heures de là en bus. Je voyage à côté du père Jacques, prieur du monastère de Cuba, qui me parle de sa fondation. Il est lui-même originaire du Togo et c’est un grand dépaysement pour lui de se trouver à Cuba. Son témoignage m’impressionne et je nourris une belle admiration pour des moines fondateurs comme lui qui sont obligés de vivre une grande abnégation. Le développement de la fondation se fait lentement. Le Président de la Congrégation, le père Jeremias Schrœder, est venu à Cuba la semaine précédente pour inaugurer leur nouvelles installations.

Nous visitons le beau monastère d’El Rosal dans lequel je séjournerai à la fin de mon séjour. Après cela, nous nous dirigeons vers la cathédrale de sel (del Sal) dans la ville de Zipaquira. C’est une vaste mine de sel dans laquelle a été creusée une nef digne des plus grandes cathédrales et deux nefs latérales. L’atmosphère est très particulière. On aimerait pouvoir se recueillir davantage dans un lieu si fort, mais nous sommes à la fois en Amérique latine et sur un site devenu maintenant très touristique : le silence et le recueillement sont loin d’y être la règle.

 

Dimanche 16 juillet

ABECCApresidentteAprès l’office et le petit-déjeuner, se tient une réunion officielle de l’ABECCA pour envisager l’avenir. Le père Oscar Rivera ne souhaite pas poursuivre sa mission de présidence qu’il a bien tenue pendant l’intérim. Après une bonne discussion, le père Alex Echeandía de Pachacamac est élu président de l’ABECCA tandis que Mère María Luisa Ordaz, supérieure générale des sœurs catéchistes de Sainte-Marie de Mexico (Hermanas catequistas de María Santísima) assurera la vice-présidence, et le frère Javier Esteban López, de Tibatí, le secrétariat. Le père Oscar sera chargé de suivre la trésorerie. Tout cela se présente pour le mieux avec une équipe dynamique qui a l’intention de s’investir.

En fin de matinée, nous partons pour le monastère de Tibatí, où nous devons célébrer la messe dans la grande église du collège. Les moines tiennent ici un ensemble scolaire qui a une très bonne réputation dans la région et dont sont sortis bon nombre de responsables de la société colombienne.

Après avoir visité la maison, nous mangeons dans le grand réfectoire du groupe scolaire (les élèves ne sont pas présents pendant le week-end).

Dès le soir, je rejoins le monastère d’El Rosal en compagnie du Père Prieur et de l’un ou l’autre moines. Dans ce monastère, je suis installé à l’hôtellerie. Nous partageons le dîner avec la communauté, puis après avoir dit Complies sur place, nous regagnons bien vite nos chambres pour une nuit reconstituante.

Le prieuré d’El Rosal appartient à la congrégation allemande de Saint-Ottilien. Le monastère d’El Rosal a été fondé en 1924 par la communauté de Güigüe au Venezuela. Il se situait à l’origine dans le nord de la Colombie, près de la ville de Pamplona. Ce n’est qu’en 1957 que les moines envisagèrent de se déplacer dans une région plus appropriée près de Bogotá. La communauté opéra le transfert à El Rosal en 1961. Le monastère actuel comprend l’ensemble des bâtiments monastiques avec une hôtellerie d’environ dix-sept chambres. Les hôtes sont nombreux et divers. Les offices sont célébrés selon la liturgie des heures du bréviaire romain. Ce séjour à la fois paisible et en même temps source de bon contact me donnera une autre vision du monachisme en Colombie.

Il s’agit ici, pour le Père Prieur, de créer les conditions d’une vie familiale où les hôtes sont intégrés au réfectoire par exemple. Il y a une dimension de souplesse et d’ouverture dont la communauté pense qu’elle est porteuse d’avenir. Plusieurs candidats sont en attente.

AmLatElRosalMenuiserieL’atelier de menuiserie est de bon rendement malgré le fait qu’il emploie plusieurs salariés. La communauté est à taille humaine. Il y fait bon vivre. Elle reste inévitablement marquée par son origine allemande, mais souhaite nourrir un dialogue avec la population colombienne. Durant mon séjour, les supérieurs d’Amérique latine et d’Amérique du Nord de la congrégation se réunissent à El Rosal. Je suis heureux de les cotoyer : j’ai le plaisir de parler avec tous et acquiert quelques informations sur la situation au Venezuela ou sur le sort du monastère de Newton aux USA où se trouvent maintenant des frères coréens de Waegwan après que les moines américains, âgés, aient été transférés en d’autres lieux.

Ce séjour aura été très marquant pour moi. Ne connaissant pas jusqu’alors l’Amérique latine, sa découverte a été un choc et j’ai aimé d’emblée tous les lieux où je suis passé.

La réunion de la CIMBRA (Brésil) se tiendra au mois de novembre 2017. J’y poursuivrai la découverte de ce continent et des monastères qui s’y trouvent en attendant de me rendre un jour dans le Cône Sud qui bénéficie aussi d’un regroupement monastique, et de participer en 2019 à la grande réunion de l’EMLA en Argentine pour l’ensemble des monastères d’Amérique latine. Restons solidaires au cœur de la grande famille que nous formons pour le bien de tous nos monastères dans la grâce de l’Évangile.