11e EMLA, Mexico 2013

P. Paul Stonham, Équipe internationale

 

 

EMLACette année, du 23 au 28 juillet, l’EMLA (Encuentro Latino Americano monástico Rencontre monastique d’Amérique Latine) a eu lieu dans la périphérie de la ville de Mexico à la maison de retraite de la Conférence épiscopale mexicaine, près de l’abbaye de Tepeyac. Tous les quatre ans, les représentants des communautés bénédictines et cisterciennes et des congrégations de toute l’Amérique latine et des Caraïbes se réunissent pour discuter de sujets d’intérêt commun et partager leurs expériences. C’est un moment-clé, non seulement pour ceux qui vivent la vie monastique dans cette partie du monde, mais aussi pour l’Église catholique dans ce continent de l’espérance. La réunion de cette année a été particulièrement poignante du fait de la récente élection du pape argentin François et du fait que cette réunion a lieu pendant sa visite au Brésil pour les Journées Mondiales de la Jeunesse. Plus de cent-vingt sœurs, des moniales et des moines ont participé à la rencontre, qui était admirablement et efficacement organisée par sœur Patricia Henry, présidente de l’ABECCA (Association pour les Bénédictins et Cisterciens des Caraïbes et des Andes) et son équipe infatigable d’aides provenant de nombreuses communautés mexicaines. Parmi les personnes présentes il y avait l’Abbé Primat Notker Wolf, le père William Skudlarek de MID/DIM et l’abbé Paul Stonham de l’AIM. Le logement était très confortable et la restauration d’un niveau très élevé.

Emla4La dynamique de la rencontre était variée et animée, les participants travaillaient dur de 7 heures à 21 heures, incluant le temps pour l’Office et la Messe, les repas et les courtes pauses pour le repos et les loisirs. De nombreuses collectivités ont apporté leurs produits et il y avait une exposition sur la vie et l’histoire de la plupart des monastères et congrégations. Les principaux sujets d’étude et de discussion étaient les suivants : « Une analyse de notre réalité latino-américaine » par le professeur Juan Luis Hernández du Mexique, « La vie monastique 50 ans après Vatican II » par le P. Emanuele Bargelini, osb Cam, représentant la Cimbra (bénédictins et cisterciens brésiliens), « Les défis auxquelles la vie monastique doit faire face aujourd’hui » par la prieure Stella Maris Venezia, ocso, du Nicaragua (représentant ABECCA) et « Dialogue entre les valeurs monastiques et ceux de la société d’aujourd’hui » par sœur Juana Inés Bertrand, osb, de l’Argentine, qui représente le SURCO (bénédictins et cisterciens du Cono sur). Ces excellentes conférences, en espagnol et en portugais, sont disponibles sur divers sites Web et peuvent être obtenus auprès de l’AIM. Ils ont donné lieu à des discussions de groupe éclairantes et des séances plénières.

Emla3Puis il y avait des mini-présentations, entretiens d’environ 20 minutes, suivie d’une discussion générale sur les thèmes suivants : « L’Église après Aparecida », « Nouvelles tendances spirituelles », « Un contexte de violence dans lequel vivent de nombreux monastères », « Les réponses innovantes face à la pauvreté grandissante qui nous entoure » et « La vie monastique dans la jungle amazonienne ». En outre, le père William Skudlarek a parlé de l’impératif du dialogue inter-religieux en Amérique latine et dans les Caraïbes, la présidente de la Conférence des Religieux du Mexique, sœur Mercedes Casas, fsps, a salué l’assemblée en parlant de l’importance de la présence monastique dans l’Église locale, tandis que l’abbé Enrique Contreras a parlé de la version numérisée de Cuadernos Monásticos. L’Abbé Primat a parlé longuement sur les défis auxquels font face les communautés monastiques aujourd’hui dans toutes les régions du monde et a fait le point sur les modifications à Sant’Anselmo, tandis que l’abbé Vincent Bataille, osb, a parlé de la cause de canonisation du bienheureux Columba Marmion et que sœur Laura Forastieri, ocso, nous a encouragés à soutenir le mouvement pour que sainte Gertrude d’Helfta soit déclarée Docteur de l’Église. Le dernier jour, l’abbé Paul Stonham a parlé de l’histoire et le travail de l’AIM aujourd’hui et de la priorité pour le soutien de la formation sous toutes ses formes. Comme d’habitude, l’EMLA a composé un message qui a été envoyé à toutes les sœurs, les moniales et les moines de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Emla5Bien sûr, ces réunions ne sont pas le tout des travaux de la rencontre ; l’un des aspects les plus féconds est le rassemblement de tant de bénédictins et cisterciens et les liens d’amitié et de collaboration qui se nouent et se renouvellent. Il y avait aussi la célébration de la liturgie et d’autres moments de prière et de réflexion. Une journée a été consacrée à une visite culturelle de la ville de Mexico, avec la messe, présidée par le nonce, à la basilique de Notre-Dame de Guadalupe, inévitable point culminant d’une visite au Mexique. Un soir, il y eut un extraordinaire spectacle de danse folklorique et de musique typiquement mexicaine au Teatro San Benito dans le complexe de l’école bénédictine de Tepeyac, et le dernier soir la reconstitution d’une fiesta mexicaine typique dans tous ses aspects depuis une procession de la Nativité jusqu’aux échantillons de produits alimentaires en provenance de tous les coins de ce pays remarquable, en passant par beaucoup de danse et une abondance de tequila. Dans l’ensemble, tout le monde a convenu que c’était la meilleure EMLA jamais vue et les organisateurs n’eurent qu’à se féliciter d’un tel succès. 

 

 

Déclaration finale à partir des apports des membres de la réunion

 

Bonne nouvelle

• Nous croyons en l’amour que Dieu a pour nous et en son Fils Jésus Christ qui gouverne l’univers et est présent dans notre vie monastique, et nous vivons avec la paix de savoir que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu.

• L’expérience du Mystère Pascal nous fait regarder avec une totale espérance et allégresse notre réalité monastique et la société latino-américaine et des Caraïbes puisque nous savons que ce ne sont pas la mort, ni les crises, ni nos limites, péchés et peurs qui ont le dernier mot mais la vie qui vient du Christ.

Nous avons reçu, tous les monastères de notre région, un fort appel à vivre de foi et de confiance en l’action de l’Esprit Saint dans nos communautés et dans son Église. Nous avons pu constater durant la réunion des manifestations de jeunes et de laïques qui sont aujourd’hui des réponses de foi pour notre temps. Il nous a guidés depuis le début de notre vocation et agit maintenant au milieu des défis de ce monde en mutation rapide. Le centre de notre vie, ce qui nous définit c’est la rencontre d’une personne, le Christ, et d’un événement, son Mystère Pascal.

• La participation active et enthousiaste des jeunes dans une ambiance d’accueil des plus âgés est une bonne nouvelle où nous nous nourrissons mutuellement, unis dans la vocation et la tradition commune, pour, les yeux fixés sur Jésus et illuminés par sa lumière, suivre la transmission de l’esprit de saint Benoît.

• En ces jours, nous avons découvert une communauté qui, avec des manifestations différentes, montrent la richesse du don reçu et les différentes lumières de la présence monastique en Amérique Latine et aux Caraïbes. Nous savons que nous ne sommes pas seuls, que nous ne sommes pas des communautés isolées, nous sommes Église, nous avons Celui qui prie pour nous et avec qui porter nos fardeaux et nos préoccupations.

• Après avoir approfondi la difficile réalité de la société où nous avons écouté avec amour les clameurs et la recherche d’amour et de félicité des femmes et des hommes de notre temps, nous avons revalorisé le don de la communauté monastique en tant qu’espace amoureux de la rencontre avec le Christ où l’on peut atteindre la plénitude de la vie des femmes et des hommes nouveaux.

 

Défis

• Nous devons développer le zèle pour vivre dans une conversion personnelle et communautaire constante, où le Christ ressuscité soit effectivement le centre de toute notre vie et où, dans une écoute attentive à la Lectio divina, la prière, l’eucharistie, la vie communautaire et la règle de saint Benoît, nous développons l’humilité nécessaire pour maintenir ou changer ce qui est nécessaire pour vivre dans une plus grande plénitude et fidélité notre vocation monastique.

• Nos communautés doivent être connues pour l’amour de Dieu et des frères. Pour cela, nous devons développer une capacité d’accueil au moyen du dialogue et de l’écoute permanente entre les sœurs et les frères. Les jeunes, avec leurs mots, nous incitent à ce que nos monastères soit une école de charité, où nous nous pardonnons, nous corrigeons et nous acceptons et ainsi favoriser une culture de vie qui facilite la croissance du Christ à l’intérieur de chaque homme et chaque femme.

• Nous nous sentons appelés à ne pas vivre en nous regardant nous-mêmes mais à sortir à la rencontre des autres. Notre mission dans le monde, à partir de notre charisme, est de rendre présent le Christ au milieu d’une société qui est en train de se déplacer dans les espaces publics, les décisions politique, sociales et économiques.

• Nous somme appelés à vivre notre vie monastique comme un appel de Dieu au service de nos frères et sœurs dans la joie, la pauvreté et l’amour, pour ainsi transparaître le visage miséricordieux de Dieu.

• Nous voulons incarner les valeurs de la vie bénédictine pour que celle-ci soit un témoin de paix face à la violence, un cri d’espérance au milieu de la culture de mort, un lieu d’accueil pour les marginaux, et le lieu du Christ d’hier, d’aujourd’hui et de toujours, de stabilité et de discernement face aux changements culturels et au développement technologique de la société.

• Finalement, nous sommes reconnaissants envers ceux qui ont organisé cette rencontre, nous avons vécu une joyeuse réunion en amitié latino-américaine et caribéenne, où grâce à la prière en commun et la célébration de l’eucharistie, les présentations, les témoignages et la convivialité fraternelle, nous avons essayé de regarder toute notre réalité avec le regard du Christ, et guidés par l’esprit du concile Vatican II, de découvrir les signes des temps, accepter leurs défis, et constater un monachisme vivant, plein d’énergies et avec une mission pour l’Église latino-américaine et universelle.