Visite aux monastères d’Ouganda

P. Mark Butlin, membre de l’Équipe Internationale, juillet 2013

 

Abbaye trappistine de Notre-Dame de Victoria

VictoriaLa visite des monastères d’Ouganda commença par une semaine de retraite donnée au trappistes de l’abbaye de Notre-Dame de Victoria dans l’Ouest du pays à quelque 60 km de Masaka. A l’origine, le monastère a été fondé à Kipkelion au Kenya en 1956 par l’abbaye flamande de Tilburg mais a dû émigrer en Ouganda en 2008 en raison de graves tensions sociales et de désaccords sur la question des terrains. Après avoir temporairement été logée dans une aile du petit séminaire du diocèse de Masaka à Bukasala, la communauté s’est rendue dans ses nouveaux locaux à Kijonjo, aux abords de la ville de Kyotera en 2010. Le nouveau bâtiment est celui de l’hôtellerie avec ses trente chambres abritant les dix-neuf résidents de la communauté en attendant la construction du monastère définitif. Il faudra du temps pour que le terrain de 200 hectares généreusement offert par l’évêque de Masaka soit mis en culture du fait qu’actuellement c’est une terre marécageuse, mais déjà un projet très réussi de plantations d’arbres est en cours.

La communauté comprend actuellement quatorze Kenyans et cinq Ougandais dont quelques moines âgés et un ou deux plus jeunes de la fondation initiale du Kenya. Cependant sous la direction énergique d’un jeune abbé congolais nouvellement élu, dom Jean-Bosco Kamali, de Mokoto, la communauté, seul monastère trappiste masculin de l’Afrique de l’Est, attire des vocations d’un certain nombre de pays alentour.

Un effort de formation est requis à tous les niveaux pour assurer des fondements solides en vue du futur et cela requiert un apport de l’extérieur étant donné le peu de ressources de la communauté. Il y a un besoin urgent pour pouvoir construire une petite hôtellerie de quatre ou cinq chambres de telle manière que l’hospitalité puisse être offerte afin d’accomplir un important service en relation avec l’Église locale.

Étant à 9 km d’une route goudronnée, le monastère pourrait souffrir de son isolation géographique.

Le travail lucratif a été développé à travers un élevage d’animaux ; il y a déjà des cochons et un poulailler qui est en construction. En dépit de l’important travail fourni par les moines, des apports extérieurs sont nécessaires pour que ces projets avancent.

C’est encourageant de sentir combien la communauté désire faire face au défi de cette nouvelle situation.

 

Le monastère de Our Lady of praise à Butende

ButendeLa deuxième étape du voyage était l’abbaye des trappistines de Our Lady of Praise à Butende à quelques 70 km des moines de Victoria, sur une route menant au Nord, à Kampala, la capitale. Le monastère est bien placé à environ 500 mètres de la route avec 30 hectares de bonne terre cultivable en partie donnés par le diocèse. Venant de l’abbaye de Berkel aux Pays-Bas, treize moniales furent envoyées en Ouganda en 1964 et en 1966, elles s’établirent elles-mêmes à Butende. Aujourd’hui, c’est une communauté en bonne santé de vingt-huit sœurs dont une seule néerlandaise et quatre jeunes dont une novice. Ayant été préservée durant l’histoire troublée du pays, on peut la considérer comme une communauté solide.

Le monastère a une bonne base économique. L’apport en électricité est bon mais la communauté est dépendante de l’eau de pluie recueillie dans de larges bassins et cela n’est pas toujours suffisant pendant la saison sèche.

Récemment achevée de construire, une hôtellerie spacieuse et bien équipée de trente-cinq chambres permet de recevoir des groupes et des personnes individuelles ; c’est une bonne source de revenus.

Une excellente ferme, bien tenue par les sœurs, fournit une grande variété de fruits et de légumes comme aussi les produits laitiers d’un troupeau de vingt-cinq vaches ainsi que la viande de vingt-cinq porcs et un poulailler. Les sœurs ont également une installation qui produit de la bio-énergie. Elles fabriquent aussi pour la vente une excellente crème pour la peau faite avec des aloés-vera. Elles confectionnent des soutanes pour les membres de trois séminaires. Elles tiennent enfin un magasin où elles vendent leurs propres produits et d’autres venant d’ailleurs.

La communauté a beaucoup bénéficié du soutien continu du monastère fondateur, rendu plus évident par la présence de plusieurs sœurs néerlandaises. Celles-ci ont accompagné la communauté dans sa croissance, leur sagesse et leur expérience étant une précieuse ressource pour la formation. C’est précisément ce qui manque dans les fondations ; et de ce fait, par la suite, le développement d’une approche sérieuse et approfondie de la vie monastique en est perturbé.

Je peux témoigner de mon expérience durant cette visite : on m’a demandé au cours de ce bref séjour de donner quelques conférences pour contribuer à la formation permanente de la communauté. Le sujet retenu par les sœurs a été : « L’actualité de la vie commune en communauté et ses conséquences pour les moines et les moniales ». C’est souvent en effet un aspect-clé de notre vie monastique qui a besoin d’être mieux compris d’un point de vue pratique et d’un point de vue spirituel.

En juin 2014, les moniales de Our Lady of Praise célébreront le jubilé d’or de fondation de leur abbaye.

 

Le monastère de la Sainte-Trinité à Arua

AruaArua est une ville de 60 000 habitants sur la rive est du Nil dans le Nord-Ouest du pays à quelques 500 km de Kampala. En raison de la proximité frontalière de la RDC, c’est une place commerciale et un lieu où se trouvent de nombreuses ONG.

C’est ici, en 1960, que l’évêque Angelo Torantino, un missionnaire combonien, fonda le monastère de la Sainte-Trinité, une communauté contemplative de sœurs de l’adoration perpétuelle dirigée par une religieuse italienne combonienne. La communauté suivait une règle de vie monastique et des constitutions tirées de diverses traditions, rédigées par les fondateurs. L’évêque et la fondatrice décédèrent tous les deux au début des années 1990 et de ce fait, la communauté se retrouva sans guide et sans soutien. La visite d’un bénédictin, le père Pius Mülbacher, alors prieur du monastère de la congrégation de Saint-Ottilien à Tororo, entraîna les sœurs par le biais de conférences données par lui à découvrir la règle de saint Benoît. Ainsi après un contact suivi et un soutien réel avec le père Pius, la communauté fut amenée à connaître les bénédictines du Saint-Sacrement de Cologne et à nouer avec elles un lien d’amitié. Finalement, les sœurs d’Arua prirent la décision d’adopter la règle de saint Benoît comme règle de vie en 2007 et de faire la demande de leur admission officielle dans la Confédération bénédictine.

Pour la troisième fois, la prieure m’invita au monastère en ce mois de juillet 2013 pour aider les sœurs, cette fois, à préparer leur chapitre conventuel. En tenant compte de leurs nouvelles constitutions provisoires et à cause de leur manque d’expérience quant à l’approche de la vie bénédictine, elles voulaient quelques conseils et quelques orientations sur la manière de conduire ce chapitre. En plus des matières ordinaires comme les différents rapports et les décisions à prendre, il y avait au programme l’élection de la prieure qui demandait des procédures spécifiques. Pendant quatre jours, j’ai travaillé avec la communauté pour préparer l’agenda et l’emploi du temps du chapitre aussi bien que pour traiter des questions particulières que les sœurs voulaient poser au sujet des procédures. Accompagner les jeunes communautés monastiques dans de telles procédures est vraiment important, particulièrement quand elles sont isolées et n’ont pas de liens avec d’autres monastères à l’intérieur d’une association de quelque sorte que ce soit. En fait, les sœurs d’Arua ont déjà noué des liens avec les sœurs bénédictines de Tororo dans le Sud-Ouest du pays et avec celles de Cologne. De telles attaches seront une aide précieuse pour savoir où poser les pieds dans la manière bénédictine de vivre.

La communauté est assez forte avec finalement quinze professes solennelles incluant les trois sœurs du temps de la fondation du monastère, ainsi que quatre professes de vœux simples, une postulante et deux aspirantes. La priorité est à la formation en cette période de transition pour ce qui est de vivre sous la règle de saint Benoît. Un nouveau bâtiment monastique qui était bien nécessaire est en train d’être achevé grâce à l’aide financière de plusieurs fondations dont l’AIM. Celui-ci remplace avantageusement les bâtiments vétustes qui ont été démolis en même temps que l’église très pauvre. Des fonds vont être nécessaires pour les fondations d’une nouvelle église.

Le monastère possède 200 hectares de terre cultivable et du bétail qui permet de répondre aux besoins de base de la communauté. Les sœurs ont plusieurs types d’activités générant des revenus : la confection de vêtements, en particulier les habits du clergé, une pâtisserie, un atelier de fabrication d’hosties et de cierges. Tout cela amène une clientèle très large y compris venant du Congo-Kinshasa.

C’est une communauté qui travaille dur et qui a des ressources. Cela donne l’image d’une vie qui se développe bien.

Les plantations et le matériel d’équipement sont les zones pour lesquelles il est nécessaire de chercher une aide financière, comme c’est le cas en ce moment pour l’acquisition d’une nouvelle machine à fabriquer les hosties.

Le monastère de la Sainte-Trinité est vraiment un bon signe de croissance et de développement d’une nouvelle vie bénédictine en Ouganda à côté des cinq autres communautés de cette même tradition.

 

Les sœurs bénédictines missionnaires de Tutzing à Jinja

JinjaMa dernière visite était pour les sœurs bénédictines missionnaires de Tutzing qui sont arrivées en 1993 pour ouvrir leur première maison en Ouganda près de la rive nord du lac Victoria non loin de la ville de Jinja. En 1995, elles avaient commencé par ouvrir un dispensaire pour les habitants de la localité et un jardin d’enfants. Celui-ci devint plus tard l’école actuelle. Le bâtiment monastique du prieuré a été achevée en 2007 et abrite aujourd’hui une communauté internationale de quinze sœurs dont huit professes solennelles et sept professes simples venant d’Ouganda, du Kenya, des Philippines et de la Corée.

Puisque la majorité des sœurs est jeune, le besoin le plus urgent est de fournir un bon programme de formation permanente, la formation initiale étant prévue à Nairobi. La vie concrète et authentique de l’Évangile sous l’égide de la règle de saint Benoît doit être développée avec une compréhension approfondie de la signification du processus de conversion. Il y a là un défi : il s’agit d’affronter les questions clés et les difficultés découlant de la mentalité d’aujourd’hui et la culture locale considérée à la lumière d’une évangélisation en profondeur. Dans une communauté active et fortement engagés comme celle de Jinja, il est nécessaire de développer un sens des priorités réelles et une discipline de vie pour atteindre le juste équilibre entre « ora et labora ». Comme c’est souvent le cas, les ressources en formation monastique sont très limitées.

Le dispensaire tenu par les sœurs a reçu un prix qui marque la reconnaissance officielle des autorités gouvernementales. Cinq membres de la communauté, parmi lesquelles l’administratrice du dispensaire, avec une équipe de trente laïcs gèrent quelque 200 patients externes chaque jour. La maternité est l’un des principaux domaines dans lesquels la clinique intervient. L’école primaire et maternelle où quatre sœurs travaillent, dont l’une est le chef d’établissement, a un total de 700 enfants jusqu’à l’âge de treize ans. L’école offre également un internat pour cent élèves, en particulier des orphelins et des victimes de mauvais traitements et de la misère sociale. Un nouveau bâtiment est en cours de construction à l’heure actuelle. L’école accueille des hindous et des musulmans aussi bien que des chrétiens. Enfin une sœur est en charge de la ferme qui subvient aux besoins de la communauté. Les salaires des personnes travaillant dans le dispensaire et l’école fournissent un revenu suffisant pour faire face aux dépenses quotidiennes, mais le coût de la formation à tous les niveaux n’est pas couvert.

Les quatre communautés visitées, sur un total de six en Ouganda, sont un bon exemple de la large gamme d’expressions de la vie selon la règle de saint Benoît et la façon dont elle se développe. L’intérêt des visites des membres de l’Équipe internationale de l’AIM est d’être en mesure d’en apprendre davantage sur la réalité de la vie monastique dans la grande variété des fondations. Dans le même temps, c’est l’occasion de faire part de l’expérience d’autres régions du monde monastique. Dans ce contexte, des conseils pratiques, des encouragements et différents types de soutien peuvent être offerts.