Les monastères de saint Benoît en Terre Sainte


Nuées, feu, lumière…Quand Abraham se mit en route, il aperçut à l’horizon un palais qui semblait en flammes. S’interrogeant sur sa vision, il s’approcha et découvrit un palais de lumière où demeurait le Trois fois Saint. Moïse, de son côté, vit au milieu du buisson une flamme de feu qui ne se consumait pas. Après avoir ôté les sandales de ses pieds, il s’approcha et entendit la voix de Celui qui avait vu la misère de son peuple et l’appelait à le libérer. Longue marche de libération, longue marche au désert, colonne de nuée le jour, colonne de feu la nuit.
 
Ce Bulletin présente les monastères issus de saint Benoît qui vivent sur cette Terre sainte, brûlante de conflits, brûlante de foi en un Dieu unique et trois fois Saint. Chacun de ces monastères a bien voulu expliciter l’histoire souvent mouvementée de leur fondation, les raisons de leur présence actuelle, les questions qui se posent. Ces témoignages interpellent et nous invitent à les porter davantage dans la prière et dans la vie de tous les jours.
 
L’histoire du monachisme chrétien dans ce pays est longue depuis les grandes figures fondatrices de saint Hilarion et de saint Chariton. Le premier vécut près de Gaza « amie des muses », célèbre par son école de sophistes et tout aussi renommée par de grandes figures monastiques tels Barsanuphe et Dorothée. Gaza fut probablement aussi le lieu où les Paroles et les Actes des Pères d’Égypte furent rassemblés et publiés. Il est aujourd’hui le théâtre de tant de souffrances et de misères. Le second, saint Chariton, habita les solitudes du désert de Juda ; d’autres, le suivirent : saint Euthyme et ses disciples, saint Sabas et saint Théodore. La liste est longue des ermites, comme saint Jérôme, des pèlerins, des laures et des monastères qui ont fleuri sur cette Terre sainte. Partout leur souvenir affleure. Et il n’est guère possible de comprendre le sens de la présence des monastères de nos jours sans les inscrire dans cette immense tradition monastique qui remonte aux sources même du christianisme. Il était important d’en rappeler les traits principaux : présences orthodoxe grecque, russe, roumaine, syrienne, copte éthiopienne sans oublier celles des catholiques réparties en cinq rites.
 
Le lecteur découvrira peu à peu le trésor que recèle chacune des communautés monastiques issues de saint Benoît. En 1890, ce sont les moines cisterciens de l’abbaye française de Sept Fons qui arrivent les premiers à Jaffa et s’installent ensuite à Latroun. Ils sont présents aux moments cruciaux de l’histoire de ce pays. « Saveur biblique et amertume des guerres leur ont donné de vivre dans la confiance et l’abandon total à la grâce de Dieu ». Sentinelles de l’histoire, sentinelles de l’Église, les moines n’en oublient pas pour autant le présent, produisant un vin réputé et l’huile d’olive qui évoquent le Cantique des cantiques et l’alliance biblique avec le Bien-aimé. À douze kilomètres de Jérusalem, sur le chemin des pèlerins d’Emmaüs, voici les deux monastères de moines et de moniales d’Abu Gosh qui surgissent. Il faut relire ce message fondateur transmis par Dom Grammont, lorsque les trois premiers moines arrivent en 1976, suivis en 1977 par les moniales oblates installées alors à Qiriath Yearim. Face aux différentes traditions qui les entourent, l’Abbé du Bec-Hellouin les invite à l’ouverture de l’esprit et du cœur tout en gardant un authentique amour de la tradition du Mont Olivet. « Pris entre les musulmans et les juifs, les chrétiens sont ici dans une situation minoritaire qui est une invitation à l’affirmation de leur identité dans l’authenticité à l’attachement au Christ ».
 
L’approche de Jérusalem par le Mont des Oliviers offre un des plus beaux panoramas des collines de Sion et de la ville sainte. Mère Christine, prieure des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire, connaît admirablement l’histoire de sa Congrégation et de leur installation en ce lieu qui surplombe Gethsémani, à côté du cimetière juif. Car il fallut l’intervention personnelle du Pape Léon XIII qui leur donna l’autorisation de venir en Terre Sainte. Le 27 avril 1897, elles reprennent ce lieu où vécurent sainte Mélanie la jeune et ses compagnes. Elles aussi traversent les aléas des guerres, exil, pillage, retour…et continuent à témoigner si près de ce lieu où le Christ a épousé notre humanité pour la sauver. Sur la colline de Sion, au sud-ouest de la Vieille Ville, les moines bénédictins de la Congrégation de Beuron célèbrent la liturgie des Heures depuis le 21 mars 1896. Ils accueillent nombre de pèlerins, venus pour visiter ce lieu si vénérable de la Dormition. En contact avec la Faculté théologique de Saint Anselme à Rome, l’œcuménisme apporte à la communauté une dimension essentielle. Le projet de construire une université de la paix donnera à leur communauté la pleine réalisation de sa vocation. La mission du monastère se prolonge aussi en Galilée, à Tabgha. Ce lieu saint où eut lieu la multiplication des pains, abrite un jeune prieuré. Des sœurs bénédictines venues des Philippines aident les moines à accueillir les milliers de pèlerins et d’hôtes qui passent par ce lieu si célèbre.
 
Le monastère des Bénédictines de l’Emmanuel à Bethléem qui débuta en 1967, s’inscrit dans une longue histoire antérieure et il connut de nouvelles péripéties par la suite dont la plus douloureuse fut l’installation du mur de séparation entre Israël et la Palestine. Plus de la moitié de la population qui les entoure vit sous le seuil de pauvreté. Enfermement, misère, souffrances enserrent ce lieu d’accueil, de prière, de communion. Leur constitution de type oriental, le Typicon, les situe dans l’église melkite la vie de renouveau dans l’Esprit et les liens de fraternité spécialement avec leurs voisins arabes. Quant à la fraternité des moines de Bose, établie au cœur de Jérusalem depuis plus de 25 ans dans une humble demeure, elle est un signe précieux d’écoute du monde juif et de celui des chrétiens d’Orient.
 
Chacune de ces communautés monastiques vit sous la nuée divine qui les accompagne chaque jour. Les flammes qu’apercevait de loin Abraham pourraient-elles s’éteindre un jour ? L’attente est longue du jour où la lumière du Dieu Trois fois saint brillera d’un éclat éternel. Moines et moniales sont là, vigilants dans la prière, l’accueil et l’attente du retour du Seigneur Jésus. C’est ce que vivent aussi les moniales cisterciennes qui ont commencé une nouvelle fondation à Alep en Syrie. Nouveau témoignage en terre musulmane. Quelques extraits des paroles du Saint Père lors de son voyage en Terre Sainte confirment la vocation de chacune de ces communautés monastiques. « Comment ne pas songer, déclare-t-il, à la vocation universelle de Jérusalem ?... Comme un microcosme de notre univers mondialisé, cette Ville, si elle veut vivre en conformité à sa vocation universelle, doit être un lieu qui enseigne l’universalité, le respect des autres, le dialogue et la compréhension mutuelle ; un lieu où les préjugés, l’ignorance et la peur qui les alimentent, sont mis en échec par l’honnêteté, le bon droit et la recherche de la paix ».
 
Que le témoignage si courageux de chacune de ces communautés, fidèle à sa vocation propre d’accueil, de paix, de travail et de prière, trouve dans les paroles fortes de notre Pape Benoît XVI un réconfort et une espérance nouvelle car, avec toute la discrétion qui leur appartient, elles sont des lieux uniques d’ouverture, de réconciliation et de communion souvent méconnus.