Sœur Véronique Dupont, osb, Venière.

ÉCRITURE SAINTE

Jean-Luc Vesco, Le Psautier de David traduit et commenté, 2 volumes, Cerf, 2006, Lectio divina 210 (831 pages) et 211, (588 pages), 62 € (vol. 1) et 52 € (vol. 2).

Les cent cinquante psaumes de la Bible nourrissent depuis des siècles la prière des juifs et des chrétiens. Nés dans un monde culturel et religieux bien différent du nôtre, ils exigent cependant un guide afin de mieux les goûter. L'auteur analyse le « psautier de David » comme un livre ayant une unité, organisé selon une architecture particulière. Il fait résonner les psaumes entre eux, explique les uns par les autres. Cette méthode d'approche du psautier ne s'était pas faite avec une telle profondeur depuis le commentaire du psautier qu'avait fait Grégoire de Nysse au 4e siècle.

La loi divine, le rôle du messie, la présence centrale de Jérusalem et de son temple, le conflit permanent entre les justes et les impies, l'attente d'un Dieu dont on cherche avec passion les traces dans l'histoire, le portrait spirituel du psalmiste, autant de thèmes que l'auteur aborde et développe.

Une table des citations psalmiques dans le Nouveau Testament, une bibliographie choisie, des index des auteurs cités, des citations de la littérature juive ancienne, des thèmes, complètent utilement cette étude monumentale.

Cette étude offre un chemin d'accès à l'un des plus précieux trésors de prière que l'humanité ait reçus. Elle est un outil de travail incontournable pour entrer avec une intelligence renouvelée dans la profondeur de ce Livre de prière que nous chantons au long des jours.

MONACHISME

Jérôme, Trois vies de moines (Paul, Malchus, Hilarion), Cerf, SC 508, 2007, 337 pages, 39 €.

L'auteur, premier hagiographe latin, épris d'idéal monastique, présente avec un enthousiasme sans égal trois vies de géants du désert : Paul de Thèbes, qui fut le maître d'Antoine le Grand en Égypte, Malchus, ce vieil ascète qu'il avait connu autrefois lors de son séjour au désert de Syrie, et Hilarion, l'un des premiers moines de Palestine. On le sait, il ne faut pas chercher chez Jérôme l'objectivité des faits, mais à travers son interprétation personnelle l'élan monastique des débuts du monachisme chrétien.

L'introduction donne les clés de lecture de ces textes hagiographiques.

Jean Moschus, Le Pré spirituel, Fioretti des moines d'Orient, Migne, Pères dans la foi 94-95, 2007, 301 pages, 25 €.

style="margin-bottom: 0cm;" align="justify" lang="fr-FR">Jean Moschus, appelé le Tempérant, est né à Damas entre 540 et 550. Tout jeune il se retire dans le désert de Juda où il va séjourner dix ans (de 568 à 578), puis il entreprend une série de voyages pour saisir en direct la vie monastique que l'on mène dans les monastères de Palestine, d'Égypte et de Syrie. Il désire vivre la xénithia, l'expatriation pour le Christ. Il prend soigneusement des notes sur ses rencontres monastiques ; cela donne lieu à un recueil constitué d'anecdotes édifiantes et de brèves biographies de moines et de moniales. Ce sont les fleurs cueillies par Jean au cours de ses séjours dans les monastères, d'où le titre de cet ouvrage : le Pré Spirituel parce que l'on cueille des fleurs dans les prés.

Jean nous fait faire connaissance avec bon nombre de moines qui cherchent Dieu dans la solitude totale, en cellule isolée ou dans une grotte, ou parfois même dans des lieux très inattendus tels : cellule dans laquelle on s'emmure, colonne de stylite, tronc d'arbre... Jean découvre aussi des moines qui n'approchent jamais un être vivant. Mais il ne faut pas s'y méprendre - contrairement à ce qu'écrit l‘éditeur en page 1 et 4 de couverture..., ce ne sont pas des « fioretti » ni des « historiettes » : à travers ces portraits saisis sur le vif, l'auteur livre une solide théologie monastique. L'ascèse est le moyen de parvenir à l'union totale à Dieu. Elle est un combat dont les armes sont la continence, le travail manuel, le jeûne sévère (un seul repas par jour ou par semaine, dont le menu est eau et pain, avec quelques variantes sauf pour les brouteurs qui, eux, comme leur nom l'indique, ne mangent que des herbes crues), le détachement de tout ce qui n'est pas Dieu, et donc un rigoureux renoncement au monde, tel ce Julien qui passe quarante ans dans une grotte sans rien posséder d'autre qu'un vêtement de crin, un godet de bois et la Bible.

Dans les lieux arides où ils se retirent, les moines rencontrent le diable. Il est l'adversaire dans le combat spirituel. Il suggère des désirs impurs, fait naître l'acédie, cette torpeur spirituelle qui pousse à sortir de sa solitude pour retourner parmi les hommes. Parfois, le démon se montre sous une forme visible, tel un dragon, ou un jeune homme. Il fait tout ce qu'il peut pour troubler et empêcher la prière. La tentation, personnifiée par le démon, est toujours aux aguets pour vaincre les hommes. Mais le moine est un lutteur : il résiste à l'attrait du péché. Ses armes varient selon les attaques : il combat l'orgueil par l'humilité, l'avarice par la pauvreté, les souffrances de la vie quotidienne par la sérénité, l'hésychia, la conversation avec Dieu et avec les anges. Une réelle communion s'établit entre les habitants du ciel et les saints de la terre. Il est fréquent qu'un ange, saint Jean-Baptiste, la Vierge Marie, voire l'Esprit Saint apparaissent. Citons ce prêtre injustement incarcéré qu'un ange, sous les traits d'un beau jeune homme, vient sortir de prison. Un autre ange apparaît à une prostituée sous les traits d'un homme qu'elle avait autrefois secouru et obtient qu'on lui administre le baptême.

Les moines ont confiance en Dieu quelles que soient les calomnies faites à leur sujet; la vérité triomphe toujours. Une étoile brille quand se lève la nuit, pour donner le signal de la prière chorale dans un cœnobium ; une autre étoile brille sur le corps d'un moine que l'on porte au tombeau. Une lumière céleste vient éclairer les cellules des moines pour qu'ils puissent lire l'Écriture Sainte.

Adalbert de Vogüé, Histoire littéraire du mouvement monastique dans l'antiquité, vol. 10, Cerf, coll. Patrimoines, 2006, 366 pages, 45 €.

L'étude des écrits de saint Grégoire le Grand et de saint Colomban, déjà bien connue des lecteurs du Père Adalbert de Vogüé, est reprise ici à frais nouveaux. Elle est précédée d'une présentation sans équivalent des écrits de Grégoire de Tours et de Venance Fortunat et s'achève par une présentation de la Règle de Walbert pour les moniales de Faremoutiers.

Cette étude scientifique fouillée se lit agréablement et offre un contact quasi direct avec nombre de saints moines et moniales qui ont tracé la route du Christ en nos régions latines aux alentours des 6e et 7e siècles.

PATROLOGIE

La collection Sources Chrétiennes, des Éditions du Cerf, poursuit la publication des traductions d'Histoire Écclesiastique, Ces textes sont des outils de travail indispensables pour comprendre les enjeux théologiques et ecclésiologiques des premiers siècles chrétiens. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité d'en prendre connaissance, maintenant qu'ils sont accessibles en français.

Socrate de Constantinople, Histoire Écclésiastique, Livres IV - VI SC 505, 362 pages, 32 € ; Livre VII, SC 506, 224 pages, 24 €.

Le Livre IV, présente les suites de la crise arienne dans la seconde moitié du IVe siècle, non pas tant du point de vue dogmatique que du point de vue de la vie de l'Église nicéenne et des persécutions qu'elle dût endurer. Il comporte aussi un dossier sur les monastères d'Égypte à cette même époque, ce qui est un excellent complément à la tradition apophtegmatique. Le Livre V rapporte principalement les divers usages liturgiques existant dans les Églises orientales, entre autre la question de la date de célébration de Pâques. Le livre VI est principalement consacré à Jean Chrysostome; c'est là qu'on y lit sa rencontre et ses démêlés avec Marouta de Majpherqat et donc son souci pour l'Église Perse, sa voisine au-delà des frontières de l'Empire. Le Livre VII rapporte et soulève la question de la participation de Cyrille d'Alexandrie dans l'assassinat d'Hypatie, puis présente l'Église à Constantinople. Pour ce faire il parle des cinq métropolites qui se succédèrent sur le siège de la capitale impériale sous le règne de Théodose II jusqu'en 438, date à laquelle il achève son Histoire Écclésiastique.

Cette œuvre est un appel à la tolérance, facteur de paix dans tous les domaines, un manifeste pour la liberté religieuse. On en tirera grand profit pour notre temps.

Outre un index des textes cités et un index de thèmes chrétiens, un index très fouillé des noms de personnes et de lieux complète cet ouvrage.

Théodoret de Cyr, Histoire Écclésiastique, Tome I, Livres I - II, Cerf, Sources Chrétiennes, 501, 2006, 530 pages, 45 €.

Beaucoup plus polémique est l'Histoire Écclésiastique de Théodoret de Cyr qui exprime lui-même le but de son ouvrage : « L'histoire que voici embrasse une période de cent cinq ans : commencée avec la rage d'Arius, elle s'achève à la mort des hommes admirables que furent Théodore de Mopsueste et Théodote d'Antioche. Théodoret poursuit l'œuvre historique commencée par Eusèbe de Césarée qui, voyant que la fin du monde n'arrivait pas, eut l'idée de rassembler des archives pour les générations futures. Moins objectif, Théodoret fait une sélection de textes dans les archives de l'Église d'Antioche pour prouver la folie des adversaires face à l'enseignement apostolique.

Bien que polémique, cet ouvrage est une mine de renseignements indispensables pour une réelle compréhension de la crise arienne et de la réaction de la grande Église.

Des cartes et des index sont judicieusement proposés à la fin de ce premier tome.

Marie-Joseph Le Guillou, L'Esprit de l'orthodoxie grecque et russe, Préface du Père Boris Bobrinskoy, Parole et Silence, 2006, 187 pages, 16 €.

La réédition de cette initiation hors pair à la tradition des Églises chrétiennes grecques et russes est une heureuse initiative, longtemps attendue, car le Livre du Père Le Guillou, publié pour la première fois en 1961 garde toute son actualité.

La première partie est une synthèse de la théologie du « Mystère », fondement de la foi, proclamé, vécu et célébré par les chrétiens dès les premiers siècles, la deuxième partie est une réflexion théologico-historique sur les Églises sœurs, séparées et cherchant leur unité.

Recension faite par Mère Jean-Marc Büsch abbaye Sainte Marie de Maumont

La Règle de Saint Benoît Éditions de l'abbaye de Bellefontaine Collection : La Tradition source de vie 2, 2005

Cette édition de la Règle de Saint Benoît redonne une traduction déjà bien connue et éditée par différentes maisons d'éditions de 1986 à 1996. Elle est reprise ici, avec quelques petites retouches et une excellente présentation de Sœur Lazare de Seilhac, osb. Pourvue de notes de sœur Véronique Dupont, osb, elle met à la disposition du lecteur un vocabulaire, qui sert aussi d'index, des mots importants, et une table des références bibliques qui nourrissent le texte. La présentation en est très agréable, la typographie aérée permet une lecture aisée.

Traduite dans l'esprit avec lequel elle a été écrite, la Règle est mise à la portée de l'homme d'aujourd'hui en recherche d'un chemin de vie. L'introduction présente fort bien, sans développements savants superflus, la composition de cet écrit et son enracinement dans la tradition monastique des IVe et Ve siècles. Sa structure est mise en lumière, sa doctrine spirituelle dans les premiers chapitres, puis sa mise en pratique dans le rythme de la vie monastique qui, vécue en vérité, conduit à la Vie dans l'Esprit.

Ceux qui veulent étudier le texte de la RB de façon littéraire passeront par le latin, néanmoins les notes, très éclairantes, le vocabulaire et la table des citations bibliques permettent à tous une sérieuse approche de ce texte du VIe siècle.