Titre : Originalité des psaumes à Keur Moussa.

"Chantez des hymnes avec art!" Psaume 46, 8

Auteur : F. Jean-Marie Vianney, osb,abbaye de Keur Moussa, Sénégal

Chapeau : Chanter les psaumes à Keur Moussa c'est donner à chacun d'eux, dans la mesure du possible, ton, rythme, accompagnement qui met en valeur son sens, et en fait une nourriture pour le cœur. L'article, presque technique par moments, rend compte du souci d'inculturation dans le chant des psaumes, sans perdre l'intériorité et le sens de l'universel

« Nous naissons avec ce livre aux entrailles.

Un petit livre :
cent cinquante poèmes,
cent cinquante marches érigées entre la mort et la vie ;
cent cinquante miroirs de nos révoltes et de nos infidélités,
de nos angoisses et de nos résurrections.

Davantage qu'un livre, un être vivant qui parle - qui vous parle - qui souffre, qui gémit et qui meurt, qui ressuscite et chante, au seuil de l'éternité - et vous prend, et vous emporte, vous et les siècles à venir, du commencement à la fin...

Il recèle un mystère, pour que les âmes ne cessent de revenir à ce chant, de se purifier dans cette source, d'interroger chaque verset, chaque mot de l'antique prière, comme si ces rythmes battaient la pulsation des mondes ... ».

André Nathan Chouraqui 1

« Que les âmes ne cessent de revenir à ce chant ».

Depuis l'antiquité chrétienne, depuis les Pères du désert, ce chant des psaumes n'a cessé de retentir de génération en génération, de siècle en siècle et de continent en continent dans nos monastères.

« Les moines revendiquent la totalité du psautier » 2

« Quand les moines récitent le psautier, ils ne paraissent pas tellement le lire que l'improviser au fur et à mesure » 3

Sur notre continent, avec ses rythmes, ses instruments, sa sensibilité et sa ferveur, ce chant manifeste la vitalité de la vie monastique en Afrique Noire qui s'y est spécialement implantée depuis un peu plus de 40 années.

L'abbaye de Keur Moussa a pu mettre ce chant en valeur grâce à un long et sage travail d'inculturation qui a puisé ses richesses en Afrique ainsi que dans le chant grégorien de Solesmes d'où est issue notre abbaye.

Il est bon de souligner que nous avons adopté à Keur Moussa le schéma Füglister proposé, au choix, par le Thesaurus. Ce dernier nous permet de chanter tous les psaumes chaque semaine, sans répétition, et de bien les situer à leur juste place. De plus Füglister a une vaste connaissance du psautier chanté dans différentes traditions (juives, chrétiennes, orientales et occidentales), de la Bible, des Pères.

Nous utilisons la TOB rythmée.

La Kora et autres instruments utilisés pour accompagner notre psalmodie

Plusieurs instruments locaux accompagnent quotidiennement notre psalmodie et lui donnent un cachet bien particulier.

Il y a essentiellement la kora, harpe africaine à 21 cordes.

Une question se pose à partir du succès que cet instrument connaît dans la psalmodie au Sénégal et en bien des pays, et maintenant sur tous les continents :

En quoi la kora met-elle en valeur la psalmodie ?

« Se rappeler que dans ses origines mandingues, la kora est un instrument d'accompagnement de la parole (elle accompagnait souvent le récit des victoires des conquérants mandingues).

Moins sonore que la harpe celtique, elle ne couvre pas les paroles. En tout cas, à Keur Moussa, l'accompagnement des psaumes se coule dans le chant psalmique

Plus « rythmique » que la cithare, elle favorise la psalmodie rythmée des psaumes qui se prêtent au rythme fixe à 2 ou 3 temps, rapides ou lents, l'enrichissant d'harmoniques simples, qui ne distraient pas les participants.

Même dans le cas du chant non rythmé des psaumes, l'accompagnement lent ou rapide, joyeux ou méditatif invite le chœur à entrer dans la compréhension du psaume. Un exemple typique est l'accompagnement à la kora du psaume 21 chanté en rythme libre 4: La première partie du psaume se chante lentement, pour souligner les souffrances du Messie à sa passion. Dans la deuxième partie, qui chante prophétiquement la victoire du Messie et sa royauté sur les nations, le tempo de l'accompagnement de la kora devient rapide et soutient l'intensité des voix qui chantent ce triomphe de la Vie sur la mort. Tout autre instrument (cithare ou guitare) ne pourrait atteindre au même degré cette densité d'expression. » 5

Le balafon malinké, aux notes cristallines, nous vient d'une région du Sénégal, la Casamance Il accompagne souvent les jours de fêtes le Benedictus, et le Magnificat, le Psaume 46 « Peuples, battez des mains ». Le balafon turka, originaire de la frontière Sénégal-Mali, rythme lui aussi des psaumes comme le Psaume 47 sur un air camerounais.

Pour les tam-tam (le Djembe, le Sabar wolof ), il nous faut veiller à ce qu'ils ne recouvrent pas la Parole, mais la soutiennent. Les batteurs doivent adapter leur rythme aux divers genres de psaumes (lent, rapide, fort ou discret, etc.).

Nous usons aussi d'une calebasse posée sur une plaque recouverte de mousse, à l'origine un tambour d'eau.

Une cloche camerounaise accompagna longtemps le chant du Psaume 129 pour les défunts.

Pour citer un exemple concret, bien qu'assez exceptionnel, l'accompagnement des psaumes et des cantiques à la vigile pascale utilise à tour de rôle et selon le sens des textes : 3 balafons différents, 2 tam-tam, la calebasse, le tabala mauritanien (grand tambour recouvert d'une peau de chameau) et des koras accordées en diverses gammes. Selon les temps et les fêtes de l'année liturgique, les tons de psaumes et les accompagnements se diversifient, donnant ainsi une coloration festive ou pénitentielle adaptée.

On doit regretter toutefois que la danse ne soit pas jusqu'ici utilisée dans la liturgie de Keur Moussa. F. Dominique Catta, qui se souvient des danses exécutées par des chorales camerounaises dans le chœur de la cathédrale de Dakar en 1966 (Festival des Arts Nègres), a souvent exprimé son souhait de voir certains psaumes accompagnés par la danse, à l'exemple du Roi David, et, plus proches de nous, des moniales de Saint Benoît de Babété au Cameroun, qui dansent le dimanche, sur des tons de Keur Moussa, les psaumes 117 (ton 22) et 135 (ton 9R).

Dans la revue dominicaine « La vie spirituelle » un témoignage ancien (août-septembre 1968) nous donne une idée de ce travail entrepris dès les premières années de notre abbaye pour faire des psaumes ce chant où tout le cœur de l'homme rencontre le cœur de Dieu. : Le Père Chéry op. écrivait alors : 

« Les Bénédictins de Solesmes ont créé un monastère, Keur Moussa. Ils y chantent peut-être encore du grégorien, mais ils se sont faits Noirs avec les Noirs, en tenant compte que le français demeure une langue couramment parlée. Sur une face de ce disque, ils nous font entendre des chants chrétiens (psaumes, Je vous salue Marie, etc.) sur des mélodies sénégalaises dans la langue du pays. Mais c'est l'autre face, « Psalmodies en français » qui m'a le plus retenu et franchement séduit. Le « cantique de Moïse » et quelques psaumes sur des airs du folklore africain mariés à de très courtes antiennes grégoriennes (en latin): écoutez cela et dites-moi si vous n'aimeriez pas l'entendre chanter (et le chanter) dans vos églises. Une fraîcheur d'invention, une grâce à la fois populaire et traditionnelle, un renouvellement. »

Dans le même sens, voici un autre témoignage, datant de 1971 : un article du F. Paul-Emmanuel Piés, bénédictin d'Orval (Belgique), paru dans une revue monastique Prier ensemble de 1970 :

« En abordant ce petit travail sur la psalmodie de Keur Moussa, nous étions habités par plusieurs préventions, un peu de méfiance et des a priori plutôt défavorables. Nous flairions une tentative un peu exotique, pour ne pas dire "colonialiste"...Les psalmodies françaises de Keur Moussa ont pourtant quelque chose à nous dire.

En les écoutant attentivement, on parvient peu à peu à laisser tomber ses préjugés, à passer outre à quelques difficultés superficielles pour rejoindre les moines de Keur Moussa dans leur recherche d'une liturgie « vécue »

Nous nous trouvons ici devant une musique fonctionnelle, devant une création collective, devant un langage populaire qui rejoint les pierres d'attente enfouies en chacun de nous. Langage simple, langage irrationnel qui habite l'humanité, langage universel que l'on peut mettre en parallèle avec l'inconscient-universel, avec les grands symboles de l'inconscient collectif.

C'est une expression élémentaire des paramètres fondamentaux de la musique - mélodie, rythme, harmonie, timbre et forme - que les peuples d'Afrique ont laissé s'épanouir dans une spontanéité très vivante, et qui se trouve en chacun de nous à l'état latent et comme en "virtualité" trop souvent inexplorée.

C'est en ce sens que les psalmistes de Keur Moussa ont quelque chose à nous dire et à nous faire découvrir.

Regardons (...) le psaume 113 A : C'est une marche ferme, accompagnée à la kora. Avec plaisir nous découvrons ici un rythme binaire, et qui plus est, un rythme dactylique (1 noire + 2 croches: une longue, deux brèves), rythme devenu si rare dans les compositions liturgiques en français. C'est le rythme de la "pavane", une marche vitale, un rythme extraverti exprimant l'activité.

C'est le rythme de l'homme éveillé (la respiration de l'homme endormi n'est pas binaire, mais ternaire!). Les fortes images de ce psaume se répercutent très bien sur le rythme (Ici, l'auteur cite avec la notation le passage: Quand Israël sortit d'Egypte .. .).

Cette psalmodie à « rythme fixe »  nous paraît intéressante dans certains cas, et pour les psaumes ayant un rythme verbal assez régulier. Elle engendre alors une pulsation qu'un discret accompagnement vient souligner et comme « aérer ». C'est le cas, en particulier, de la kora, cette harpe qui, à Keur Moussa, accompagne toute la psalmodie (....)

...Plus proches encore de la chanson populaire, d'autres psalmodies viennent se mouler dans les rythmes ternaires. Autre exemple: le psaume 50 dont « le thème mélodique s'inspire d'un chant bochiman. La percussion est assurée ici par le grand tambour mauritanien: le « tabala », qui invite le pécheur à battre la coulpe. (...)

À Keur Moussa, comme partout ailleurs, il y a des parties faibles, des antiennes un peu sucrées, des mélodies qui tournent en rond. (...) Mais, à la différence de ce qui se passe dans nos monastères européens, les instruments sauvent, en partie, la situation. Ils créent une agogique, ils contribuent puissamment à dégager la vertu incantatoire des psaumes. C'est le folklore africain, qui, par eux, exerce sa puissance de séduction. (...)

À partir de ces témoignages, on pourrait caractériser la spécificité du chant des psaumes à Keur Moussa par trois réalités :

Rythme, inculturation et universalité, intériorité.

Rythme

André Nathan Chouraqui a justement parlé des « frémissements d'Adonaï ». Le rythme de la poésie psalmique en rend compte. Et rend compte, pareillement, des frémissements du cœur de l'homme que l'on rencontre dans les psaumes sous toutes leurs variations douloureuses et joyeuses. Mais le rythme est « l'ordonnance du mouvement » selon la définition célèbre de Platon. « S'il n'y a que du mouvement, sans ordre dans la succession des sons, il ne peut y avoir de rythme », disait dom Gajard. Le rythme est lié à l'ordre, aux proportions, à ce que les anciens appelaient « le Nombre d'Or », bien connu des architectes.

Ne pas « confondre mouvement avec vitesse, rapidité, bousculade. Le mouvement en musique est d'ordre spirituel. C'est l'esprit qui dirige le mouvement en vue d'un but. D'où l'intériorité qu'il suscite » 6.

« Le rythme poétique comporte l'ordonnance rationnelle selon le nombre et la mesure » 7

Le peuple qui a composé les psaumes avait du rythme, il dansait et chantait. Ce qui se retrouve dans sa poésie que sont les psaumes. Les tons de Keur Moussa mettent cela en valeur, qu'il s'agisse du rythme fixe ou libre.

« La poésie hébraïque se reconnaît à son rythme tonique. Les vers se partagent en deux syllabes. Chaque syllabe accentuée est séparée par une, deux ou trois syllabes non accentuées » 8.

Là encore, les tons psalmiques de Keur Moussa nous permettent de recouvrer et de valoriser ce rythme. Dès la fondation (1963), le maître de choeur a pensé que « la psalmodie devait être rythmée, mais dans le génie de la langue utilisée. 9

Inculturation et universalité

Lors de la publication de notre Psautier Rythmé en l'an 2000, nous avons demandé à notre Evêque Mgr J. Sarr de nous donner son point de vue sur ce livre. Il nous répondit :

« Le "Psautier Rythmé de Keur Moussa", fruit d'un long travail et d'une méditation incessante vient à son heure - à l'heure du Synode pour l'Afrique dont le message final déclare:

"Le champ de l'inculturation est vaste et le Synode ... demande de ne perdre de vue aucune de ses dimensions ... Une attention spéciale doit être portée à l'inculturation liturgique ... " (n° 18)

Avec les générations de croyants, juifs et chrétiens de toutes confessions, comme Jésus, le Grand Priant, nous aussi, au son des Koras et balafons, des tam-tams et des calebasses, avec ce Psautier, nous chanterons à Dieu

la louange de l'Afrique les appels au secours de ses peuples, notre confiance et notre espérance d'une libération totale et définitive, notre reconnaissance au Dieu de la vie.

Je me réjouis de voir que l'Église en Afrique continue d'apporter sa contribution au riche patrimoine de l'Église universelle. Je souhaite que le "Psautier rythmé de Keur Moussa" inspire de nombreuses générations de chrétiens dans leur prière et dans leur vie. Je forme le vœu que ce livre de prière soit un instrument de "nouvelle évangélisation".

Les 71 tons qui accompagnent les psaumes de Keur Moussa donnent une idée de ce qu'a été la longue recherche effectuée en une 40aine d'années, en puisant ses sources sur l'ensemble du continent africain, et même au-delà, dans différentes langues, cultures et religions, donnant à ce travail un aspect universaliste. Ainsi se mêle le double souci de l'inculturation et de l'universalisme. Deux réalités qui se complètent.

En donnant l'origine de certains tons de psaumes, nous aurons une idée de ce souci d'universalité et d' inculturation.

Dans le ton 7 se ressent une influence grégorienne « diluée ».

« Dans chaque fin de vers, la finale du chant est précédée d'une note plus basse : si la mélodie se termine sur le sol (1er vers), on chante juste avant un fa. Si elle se termine sur un mi, elle est précédée d'un ré. Si elle se termine sur un ré (dernier vers), on chante d'abord un do. C'est un procédé grégorien, comme dans le 2em ton psalmique, qui se termine à chaque verset sur ré, précédé de do. Ainsi, chaque vers est comme appuyé en finale par sa sous-tonique (en ton plein). L'effet du mode s'en trouve renforcé. C'est une influence inconsciente du grégorien qui a joué ici sur notre manière de chanter les psaumes » 10

Le ton 1 extrêmement simple est d'origine grégorienne. (1er mode )
Le ton 3 a pour origine un chant chrétien du Gabon, ainsi que les tons 10 et 48.
Le ton 5 nous vient du Cameroun, lié à des danses camerounaises.
Le ton 23 est d'origine mancagne, une ethnie très présente au Sénégal, qui nous vient de la Guinée Bissau.
Le ton 29 a été inspiré d'une mélodie de l'île de Fadiouth, entendue lors d'une soirée, ou samba, où des femmes avaient été convoquées pour un deuil.
Le ton 33 est d'origine serer, autre ethnie de notre pays.
Le ton 35 a pour origine un chant musulman entendu par les frères durant toute une nuit.
Le ton 37 nous vient du Niger, chant touareg se répondant d'un chœur à l'autre.
Le ton 39 est un chant chrétien d'origine Mossi (Burkina Faso).
Le ton 49 a été composé à l'abbaye d'En Calcat (dom Clément Jacob).

Cette énumération, loin d'être exhaustive, rend compte de la richesse d'une recherche faite à la fois en différentes cultures et périodes de l'histoire, tout en puisant au patrimoine musical local.

Intériorité

L'intériorité dans le chant des psaumes n'est évidemment pas spécifique à Keur Moussa.

Mais ce qui a été dit précédemment y conduit. Le but du rythme, de l'inculturation et de l'universalisme, est de mener à une plus profonde intériorité. En témoignage de ce qui conduisit dès le début nos recherches, voici quelques lignes d'un chef d'orchestre parisien écrites dans la Revue des deux monde au retour d'une messe à Keur Moussa en 1970 :

« Lors d'un office dominical, j'ai pu entendre ce que donne (...) les sonorités de la kora et du tam-tam de Keur Moussa se mêlant en une sorte de tissu moelleux et souple, aux voix pures des moines (noirs et blancs), dont les mélismes font appel à une double tradition, (grégorienne et africaine) sans jamais trahir l'une au profit de l'autre, et en faisant appel au cœur, qui est le même sous toutes les latitudes »

Frère Dominique Catta commente ainsi ce témoignage :

« En parlant du cœur, ce musicien va à l'essentiel, car le cœur c'est l'intériorité, et l'intériorité c'est le chemin de la prière, tant pour les exécutants, pour les moines, que pour ceux qui écoutent et veulent prier avec nous.

Or cette intériorité du cœur n'a pas été inventée par les fondateurs de Keur Moussa. Elle se trouvait dans le chant grégorien que nous pratiquions alors à Solesmes. C'est cela, l'héritage de nos Pères dans la foi. C'est de Solesmes que nous avons reçu ce talent - au sens de la parabole évangélique des talents - talent que le Seigneur nous a confié pour le faire fructifier jusqu'à son retour. Non seulement nous n'avons pas le droit d'enfouir ce talent, mais nous n'avons à le perdre, sous la pression du monde extérieur de plus en plus sensible, avec la présence souterraine ou bruyante des médias.

« La musique peut devenir un langage, même si on ne comprend pas toutes les paroles, mais à condition que l'intériorité soit toujours présente dans la force comme dans la douceur » 11

Nous avons été heureux de retrouver cette recherche d'intériorité chez un jëlli mandingue (joueur traditionnel de kora), Ablaye Cissoko. Interviewé dans le journal Le Monde, à la suite de la sortie de son CD : Le Griot rouge, il dit de sa musique : « Lorsque j'arrive à calmer les gens avec ma musique, je dis que j'ai réussi ma mission : Apaiser le cœur des hommes. Plus de chants relatant guerres tribales et conquêtes guerrières, mais un jeu musical limpide, soutenu par une voix enveloppante et des paroles sereines. » 12

 Le journaliste qui l'interrogeait, Olivier Herviaux, commente : « Sous ses doigts et sa voix posée, le musicien sénégalais chante la paix de l'âme » :

« La musique ici devient un langage de la vie, un langage de la foi et donc selon le sens des paroles : une prière, une méditation, une affirmation de foi, ou une confession des péchés. Il est important que nous les gardions précieusement, comme un héritage de l'Afrique profonde, et que nous sachions en comprendre le langage intérieur lorsqu'ils expriment la Parole de Dieu » 13

Lors d'une classe de chant, le Frère Dominique Catta nous exhortait ainsi :

« Un conseil à retenir :

« Pour la psalmodie en rythme libre : pas de coup brutal ou précipité sur la finale au bout des vers.

Dans le rythme fixe, pas de lourdeur sur les appuis. Le rythme est indépendant de l'intensité.

L'intériorité se « produit » lorsque la Parole de Dieu prend tout son sens. Toutes les nuances des tons psalmiques, avec leurs diverses origines, auxquelles s'ajoutent les nuances de la technique du chant, mettent en valeur cette Parole. Chaque psaume devient ainsi un personnage. Il est comme personnalisé, caractérisé, typique, en chacune des étapes de l'année liturgique.

Psaume 150.

Pour illustrer tout ceci, prenons l'exemple du psaume 150.

Il a été ainsi commenté par Jean-Paul II :

« Le psaume 150, un hymne de fête, un alléluia rythmé par de la musique. Il est le sceau idéal de tout le Psautier, le livre de la louange, du chant, de la liturgie d'Israël.

Au cours de la prière nous accomplissons une sorte d'ascension vers la lumière divine et, en même temps, nous faisons l'expérience d'une descente de Dieu qui s'adapte à nos limites pour nous écouter et nous parler, pour nous rencontrer et nous sauver. Le Psalmiste nous pousse instantanément à utiliser un accessoire lors de cette rencontre de prière: le recours aux instruments musicaux de l'orchestre du temple de Jérusalem, tels que le cor, la harpe, la cithare, les tambours, les flûtes, les cymbales.

« Le Psalmiste termine en invitant à la louange "tout vivant" (cf. Ps 150, 5), littéralement "tout souffle", "toute haleine", une expression qui en hébreu signifie "tout être qui respire", en particulier "chaque homme vivant" (cf. Dt 20, 16; Jos 10, 40; 11, 11.14). C'est donc la créature humaine avec sa voix et son coeur qui participe tout d'abord à la louange divine. En même temps qu'elle, sont convoqués de façon idéale tous les êtres vivants, toutes les créatures chez lesquelles se trouve un souffle de vie (cf. Gn 7, 22), afin qu'elles élèvent leur hymne de gratitude au Créateur pour le don de l'existence ».14

Psaume 150

1 Alléluia ! Louez Dieu dans son temple saint,
louez-le au ciel de sa puissance ;
louez-le pour ses actions éclatantes,
louez-le selon sa grandeur !

2 Louez-le en sonnant du cor,
louez-le sur la harpe et la cithare ;
louez-le par les cordes et les flûtes,
louez-le par la danse et le tambour !

3 Louez-le par les cymbales sonores,
louez-le par les cymbales triomphantes !
Et que tout être1 vivant
chante louange au Seigneur ! Alléluia !

À Keur Moussa, cinq tons accompagnent ce psaume au long de l'année liturgique :