Sr M.Madeleine, Monastère de Saint-Thierry

La Congrégation des Bénédictines de sainte Bathilde, plus connue sous le nom de Bénédictines de Vanves a fait un choix en octobre 2003 : que le monastère de Vanves, origine de notre famille monastique, situé aux portes de Paris, marqué par l’internationalité soit un lieu monastique de plus en plus vivant. C’est ainsi que depuis mars 2005, une expérience a vu jour. Une petite fraternité internationale, l’ Alliance sainte Bathilde a été formée pour vivre ensemble quelques jours par mois au sein de la communauté de Vanves et pour être à l’écoute de l’Esprit qui nous conduit. Au départ quatre sœurs de notre Congrégation ont été nommées, une de Madagascar, une du Vietnam et deux de France et une cinquième appelée d’une autre Congrégation de Bénédictines. Pour le moment, nous sommes toujours dans l’attente de cette cinquième sœur qui serait envoyée par sa Congrégation pour participer à notre recherche sur l’avenir, en ce lieu.

C’est dans ce cadre de l’Alliance que nous avons décidé d’aller participer au « monastère temporaire » pour les JMJ à Cologne. Participer aux JMJ, voilà une drôle d’idée et une aventure pas banale, quand on vit depuis plusieurs années, voire dizaines d’années dans un monastère ! Mais à l’appel lancé par les Allemands et répercuté par la CIB, de créer « ce monastère dans le temps », communauté qui voulait offrir aux jeunes la vie bénédictines et son hospitalité, nous nous sommes senties concernées. Cela rejoignait notre désir de l’internationalité et l’œcuménisme. Nous aurions de plus l'expérience de l’hospitalité, et de la rencontre avec des milliers de jeunes rassemblés. Finalement de l’Alliance, nous ne sommes parties qu’à deux, Sr Gabriel de Madagascar et moi mais le troisième mage de sainte Bathilde était tout trouvé en la jeune professe temporaire de Martigné-Briand : sr Claire ! Nous devions emmener pour tout bagage : « notre calme, notre enthousiasme et notre capacité d’improvisation » sans oublier les instruments de musique transportables, en l’occurrence le violon de sr Claire.

Notre participation au monastère temporaire à Gross Sankt Martin

En tout premier lieu, ce fut la vie, oui, tout simplement la vie du groupe que nous formions : 120 moines et moniales vivant sous la Règle de saint Benoît, de 50 monastères et de 25 pays ! Quelle belle image de la diversité de culture, de langues, de races mais aussi de traditions et de manières de vivre et même de costumes ! Cette vie est devenue vie communautaire, et ce n’était pas gagné d’avance, même si pour un court laps de temps et dans des circonstances extraordinaires chacun sait donner le meilleur de lui-même, ce n’était pas fait d’avance et au cours de la semaine, nous avons pu voir bien des changements, des améliorations tant dans la participation au « courant de la vie commune » comme les humbles services d’entretien, que dans la qualité du silence, de la prière ou des relations fraternelles. Nous sommes allés, en particulier grâce au Père Hans et au Frère Nikolaüs de Meschede, à l’essentiel : vivre sous le regard de Dieu, dans la louange, l’intercession, les rencontres et l’hospitalité, rendant toute grâce à Dieu.

Cette vie fut totalement au service de l’école du Seigneur, partagée entre la « Laus perennis » et l’accueil, 24h sur 24, de 23h à 6h une veille assurée et une nuit de prière animée par les élèves des écoles bénédictines et cisterciennes, en hommage à Frère Roger. Le flot impressionnant de pèlerins a pu trouver de quoi étancher sa soif de silence, de recueillement, de prière que notre communauté offrait par l’accueil à la porte de l’église, la présence silencieuse de frères et sœurs à l’intérieur, la présence adorante à la crypte devant le Saint Sacrement, l’accueil à l’extérieur, le partage des questions, l’hospitalité bénédictine avec don de l’eau et du pain, et la liturgie monastique enfin un temps de prière animé par une petite équipe de volontaires.

Ce que je retiens de ces jours, c’est cet appel toutes les heures pour la prière, belle expérience inscrite dans tout l’être. Une énorme cloche carillonnait cinq minutes avant, alors tous se déplaçaient et comme par enchantement l’église se remplissait et s’immobilisait, créant un espace étonnant de silence, de paix et de louange, mais aussi d’attente, pour au plus enfouie dans le cœur, une rencontre. Nous étions invités à animer ce temps mêlant nos dons : violon, guitare et tam-tam unis pour accompagner la méditation d’un texte de Frère Roger, orgue et flûte traversière, pour prolonger la proclamation d’un passage de saint Jean en swahili, chant d’un psaume en malgache accompagné par la guitare et le tam-tam.

Nous avons comme goûté en Eglise, le silence : fruit de la Parole et de la musique – silence, seuil de la contemplation. C’est sans doute là sur ce seuil que l’Esprit nous attendait. C’est là qu’Il a semé plus que nous ne pouvons l’imaginer, c’est là qu’Il a «  réalisé une parabole de communion , un simple reflet de cette unique communion qu’est le Corps du Christ, son Eglise, et par là aussi un ferment dans la famille humaine. » (Frère Roger, in Passion d’une attente)

Oui, puissent tous ces jeunes qui sont passés par milliers en ce lieu, avoir reçu ce trésor d’Evangile, déposé en nous comme dans des vases d’argile ! Puissions-nous, là où maintenant nous sommes, « réaliser cette parabole de communion, être comme la colonne de feu qui éclairait de nuit la marche du peuple de Dieu au désert ! » Alors Celui que nous sommes venus adorer, Celui pour qui Frère Roger a livré sa vie, celui qui nous murmure « je t’aime, tel que tu es, viens et suis-moi. » prendra visage dans le visage de la sœur, du frère rencontrés, et réalisera en nous et par nous ce miracle de l’amour qui illumine le monde entier et le transfigure !