Mère Josephine Mary MILLER, Supérieure Générale des Bernadines d'Esquermes, Conférence donnée à la réunion des Supérieurs Monastiques de la Région des Iles, Hawkstone Hall - Angleterre, Octobre 2003

Je vais commencer par deux remarques. Ma causerie  doit porter sur "Chaos et Paix" dans la vie monastique, à partir d'expériences vécues qui tiennent compte de la réalité des grands changements que nous vivons. On m’a demandé aussi de parler de la vie éternelle dont nous sommes censés témoigner à travers ces changements. Et en plus, on m’a demandé d’y intégrer le célibat !… Je dois aussi éviter un vocabulaire théologique trop lourd et être concrète ! Vous comprendrez que, en raison de cela, cette causerie risque d'être une bonne recette pour un vrai chaos et vous pourrez vous en prendre au Conseil des Supérieurs majeurs pour ce qui va arriver !

En second lieu, et de façon un peu plus sérieuse, j'ai constaté ces derniers mois que le titre de cette causerie, assez souvent, me revenait à l'esprit. Cela veut dire qu'il correspondait à quelque chose qui faisait 'tilt' en moi, probablement parce que moi-même et la plupart de nous ici présents, nous vivons au milieu d'un tas de circonstances chaotiques et que la paix semble nous échapper la plupart du temps. Nous devons faire face à des forces qui nous dépassent, nous n'arrivons pas à les contrôler – du moins à première vue – et nous ne savons pas où tout cela va nous mener. Aussi ce qui va suivre n'est qu'une réflexion purement personnelle à partir de ce que je vis et de ce que je constate à propos des événements dont je suis témoin ou auxquels je suis confrontée. Cela sera inévitablement superficiel mais peut provoquer quelques réactions.

Je n’ai pas besoin de vous dire que nous vivons à une époque de 'changement', qu'il faut que nous évoluions et que, de toutes façons, nous sommes en train de changer, que nous le voulions ou non. Cette réalité est le défi fondamental que nous offre notre époque et c'est bien dans  ce contexte que nous avons à trouver notre équilibre du chaos à la paix et inversement. C'est aussi dans ce contexte que s'inscrit notre façon de vivre notre vœu de conversion des mœurs. Parfois nous nous imaginons la situation pire qu'elle n'est, parce que nous oublions que chaque génération a ses problèmes. Ce n'est pas de notre temps que les difficultés ont commencé ! Actuellement, on n'a plus beaucoup le sens de l'histoire et parmi ceux ou celles dont nous sommes responsables, il y en a qui ne veulent pas prêter l'oreille ou demander avis à ceux qui nous ont devancés. Pourtant, une parole du Cardinal Newman – c'est un extrait de ses sermons – pourrait nous aider si nous y prêtons attention. Il savait ce que c'était que d'accepter de vivre un changement radical avec toutes ses conséquences.

" Agissez selon la lumière que vous possédez, même si vous vous trouvez environnés de difficultés de toutes parts, et vous serez poussés en avant, vous ne saurez pas jusqu’où. Abraham a obéi à l'appel et il s'est mis en route, il ne savait pas où il devait aller. Vous aussi, si vous suivez la voix de Dieu, vous serez conduits, un pas à la fois, jusqu'à un nouveau monde dont nous n'avons pas l'idée. C'est sa 'gracieuse' façon de nous conduire : Il ne nous donne pas tout en une seule fois mais de façon mesurée, par étapes, avec sagesse… A celui qui a, il sera donné davantage. Mais il nous faut commencer par le commencement. Chaque vérité en son temps : nous ne pouvons pas rejoindre le chemin de vie à l'endroit que nous aurions choisi. Nous ne pouvons apprendre des vérités plus fortes qu'après après avoir appris celles qui sont élémentaires."  (Plain and parochial sermons)

Il nous rappelle de cette façon que, dans ce qui nous apparaît confus, 'chaotique' actuellement, nous pourrons découvrir un chemin, si nous nous contentons de nous avancer un pas à la fois et de ne pas vouloir, à tout prix, une réponse immédiate.

La vie monastique a déjà survécu à plusieurs périodes de turbulences qui, en leur temps, ont dû paraître aussi menaçantes que celles que nous vivons actuellement. Aussi, nous devons évoluer de nouveau, sans savoir réellement comment nous y prendre, ni quelle forme de vie monastique ou religieuse survivra. Qu'est-ce qui va mourir? Qu'est-ce qui doit mourir ? Qu'est-ce qui est déjà mort ?  - malgré les apparences – Qu'est-ce qui va en sortir, purifié, et probablement plus humble ? Est-ce que mon monastère, ma congrégation va survivre ?… En fait, nous n'en savons rien. Comme la société autour de nous soumise aux pressions des médias, nous “ comptons nos troupes ” et, de quelque façon, nous pensons que ce qui est arrivé à David quand il a fait cela ne peut pas nous arriver. Cela révèle quelque chose au sujet de la qualité de notre foi et de notre compréhension de la manière dont Dieu agit avec les hommes. L'histoire de la plupart de nos monastères et congrégations illustre ce que Dieu est capable de réaliser à travers un petit nombre, voire une poignée de moines ou de moniales fidèles, au milieu de circonstances défavorables. Il serait peut-être bon de nous arrêter de temps en temps pour réfléchir à tout cela et le méditer, le ruminer en notre cœur.

Le monde est en pleine mutation, l'Eglise change aussi et elle n'est pas toujours un flambeau lumineux, montrant clairement le chemin à suivre. Elle aussi a du mal à exprimer ce qu'il y a d'essentiel à travers toutes les formules de langage où nous sommes emprisonnés par notre culture. C'est un énorme sujet que je ne fais que mentionner en passant, il fait partie de notre expérience quotidienne et contribue à renforcer notre impression de vivre dans 'le chaos'. Mais il y a parfois des points plus lumineux. Le Cardinal Kasper donnait récemment en Angleterre une conférence à propos du chemin à prendre vers l'Unité chrétienne ; il reconnaissait que la situation présente est confuse. Il montre le chemin à prendre, le seul chemin possible : "Bien des gens ne comprennent plus notre vocabulaire scolastique ; même des concepts essentiels sont devenus vides de signification. A nous de les replonger dans l’expérience humaine actuelle, non pas en les traduisant dans des termes modernes, mais en leur donnant vie dans le concret de l'existence . Nous devons nous rappeler que le Saint-Esprit n'est pas aussi naïf que beaucoup le croient. Le Saint-Esprit qui est à l'origine du mouvement œcuménique nous invite à réfléchir sur ce que signifie notre voyage vers l’unité, car le Saint-Esprit est Dynamisme, il est Vie, Il est Liberté. Le Saint-Esprit est bien capable de nous faire des surprises. Voilà pourquoi on ne peut dessiner à l'avance le plan de Dieu à propos de l'Unité de l'Eglise. La lumière que l'Esprit projette est semblable à celle d'une lanterne qui éclaire le pas suivant et qui s’illumine au fur et à mesure que nous avançons".

En fait, il dit ce que nous expérimentons tous : que la seule façon d'atteindre l'Unité, c'est de traverser le chaos du moment présent, de chercher avec courage et ensemble comment répondre aux questions qui se posent, les unes après les autres, et d’essayer d’y répondre tout en acceptant que probablement, à vues humaines, nos solutions seront très peu satisfaisantes.  Ce qui est vrai à propos de l'Unité des Chrétiens, c'est vrai aussi pour l'avenir de la vie religieuse et de la vie monastique. L'évolution amène le chaos sur bien des points.

Que voulons-nous dire par "Chaos" ? Il me semble que c'est d'abord le fait d'expérimenter des forces désordonnées, que nous ne pouvons contrôler et qui menacent de nous diminuer ou de nous détruire.

Comment cela se manifeste-t-il dans nos monastères au niveau concret ? De différentes manières, de la façon la plus simple à la plus profonde : "faire le ménage" dans la cellule de quelqu'un, quand le frère ou la sœur n'a rien jeté depuis plus de quarante ans ; le fait de modifier continuellement nos horaires, d'essayer d'ajuster nos priorités, en essayant que cela convienne à tous et sans jamais y parvenir ; le fait de faire face à toutes les activités, aux questions économiques difficiles alors que les communautés sont réduites en nombre et parfois ne possèdent pas certaines compétences ; essayer de faire face aux problèmes de formation, aux problèmes de ceux qui viennent de faire profession solennelle et qui se trouvent en difficulté…

Il y a toute une part de notre vie quotidienne qui nous oblige à essayer de contrôler, de maîtriser les situations (et les personnes si possible) : autrement dit, provoquant parfois encore plus de chaos en essayant de faire l'impossible, falsifiant plus ou moins notre relation à Dieu et aux autres, essayant d'être ce que nous ne sommes pas. Le fait précisément que nous parlons souvent "de chercher à avoir du temps pour prier" indique notre tendance, en Occident, au dualisme et à d'autres formes de désordre.

A un niveau un peu plus profond, gît la question de nos propres cœurs 'peu ordonnés', capricieux, ainsi que ceux de nos frères et sœurs en communauté. Il est bien difficile de faire la part du psychologique, du spirituel et du péché. Sans minimiser le moins du monde l'importance d'un bon équilibre psychologique, il me semble que nous n'avons pas souvent la foi et l'éclairage spirituel nécessaires pour discerner le péché que nous rencontrons dans notre propre cœur et celui de nos frères et sœurs. Si nous ne pouvons y arriver, nous ne pourrons pas davantage nous ouvrir à la miséricorde et à la paix du Christ. La miséricorde, ce n'est pas une simple onction psychologique. Saint Bernard est très clair à ce propos, dans les premiers sermons sur le Cantique des Cantiques : la miséricorde et la justice s'y rencontrent et se complètent continuellement… L'une montre le sens de l'autre. Nous ne pouvons vraiment accueillir la miséricorde que si nous reconnaissons ce qui est contraire à la justice dans nos cœurs.

En tant que Supérieurs, nous pouvons éprouver pas mal de détresse et de troubles  à cause du péché des autres aussi bien que du nôtre. Dans le psaume 30/31, dans la version du psautier liturgique, nous nous exprimons ainsi : "L'affliction a anéanti mes forces et mes os sont broyés". Une traduction plus littérale dirait : "Le péché dessèche mes forces et ronge mes os". Nous savons ce que cela veut dire. Saint Benoît a clairement reconnu cette situation – nous le lisons dans la Règle, à propos de l'excommunication, de l'abbé, des doyens etc… A Complies, pendant des siècles on entendait chaque soir ces versets : “ Frères, soyez sobres et vigilants car votre ennemi le diable rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. Résistez-lui fermes dans la foi ” (1 Pi, 5).  Nos prédécesseurs dans la vie monastique étaient sages, ils voyaient clair. C'est précisément cette promptitude à faire face au mal et au péché qui nous permet de nous confier dans la puissance et la miséricorde de Dieu et de chanter : "Dans la paix, je me couche et je dors, car Tu me donnes d'habiter dans la confiance" (Psaume 4).

La plupart d'entre nous éprouvent beaucoup d'anxiété (bien entendu, cela dépend du tempérament) quand il faut faire face à des choix et des décisions importantes. Le résultat de nos décisions d'aujourd'hui est impossible à prévoir ; pourtant il faut décider, tout en sachant que ceux qui viendront après nous en porteront les conséquences. Dans certains cas, il est difficile de rester objectifs.

Pour les communautés de religieuses catholiques romaines, apostoliques et monastiques, le problème du manque de prêtres pour célébrer l'Eucharistie nous pousse vers un avenir incertain. Beaucoup de nos communautés n'ont plus la messe quotidienne. Cette situation va sûrement s'aggraver dans les années qui viennent. Il n'est pas facile de venir en aide aux communautés de régions et de cultures différentes pour qu'elles vivent cela paisiblement et développent de nouvelles formes de célébrations communes. Nous devons repenser notre théologie et notre pratique eucharistique, nos principes liturgiques et nos pratiques, alors que nous ne recevons qu'une aide limitée de la part de l'Eglise. D'une région à l'autre et d'un diocèse à l'autre, la théorie et la pratique diffèrent. Les situations évoluent très rapidement et cela a des conséquences sur notre manière de vivre la vie monastique. Je suis souvent frappée de la façon dont on est passé très rapidement de la pratique d'autrefois à des adaptations aux récentes propositions, et je me demande si nous comprenons vraiment ce que nous sommes en train de vivre. C'est trop tôt pour en tirer des conclusions mais cela ne rend pas la vie paisible. Nous voyons ainsi quelques différents secteurs où le chaos et le désordre nous menacent aujourd'hui.  Nous pourrions, pendant des heures, citer des multitudes d'exemples.

Il y a pourtant un autre sens au mot "chaos" : "Forces primitives qui peuvent être ramenées à un certain ordre et d'où peut jaillir une vie nouvelle" (Dictionnaire de Spiritualité Biblique). Ceci voudrait dire qu'en nous ouvrant, nous et nos communautés, à ce chaos potentiel amené par l'évolution, cela amènera probablement des souffrances, des humiliations, de la patience, beaucoup de travail, mais finalement cela pourrait aussi nous conduire à une vie nouvelle, purifiée et renouvelée par le feu de la grâce de Dieu. Accepter de devoir changer, cela signifie que nous soyons prêtes à accepter l'amoindrissement. Joan Chittister en parle dans "Le feu sous les cendres" : "C'est une époque magnifique pour ceux dont les âmes vivent de Dieu. L'amoindrissement exige plus de vitalité que ce que nous avons connu autrefois. Cela nous conduit à être nous-mêmes, à donner tout ce que nous avons,  pour que nous puissions reconnaître Dieu à l'œuvre en nous et cela bien au-delà de notre force, bien au-delà de ce que nous pouvons voir. L'amoindrissement nous donne l'occasion, la raison et la faculté d'examiner nos existences, de recommencer à nouveau, de mettre à jour ce qu'il y a de bon en nous. L'amoindrissement est l'enseignant premier de l'âme, il met son sceau sur toute l'entreprise. Nous savons maintenant que nous ne sommes pas plus les artisans de notre propre mission que ne l'étaient David, Joseph, Ruth, Esther, Judith, les Israélites dans le désert ou les exilés de Babylone. Non, l'amoindrissement nous propulse complètement sur Dieu, entièrement, bien petits et confiants, passionnés et enflammés. Et une vie en Dieu, ce n'est rien d'autre qu'une mort. C'est aussi la gloire, la gloire qui dépasse toute gloire. ”                                   
 

Ainsi donc cette situation en pleine évolution qui nous semble menaçante est, en fait, une grande grâce, si seulement nous avons suffisamment de foi pour la regarder de cette façon. Nous sommes obligés de redéfinir nos priorités et de nous demander comment, concrètement, nous allons mettre notre recherche de Dieu à la première place dans nos vies quotidiennes. En d'autres termes, ce serait reconnaître que, à travers ce que nous expérimentons comme 'amoindrissements', Dieu nous invite à rendre compte de façon plus explicite des valeurs du Royaume, valeurs que notre monde a besoin de voir.

Nous pourrions signaler beaucoup de valeurs différentes, mais je me limiterai à trois pour être brève. Beaucoup, aujourd'hui, pressentent que nous allons vivre en notre temps la première étape seulement d'une transformation très profonde et qui va prendre beaucoup de temps. La plupart des questions que nous nous posons ne trouveront leurs réponses qu'après notre mort. Peut-être cela ressemble-t-il un peu à la situation que l'Eglise Catholique a connue au XVIIIe siècle, dans nos Iles. La persécution était plus ou moins terminée, mais la 'vie nouvelle' n'avait pas encore commencé. Et sans la fidélité obstinée de quelques-uns, la floraison des XIXe  et XXe siècles ne se serait jamais produite. René Voillaume semble arriver à la même conclusion lorsqu'il écrit dans son "Testament" : “ Sans doute allons-nous entrer dans une période de l'histoire humaine qui sera une époque de 'compassion', incapables que nous sommes de trouver des réponses aux problèmes posés. Plus que jamais, nous aurons à nous offrir nous-mêmes pour intercéder, unis au Sacrifice du Christ, nous immergeant complètement dans son Eucharistie pour supplier le Seigneur de déverser sa miséricorde sur l'humanité. Plus que jamais, c'est le moment pour nous d'être fidèles au charisme fondateur”. R.Voillaume – Octobre 1997.

Ainsi donc la première valeur dont Dieu nous demande de témoigner, c'est la fidélité à notre charisme essentiel – quoi qu'il arrive – et peu importe ce que cela pourra signifier en termes de choix à poser.

Les moines d'Oka au Canada ont fait connaître par Internet, l'information suivante : "Pour favoriser davantage la dimension contemplative de notre vie, notre communauté monastique a fait le choix de s’implanter dans un nouveau lieu. Cette décision a été mûrie dans un processus de réflexion et de discernement communautaires. Notre communauté compte actuellement 31 moines présents, dont la moitié ont plus de 70 ans, dans un monastère qui en a déjà abrités plus de 175 ; la structure matérielle devient ainsi de plus en plus lourde à porter et à gérer. D’autre part, l’urbanisation croissante de la région que nous habitons offre de moins en moins le cadre de silence et de solitude souhaités pour notre vie monastique. Nous avons donc fait le choix d’aller nous établir dans un nouveau lieu - non encore déterminé – qui offrira un tel cadre, et dans des bâtiments mieux proportionnés à la taille de notre communauté. Nous voulons ainsi investir le meilleur de nous-mêmes et de notre énergie dans ce qui est au cœur de notre engagement chrétien et monastique, plutôt que de maintenir un patrimoine qui a sa beauté et sa valeur au plan historique. Ce n'est pas sans un pincement de cœur que nous faisons le choix de quitter le lieu de notre enracinement, après plus de 120 ans de présence à Oka. Evidemment, ce projet ne pourra se réaliser que par étapes, dans les mois et les années qui viennent. Tournés vers l’avenir et sa nouveauté, nous vivons ce moment important de notre histoire dans une attitude de foi et d'espérance."

Prendre une telle décision - avec courage - implique, de façon concrète, que nous croyons que notre façon à nous de vivre la vie monastique n’est pas forcément le dernier mot sur le sujet. Notre fidélité envers Dieu, sa fidélité à notre égard, pourra s'exprimer de façons différentes au cours de nos vies et de la vie de nos monastères. C'est seulement en relativisant tout ce qui est vraiment secondaire que nous pourrons nous recentrer sur les valeurs essentielles et durables. Cette orientation de l'esprit et du cœur est une des façons de témoigner que nous croyons qu'il y a quelque chose qui dépasse ce que nous expérimentons concrètement, quelque chose de bien plus grand que nous appelons la vie éternelle. Cette croyance en la vie éternelle est la seconde valeur dont notre monde matérialiste a besoin.

Il n'est vraiment pas facile de parler aujourd'hui de la vie éternelle. C'est sans doute un sujet qui fascine, nous pouvons le constater autour de nous. Je me rappelle d'un cours de religion à des élèves de 16 ans : c'était une de ces merveilleuses classes comme on en rencontre une tous les dix ans dans l'enseignement ! Nous discutions de la vie éternelle et le sujet ne provoquait aucune réaction. Cela leur semblait dénué de signification car ils en avaient entendu parler seulement en termes éthérés : des nuages, des harpes, des ailes etc… Alors, nous avons lu les paroles de Jésus en saint Jean "La vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi, le Seul Vrai Dieu et Celui que Tu as envoyé, Jésus Christ"(Jn 17,4). Alors ça a jailli, cela avait du sens car il parle de la vie éternelle, de valeurs stables, en termes de relations, d'amitié. Alors les élèves s’y retrouvaient. Maurice Zundel s'exprime de la même manière quand il écrit : "On a souvent présenté le Ciel comme une récompense hors de nos vies, alors qu'en fait il s'agit pour nous d'une rencontre avec l'amour et pour toujours ; de même que l'enfer, c'est nous qui crucifions Dieu. Dieu ne nous punit pas, Il se laisse crucifier. L'immortalité, c'est Dieu qui a soif de vivre en nous pour toujours. Notre réponse à l'amour de Dieu lui permet de vivre en nous pour toujours. Le Christ dit : "Celui qui croit en Moi a la vie pour toujours." Dès qu'une personne s'ouvre en accomplissant un acte de bonté, elle s'ouvre à la vie éternelle. Un Saint, c'est la  meilleure manifestation de la vie éternelle. On pourrait dire qu'il a la vie éternelle, il vit de la vie éternelle, et même qu'il est vie éternelle."; in M. Zundel, "Témoin d'une présence". Nous rencontrons des personnes comme cela, de temps en temps. Ce sont parfois des personnes jeunes, mais le plus souvent d'un certain âge. Les visages et les comportements de certains de nos moines ou moniales d'un certain âge portent témoignage de cette capacité de transformation venant de Dieu, et nous donnent une idée de quelque chose qui va au-delà de notre expérience présente.

Tout ceci signifie que l'un des meilleurs moyens de témoigner de la vie éternelle, c'est la sainteté de la vie  et par conséquent : la sainteté et la communion fraternelle vécue dans nos communautés. Une communauté unie dans l'amour et le pardon porte un très fort témoignage, même dans notre monde sans foi et divisé. Même s'il ne connaît pas le chapitre 72 de la Règle de St Benoît, le monde attend que nous vivions selon cet enseignement.

Mais cela ne peut pas être n'importe quelle  façon d'aimer. Nos communautés sont des communautés qui ont voué le célibat. (Il s'agit de ma troisième valeur). Et ce célibat, nous le vivons dans un contexte vraiment chaotique.

Il serait hors de propos pour cette causerie d'aborder des questions auxquelles plusieurs d'entre nous ont eu à faire face : que ce soit des abus sexuels, de l'homosexualité, et également  de certaines difficultés de relations en communauté : par exemple, le danger d'un vide affectif trop dur à porter, ou l'emprise étouffante, voire presque tyrannique, de certaines personnalités sur d'autres. Tout ceci cause beaucoup d'angoisse et ne favorise certainement pas la vie. S'il n'est pas facile de parler de la vie éternelle, il est encore plus difficile actuellement de s'aventurer à parler du célibat. Les discussions et les arguments à propos du célibat sont souvent plus que stériles et n'arrivent à convaincre personne de sa valeur. Ils sont abstraits et cherchent plus souvent à faire appel à l'intelligence ou aux émotions, selon qui parle et dans quelles circonstances. Le célibat, actuellement comme à n'importe quelle époque, n'est présenté positivement et de manière convaincante que par une personne qui en témoigne par sa vie. Le célibat, tout comme la vie éternelle, doit être considéré comme une relation d'amitié avec Dieu et avec les autres. C'est uniquement de cette façon qu'il peut être compris  - même faiblement - comme une annonce de la vie éternelle. Tout récemment, dans "La Croix", Guy Gilbert  donnait son point de vue quand il écrivait : "J'ai refusé plusieurs émissions à la Télévision sur ce sujet. Projeter le mystère de l'amour que représente le célibat face à la caméra et aux micros, le rend – selon moi - encore plus incompréhensible, car nous mettons en opposition les arguments pour et contre. Ce que la personne vouée au célibat vit au plus profond d'elle-même, offrant toute sa vie au service de son peuple et de toute l'humanité, ne peut être traduit en mots. C'est seulement sa vie offerte, à la vue des hommes et des femmes, qui peut donner le sens de cette totale disponibilité, de son existence greffée sur celle du Christ Lui-même". Guy Gilbert, in "La Croix" 24/06/03.

C'est un point de vue masculin. Pour une approche féminine : le célibat, vécu comme une expression de foi, a du sens même si cela demande le courage d'essayer de purifier notre foi afin de le recevoir comme un don de Dieu, pour nous et pour l'Eglise. Au fur et à mesure que les années passent, nous prenons mieux conscience de ce que peut exiger le célibat, qu'il faut du courage pour permettre à l'Esprit-Saint de purifier les différentes profondeurs de notre vie affective, cette vie affective si souvent mise à l'épreuve de nos jours par les pressions qu'exercent les sociétés où nous vivons, et qui reste si capricieuse dans l’effort quotidien de vivre notre vœu de conversion. Vivre sa foi signifiera pour un chrétien, et à plus forte raison pour nous, que tout au long de nos vies, nous devrons faire toute une série de choix cruciaux qui excluront d'autres possibilités valables en soi : séparations d'avec ceux que nous aimons, le fait de rompre avec certaines personnes, certains lieux ou activités – bonnes en soi – afin de suivre le Christ de plus près, en toute vérité. Le célibat fait partie de ce tout. Nous l'acceptons car, pour nous, c'est la seule manière d'être fidèles, c'est le chemin où concrètement nous mettons le Christ en premier, c'est le chemin par lequel nous montrons qu'en cette vie le Christ seul peut nous satisfaire pleinement. Nous essayons d'accepter ‘l’absence’ au profond de nos cœurs, non pas comme un vide stérile, mais comme un lieu sacré où nous attendons de rencontrer le Christ Ressuscité, comme les Saintes Femmes près du Tombeau, le matin de la Résurrection. Tout au long du temps pascal, nous nous rappelons l'Absence et la Présence qui nous comble d'amour, mais que nous ne pouvons étreindre ; nous ne pouvons la saisir, encore moins la posséder. Nous acceptons de demeurer vulnérables pour vivre ce paradoxe douloureux et en même temps joyeux, et nous témoignons ainsi à nos frères et sœurs que chacun est aimé personnellement par quelqu'un, par Dieu, qui ne peut être possédé et qui pourtant ne nous décevra jamais. Notre solitude, c'est pour la Gloire de Dieu et afin d’amener la bénédiction sur les autres. Il me semble que si notre célibat n'est pas fondé sur cette attitude théologale de base et vitale, il n'a aucun sens.

C'est une vérité évidente qu'il ne peut y avoir de paix dans une communauté où l'on n'essaie pas au moins de conjuguer célibat et silence, célibat et vérité, célibat et chaleureuse amitié fraternelle, célibat à la fois don et sacrifice, vécu comme un chemin vers la liberté.

Voilà que finalement j'en arrive à la Paix.

Quand je dis que je voudrais une semaine de paix de temps en temps, ce que j'exprime, si je suis honnête, c'est une semaine où il n'y aura personne sur mon dos, rien qui arrive et ne puisse être solutionné en deux minutes, et spécialement aucune question à laquelle je ne puisse donner une réponse… Tout cela est un mélange de tyrannie et d'idolâtrie… Dieu dans sa bonté ne permet jamais que cela se produise, heureusement. Mais cela a l'avantage d'illustrer une méprise fondamentale de ce que la Paix du Christ veut réellement dire. Le dictionnaire définit la paix comme 'un état de celui qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec les autres et avec Dieu'.  De nouveau, nous voici revenus  aux relations. La paix est un dur travail et nécessite un combat, et c'est la principale tâche dont nous sommes responsables pour nos monastères. La lettre aux Colossiens nous rappelle que le Christ nous a mérité la paix en versant son sang sur la Croix. Dietrich Bonhoeffer – qui savait ce dont il parlait - nous dit ceci : "Il n'y a pas de paix dans le chemin vers la sécurité. Car il faut oser la paix. C'est une grande aventure. Ce ne sera jamais simple sécurité.  La paix est le contraire de la sécurité. Demander des garanties, c'est manquer de confiance et cette méfiance finit par engendrer la guerre. La paix, cela veut dire vouloir se consacrer entièrement à la loi de Dieu sans vouloir la sécurité, mais dans la foi et l'obéissance, abandonnant la destinée des nations dans la main du Dieu Tout-Puissant, n'essayant pas de faire aboutir nos desseins égoïstes. On ne gagnera pas les batailles avec des armes mais avec Dieu. Elles seront gagnées si elles conduisent à la Croix". Dietrich Bonhoeffer "No Rusty Swords" - Lettres, Conférences et Notes 1928-1936.

Bien des monastères dans notre monde sont en train de vivre cela actuellement. Cet extrait nous montre ce que cela veut dire de promouvoir la vraie paix du Christ dans nos monastères, et quelles doivent être nos priorités : risquer l'aventure, faire confiance, se donner totalement, en toute foi et obéissance au Dieu Tout-Puissant.

Pour ma part, je trouve que cela me refroidit un peu, et j'imagine que vous éprouvez le même sentiment. Qu'est-ce qui peut nous aider dans notre vie quotidienne ? Où vais-je trouver la paix qui puisse me nourrir, me fortifier, qui puisse devenir mon pain quotidien ? Je ne peux que vous partager ce que je trouve personnellement 'aidant'. En réfléchissant à ce sujet, j'ai été frappée par le fait que ce sont des chemins vraiment ordinaires et peu spectaculaires qui sont chemins vers la vraie paix, que seul le Christ nous propose. Nous n'avons guère besoin de regarder au-delà de notre expérience quotidienne. Nous pouvons trouver une paix réelle en vivant simplement la Règle de saint Benoît, fidèles à la vie monastique telle qu'elle est vécue dans chacun de nos monastères. "La stabilité monastique est pour nous une manière de répondre à la fidélité immuable de Dieu par notre propre fidélité, là où Il veut que nous Le cherchions. Il est fidèle, Celui qui nous appelle"; de nos Constitutions, § 12.

En tant que Supérieurs – et particulièrement quand on est Supérieur depuis un certain temps dans une position d'autorité – nous pourrions être tentés de vivre selon des critères différents par rapport aux autres membres de nos communautés, en particulier dans le style de vie, même dans les petites choses sans importance apparente. (Je ne parle pas bien sûr de ce que notre charge nous oblige à faire autrement que le reste de la communauté). Je veux parler de ces petites tentations qui sont le fruit d’un peu de "vaine gloire" ou peut-être ‘tristesse’. Ceux parmi nous qui sont chargés de communautés ont, à mon avis, une responsabilité élémentaire et essentielle,  celle de montrer, à la fois à nos frères et sœurs et à tous ceux qui sont à l'extérieur du monastère, que nous croyons vraiment à notre façon de vivre. C'est à travers notre fidélité quotidienne que nous rencontrons le Christ chaque jour, que nous vivons en Lui, que nous formons une communauté et que nous approfondissons notre communion en Lui et entre nous. En d'autres mots, c'est grâce à ce type de fidélité que nous manifestons notre foi en un Dieu fait homme, ici et maintenant dans mon monastère, et aussi que nous croyons que ce que nous vivons d'une façon si ordinaire est déjà une expérience (sans doute bien faible !) de vivre la réalité de la vie éternelle.    On expérimente une paix réelle quand tous ensemble, en communauté, nous essayons d'accepter la réalité telle qu'elle est et que nous nous mettons au travail à partir de cette réalité-là. Il peut y avoir une grande paix du fait de partager une difficulté, en faisant assez confiance à nos frères et sœurs au point de leur dire la vérité et d'accepter d'être aidés. Quand je dois dire à la communauté quelque chose qu'on n'aime pas entendre, donner de mauvaises nouvelles ou faire part d’autres difficultés, je ressens souvent à la fois de la paix et une force du fait que les sœurs acceptent ce qui arrive et essaient d'être aidantes. Peut-être que parfois nous oublions de reconnaître et d'accueillir le bon sens et le réel appui qui sont disponibles dans nos communautés.

Nous pouvons trouver une vraie paix en acceptant nos limites personnelles et nos faiblesses, en renonçant à nous prendre pour Dieu, prétendant que nous sommes capables de faire face à n'importe quelle situation alors qu'il faut précisément permettre à Dieu de faire son travail à travers nos fautes et nos faiblesses, le laissant répondre aux questions à notre place, avec ses mots à Lui. Teilhard de Chardin dit ceci : "Avant tout, faire confiance dans le lent travail de Dieu. Nous sommes, nous, naturellement impatients à vouloir atteindre le but en toutes choses,  sans délai. Nous voudrions télescoper les étapes intermédiaires. Nous sommes impatients de nous trouver sur le chemin de quelque chose encore inconnu, de quelque chose de neuf, alors que la loi du progrès consiste à passer par des étapes d'instabilité – et cela peut prendre vraiment beaucoup de temps. C'est ce que vous constatez. Vos idées gagnent en maturité, progressivement ; laissez-les se développer, prendre forme, sans hâte inutile. N'essayez pas de les forcer, comme si vous pouviez être aujourd'hui ce que… demain fera de vous. Dieu seul pourrait dire ce que ce nouvel esprit qui se développe en vous va donner. Accordez à Dieu le bénéfice de croire que sa main vous conduit et acceptez cette anxiété de vous sentir sans équilibre et incomplet". De façon paradoxale,  accepter  de vivre avec cette anxiété qui ne disparaît pas, n'est pas incompatible avec le fait d'expérimenter la paix. De la même façon, quand une communauté accepte finalement qu'elle ne peut plus faire face à une charge particulière ou la mener sans compromettre, sérieusement et à longue échéance, les valeurs fondamentales de notre vie, puis prend conscience que le monde ne touchera pas à sa fin ni la communauté non plus, si elle envisage un grand changement, alors il peut y avoir la paix.

Des réunions de communauté et des chapitres difficiles sont quelquefois plus proches de la paix que nous ne l'imaginons si chacun cherche la vérité et essaie de mettre Dieu au premier plan. Des réunions de communauté où l’on est trop facilement gentil et où un silence étouffant prévaut sur la vérité sont finalement plus destructrices.

La paix, cela signifie 'ordonner' nos relations entre nous, essayant du moins de ne pas fermer la porte pour une nécessaire réconciliation, laissant Dieu ré-'ordonner' en nous l'amour comme nous l'apprend saint Bernard, ce qui entraînera des combats et de la souffrance. Surtout cela signifie essayer d'avoir assez d'humilité pour repartir à neuf chaque matin, croyant réellement que la grâce est à l'œuvre en nous, comme dans notre communauté.

Parfois Dieu nous fait cadeau de la paix quand nous prions et il y a vraiment des moments où nos cœurs reconnaissent que, malgré des événements redoutables que nous devons affronter, Dieu est vraiment avec nous et nous n'avons rien à craindre. Saint Augustin qui commentait la tempête apaisée en l'évangile selon saint Marc dit ceci : "Il est vrai que la tempête fait rage… Est-ce que votre bateau est ballotté? C'est peut-être parce que, en vous, le Christ dort… Si votre cœur est profondément troublé, c'est que vous avez oublié Celui en qui vous avez mis votre foi. Et votre souffrance est insupportable si tout ce que le Christ a supporté est étranger à votre esprit. Si vous ne pensez pas au Christ, Il dort. Réveillez le Christ, faites appel à votre foi. Car le Christ dort en vous si vous oubliez sa Passion ; mais si vous gardez dans votre esprit le souvenir de sa Passion, le Christ vient veiller avec vous". Ce passage souligne la paix que nous pouvons expérimenter en nous adonnant fidèlement à la "lectio divina", en acceptant de mener notre combat quotidien avec la Parole de Dieu. C'est une des meilleures façons de garder nos réactions, notre jugement, nos réflexes, notre manière de penser ouverts aux valeurs chrétiennes et monastiques, ce qui va inspirer et guider nos décisions.

Finalement, un monastère paisible n'est pas  celui où tout va bien et où il n’y a pas de problèmes. Il ne pourrait être alors qu'un cimetière dans un bâtiment en ruines ! Il devrait être un lieu où l'on peut rester ouvert aux questions grandes et petites que la vie nous apporte. Un lieu où les autres peuvent venir et être aidés pour faire face en toute loyauté à ces mêmes questions, questions qui sont de tous les âges. Un monastère paisible c'est celui où, quoi qu'il arrive, la miséricorde de Dieu a le dernier mot. C'est sûrement la meilleure façon de témoigner de la vie éternelle, cette vie en abondance que le Christ veut nous donner.

Je voudrais terminer avec une petite méditation écrite par une Sœur aînée d’une communauté qui a dû accepter de déménager et partir ailleurs. Elle a plus de 80 ans, elle a toute sa tête et est pleine de bon sens. Pour elle, Dieu tient vraiment la première place dans sa vie. Puisse-t-il en être ainsi pour nous. "Le sens profond de notre voyage ici dans ce monastère, la source jaillissante qui nous fait avancer et que nous avons continué à écouter a toujours été la Parole de Dieu". C'est cela qui compte vraiment, L'écouter, Lui obéir, être des disciples du Christ, des croyants. Nous faisons cela ici depuis cent ans et plus, et nous continuons à être à l'écoute. Dieu ne cesse de parler à son Eglise ou à chacun de nous.  Si nous jetons un coup d'œil en arrière pour regarder le chemin parcouru, il faut aussi regarder en avant, écoutant une fois de plus le Seigneur qui nous parle et nous pousse en avant au service de la Parole, la Parole qui nous a créées, et qui nous a envoyées ici pour être ses disciples et pour servir.

"Le Souffle puissant qui vient jusqu'à nous à partir du Verbe parle à l'Eglise et la guide alors qu'elle navigue sur les océans profonds de l'histoire.  Il nous communique la force et le courage d'aller de l'avant et de rêver à l'avenir que Dieu a préparé pour nous. Aussi accueillons de nouveau avec joie l'invitation du Pape dans sa lettre pour le nouveau millénaire : 'd'avancer en eau profonde' (Luc 5), de repartir à neuf,  grâce à la Parole, de communiquer l'Evangile dans ce monde en plein changement, en restant ouverts à l'avenir. La tentation de regarder vers le passé, de nous consoler nous-mêmes avec les résultats de tout ce que nous avons réussi à faire grâce au Saint-Esprit, c'est quelque chose que nous aimons bien faire. Mais le Saint-Père nous rappelle dans sa lettre que la nouveauté de Dieu est 'en avant'. On nous appelle à une nouvelle expérience de grâce, à une nouvelle 'suite' de notre Seigneur et notre Maître. Pas de nostalgie, pas de lamentations, pas d'évasion des soucis du présent ; soyons plutôt inspirées par une vivante espérance, par une passion réelle pour le Royaume qui vient et par un dévouement qui soit capable d'exprimer aujourd'hui la beauté de ce que Dieu nous promet pour l'avenir. Encouragées par le Souffle de l'Esprit, vivons dans l'humilité et la reconnaissance, encouragées par le fait qu'il y a un travail à entreprendre. Nous devons avoir la même foi aujourd’hui qu’avant, que ce soit dans des périodes de consolation ou de difficultés, dans l'obscurité, à la lueur de l'aube et à la 'chaleur brûlante' du plein midi. Dans nos vies d'aujourd'hui qui sont souvent un peu agitées, nous avons confiance en Toi, Seigneur, et nous savons que pour les épreuves qui nous attendent, ton Esprit-Saint sera là, exactement comme Tu nous as conduites, moi et ma communauté pendant les années passées. Nous avons confiance que Tu nous guideras à l'avenir par les chemins de Ta Paix".