Développement contemporain de l'Eglise de Chine,  dans le cadre de la Période de Transition

John B Zhang, Chine

 

Introduction

Je  commencerai par relater deux incidents qui se sont produits cette année.

Le 15 Avril 2002, dans un dancing, les serveuses étaient déguisées en religieuses. Après les véhémentes protestations des Sœurs du lieu, le dancing en question a été contraint de mettre fin à cette pratique dégradante pour les religieuses. Les Sœurs reçurent des excuses personnelles mais aussi publiques par l'intermédiaire du journal local.

 

Cette année encore deux sociétés ont pris l'initiative de contacter le Beifang Jinde pour participer à la rénovation et à la construction des églises et des hospices. En retour, elles ont demandé l'autorisation d'ouvrir des établissements pour futurs mariés ainsi que des super-marchés à proximité des églises. Les sociétés avaient remarqué qu'un grand nombre de couples se mariaient à l'église. Elles espéraient en retirer des bénéfices et rehausser leur image de marque par leur contribution aux oeuvres de charité de l'église.

 

De toute évidence, que ce soit un dancing utilisant  des tenues de religieuses pour sa publicité ou des sociétés d'investissement coopérant avec l'Eglise pour construire des commerces à proximité, nombreux sont ceux qui sont conscients du changement d'attitude envers la religion. On est bien loin en tout cas de la position aliénante d'Octobre 2001 concernant religion et politique. Ceci semble caractériser la nouvelle attitude de la société envers  la religion  et l'Eglise.

 

A l'ère de l'informatique, de la globalisation, de la sécularisation, et de l'impact de l'économie de marché de la Chine, la société chinoise se trouve dans une période de transition. Dans cette conjoncture, l'Eglise, composante de la société chinoise, doit concentrer son effort sur son propre développement et ses perspectives d'avenir.

 

A/L'évolution de l'Eglise de demain dans la Société Chinoise

 

Je vais donc parler de l'évolution de l'Eglise de Chine au travers d'un certain nombre d'incidents récents, mais cependant, je ne ferai pas de commentaires sur les points sensibles. Les négociations entre les autorités chinoises et le Vatican ont commencé vers 1999. Le Gouvernement Central a exposé les grandes lignes d'une politique envers les activités religieuses. Le 6 Janvier 2001, cinq évêques ont été consacrés. Le premier Octobre de la même année, Rome a canonisé 120 Saints chinois. En Novembre 2001, Pan Yue a fait paraître un article favorable à la religion, intitulé "Le point de vue Marxiste sur la religion doit être ré-actualisé" Les 10-12 Décembre 2001, un congrès sur "Le travail religieux dans la nation" s'est tenu à Pékin. Le Président Jiang Ze Min déclara, en présence du Président G. Bush, de reporters et de téléspectateurs que les questions religieuses l'intéressaient beaucoup, qu'il avait lu la 'Bible', le 'Coran' et d'autres écrits religieux.

 

Il ne fait aucun doute que ces faits ont un profond impact  sur l'Eglise. Pour cette raison,  l'Eglise et même la religion sont mieux connues et mieux jugées par le gouvernement, la société, les intellectuels et l'Eglise elle-même. En fait ce n'est que la manifestation du changement dans la société chinoise résultant de la mondialisation. Les différentes couches de la société portent un plus grand intérêt  à la religion et cette connaissance devient plus holistique. Les gens prêtent plus d'attention à la religion, à son rôle et à son influence sur la société. "Le point de vue Marxiste sur la religion  doit être ré-actualisé" a suscité un intérêt général de la part des milieux universitaires et de personnes de tous bords. Les milieux religieux accueillent favorablement ce projet. Il y a comme toujours des gens pour et des gens contre. On trouve la  plupart des débats sur ce sujet  sur les sites internet chinois. Bien que Pan Yue ait rang de ministre, il n'y a eu ni sanction officielle, ni rejet : en d'autres termes, acceptation tacite. On a aussi parlé d'une rumeur selon laquelle on encourageait les fonctionnaires du Département religieux à lire l'article de Pan Yue. Plus tard, le 10 Décembre 2001, eut lieu à Pékin un rassemblement desdits responsables des affaires religieuses dans tout le pays. Bien qu'outremer, l'impression générale fût celle d'un "plus grand contrôle" de la religion, l'affirmation du Président Jiang reconnaissant l'existence de la religion tout comme sa fonction et son influence dans la société se vit approuvée par les milieux religieux. Il alla jusqu'à dire que "la religion n'est plus l'opium du peuple", "la religion existe depuis longtemps. Même si le Parti disparaissait, la religion continuerait vraisemblablement d'exister" et que "la religion continuera d'exercer sa pleine influence".

 

La compréhension mutuelle et les études des milieux universitaires et politiques en ce qui concerne l'influence de la religion sur la société, les rapports entre la religion et les autorités politiques, la religion et la science, et les rapports entre la religion et de nombreux autres domaines sont en train de s'améliorer. Pour plus de transparence et de vérité, les étudiants peuvent transgresser les règles établies et essaient de discuter honnêtement des problèmes. Plutôt que de se tracasser à propos de la relation entre le Gouvernement Chinois et le Vatican, les gens de tous les milieux doivent parvenir à une meilleure compréhension de l'Eglise Catholique. Les sujets d'incompréhension ne manquent pas. Mais cependant, les milieux universitaire et politique ont toujours du respect pour l'Eglise.

 

En ce qui concerne les relations bilatérales, ce que l'on nommait autrefois 'indépendance'," auto-nomination et auto-ordination" et '"autorité du Pape"prend désormais tout son sens. L'effort se poursuit dans la recherche de la vérité dans les secteurs de l'information  et de la gestion quotidienne des affaires religieuses par les autorités idoines. Suite à l'incident du 6 Janvier, le gouvernement a montré plus de prudence lors de la nomination et  la consécration d'évêques, en essayant d'éviter l'ingérence des masses  pour régler les problèmes. Suite à la canonisation du 1er Octobre, Rome montre plus de prudence dans ses rapports avec Pékin, faisant le maximum pour éviter la confrontation en tenant compte de la situation actuelle de l'Eglise de Chine et du climat social.

 

Pas plus Pékin que Rome n'évoque désormais l'attitude conflictuelle et rigide qui caractérisait les relations bilatérales de ces cinquante dernières années. Peu à peu la société commence à réaliser  que la religion a une fonction sociale et une influence  à long terme. Ceci  inclut le changement de l'image internationale de  la Chine après la normalisation des relations avec le Vatican tout autant que son rôle primordial  dans la résolution des problèmes  sous-jacents. Pour sa part, le Vatican reconnaît que ce n'est qu'en passant par la normalisation des relations qu'incompréhension et conflits pourront être évités et qu'ainsi la mission de l'Eglise de Chine sera plus efficacement menée. Pour l'Eglise de Chine, c'est un bienfait et une merveilleuse opportunité de développement.

 

Actuellement l'Eglise a des possibilités de développement, bien qu'elle soit confrontée à des obstacles. En voici un exemple : pour paver le chemin de la normalisation, le Gouvernement Central pousse les gouvernements locaux à restituer  les  nombreux biens de l'Eglise. Comme de nombreux dirigeants locaux ont une grande considération pour l'Eglise et l'art, de nombreuses églises et les places attenantes, comme celles de Wangfujing à Pékin, Xujiahui à Shanghaï, Jinan, Dhenyang, Harbin ont pu être rénovées, réparées ou même construites avec des fonds publics. A l'heure actuelle, ces églises et ces places sont devenues des pôles d'attraction aussi bénéfiques pour l'Eglise que pour les visiteurs. Cependant, à la base,  l'attitude sceptique des intellectuels et des ouvriers continue  de contrecarrer sérieusement le développement de l'Eglise. Les gens se méfient encore de l'Eglise. : ils s'en tiennent à distance même si elle peut inspirer le respect à certains. Des directeurs et des maîtres d'écoles primaires ont refusé des bourses émanant des Fonds de  la Vocation et la Formation de l'Eglise, offertes à des élèves nécessiteux, de peur d'avoir des ennuis. Lorsque le Beifang Jinde proposa d'aider des organisations médicales à mettre en place des sessions de formation, les  personnels concernés ont refusé de coopérer parce que le Beifang Jinde est une organisation religieuse. Ils se demandaient si l'Eglise n'avait pas d'arrière-pensées et ils ne voulaient pas avoir d'ennuis. En conséquence, l'Eglise doit soutenir son effort de réflexion et tout mettre en oeuvre pour dissiper chez les gens ce malentendu et cette fausse image de l'Eglise et que soient comprises les valeurs de l'Evangile.

 

B/Le développement adapté à l'idéologie Socialiste

 

Sur le plan historique, il y eut entre l'Eglise et le Gouvernement de réelles périodes de conflit, le paroxysme datant des années 50 lorsque des éléments anti-communistes en Europe et en Amérique se lancèrent dans une campagne de diffamation. La confrontation politico-religieuse fut virulente. Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, la situation a changé. Les chefs politiques ou religieux recherchent tous la meilleure solution. Avec e livre "Etape fondamentale du Socialisme" le Secrétaire Général du Parti, Jang Zemin, proposa un guide efficace sur la religion adaptée à l'environnement socialiste et promouvant des valeurs morales positives. Pour les croyants catholiques, compte-tenu de l'arrière plan des années 50 et 60, ce fut une bouffée d'air frais. La branche principale de l'Eglise catholique s'est depuis longtemps débarrassée de ce fardeau historique. Elle ne soutient plus aveuglément  les principes  anti-communistes,  mais décide de regarder la réalité en face. Elle s'efforce de s'adapter à l'idéologie socialiste et prend une attitude positive en coopérant avec le gouvernement.

 

Dans cette optique, à la Presse Religieuse, nous avons attendu trois ans avant d'imprimer le "Catéchisme de l'Eglise Catholique". D'un côté,  nous ne pouvions rien imprimer  qui contienne des prises de position anti-communistes et anti-socialistes,  de l'autre, nous n'avions pas le droit  de supprimer ces passages. En 1998, nous ne pouvions qu'attendre et prier. Bien que dans le monde entier, on ait espéré des nouveaux manuels qu'ils soient compatibles avec le Catéchisme de l'Eglise, on tint compte de ce cas extra-ordinaire, et à titre exceptionnel, l'Eglise sur le continent fut autorisée à publier une édition nationale. La phrase "l'Eglise s'oppose à l'hégémonie du Communisme et du Socialisme" fut supprimée (CCC No 2254). Gr‰ce à notre audacieuse démarche (suppression d'une phrase), trois ans d'impasse se terminèrent en apothéose.

 

Tant que l'Eglise sera une institution religieuse mal accueillie ou encore dangereuse et un facteur déstabilisant dans la société,  les gens seront privés de l'opportunité de connaître Jésus et d'être en contact avec son Eglise. Par le fait même, le développement de l'Eglise Catholique sera limité. Pour aller de l'avant et se développer, l'Eglise doit affronter courageusement la réalité. Le dialogue et la communication sont des impératifs, autant qu'un effort d'adaptation à la société et à la culture chinoise traditionnelle, en tenant compte du climat politique,.

 

Tout le monde, aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest, est conscient de la forte tension entre l'Eglise officielle et les organisations souterraines, ces vingt dernières années, d'autant plus que le conflit s'étend outremer. Non seulement des Chinois d'outremer, mais des missionnaires et des sinologues ont rejoint le mouvement. Problème épineux, tant pour l'Eglise que pour le gouvernement. L'Eglise elle-même est victime d'escarmouches et de conflits. Depuis que des entretiens bilatéraux entre la Chine et le Vatican ont commencé, les critiques mutuelles, les blâmes, les accusations et les attaques ont peu à peu diminué. Il règne une trêve et une paix sans précédent.. Il est évident que tout le monde attend la normalisation. La mise en place de la relation bilatérale est la clé qui amènera la fin du conflit et la stabilité à l'Eglise.

 

L'Eglise de Chine, qu'elle soit officielle ou clandestine, a pris conscience du changement d'époque, de l'impact qu'elle peut avoir et des défis qu'elle doit relever. La sécularisation, l'hédonisme et le culte de l'argent sont les véritables ennemis et de l'Eglise et de la société en général. Le conflit interne n'est plus le principal souci de l'Eglise ni le plus important. L'accent est mis désormais sur le développement des Eglises locales, la formation, la construction, la proclamation de l'Evangile, le ministère pastoral et le souci des besoins de tous dans la société. Telles sont les priorités. Dans l'économie de marché  socialiste, l'absence de foi et un vide existentiel se font jour. La notion de morale se perd. Le pessimisme assombrit les perspectives d'avenir. Il est indispensable que l'Eglise collabore avec la société et le gouvernement,  pour regarder la réalité en face, donner des réponses positives, et répondre aux besoins spirituels de chacun. C'est la priorité de l'Eglise et c'est aussi une opportunité d'expansion.

 

Bien que conflits internes et chamailleries diminuent et que réconciliation et unité deviennent peu à peu réalité, les blessures et les douleurs mettront encore du temps à disparaître. Il faudra les efforts conjugués de tous pour régler les nombreuses questions épineuses.

 

La Chine a commencé à basculer d'une économie autarcique à une économie de marché socialiste dès les années 80. Le changement ne date que de vingt et quelques années. Si cette période de transition, avec l'entrée dans le WTO et l'accueil des Jeux Olympique, doit constituer pour la Chine et le monde un stimulant et une source de développement, alors ce profond changement s'accompagnera d'une égale opportunité de développement pour l'Eglise. Plutôt que de ménager la chèvre et le chou, de se disputer ou même de s'inquiéter de la menace  de la Chine ou encore de s'opposer à sa croissance, il serait bien plus profitable de lui prêter main forte. Aidons la Chine sur la voie de la réforme, pour construire une société plus stable, plus démocratique, mieux régie, plus prospère et plus saine. En aidant la Chine à devenir un membre indispensable de la communauté internationale, nous contribuons en fait au développement de l'Eglise en Chine.

 

C/ Le développement de l'Eglise et les efforts vers la maturité

Il y a vingt ans, dans les villages catholiques chinois, on voyait souvent tous les villageois, jeunes et vieux, assemblés à l'extérieur devant leurs maisons pour célébrer avec ferveur la messe en latin. Ce genre de manifestation avait lieu à la fin des années 70 et au début des années 80 au siècle dernier. Rien n'était susceptible de l'interrompre, ni la neige, ni le froid, ni la pluie, ni la canicule. Ce phénomène  provient d'une renaissance de la foi après une longue période de clandestinité. Aujourd'hui, vingt ans plus tard, dans les petits villages comme dans les grandes villes, près de 6000 églises ont été restaurées ou construites. A cause du développement rapide des grandes villes, de nombreux villageois ont émigré pour travailler dans l'industrie, le commerce, l'équipement et les ateliers de réparations.. En conséquence, le spectacle de milliers de personnes rassemblées en plein air pour célébrer la messe a à peu près disparu. Nombreux sont ceux qui croient que la situation s'est détériorée et que les fidèles ne sont pas aussi fervents. Je pense qu'il s'agit en fait d'un processus normal. L'Eglise ne doit pas se contenter de comprendre le défi de la situation sociale, elle doit s'adapter aux temps nouveaux du développement de la société. Quelle qu'euphorique qu'ait été l"Expérience de la Montagne" (la Transfiguration), il nous faut suivre Jésus et redescendre du Mont Thabor pour faire face à la dure réalité quotidienne, en avançant vers l'avenir d'un pas décidé. Certes, il devait être merveilleux de voir une foule de gens célébrer en plein air (conséquence du renouveau de la foi), mais je reste optimiste et je pense que le développement de l'Eglise est non seulement normal, mais qu'il s'achemine vers sa maturité. Assaillis par les multiples tendances idéologiques, de nombreux membres du clergé et des laïcs ont été  véritablement perturbés. Cependant, je retiens de mon observation personnelle et de mes nombreux contacts que la foi de la plupart des catholiques s'achemine vers la maturité. La croissance de l'Eglise est saine.

 

Durant les vingt dernières années, l'Eglise a restauré ou construit plus de 6000 édifices. Pour des raisons sentimentales, la plupart de ces églises sont encore de style occidental. Mais désormais, on commence à ériger des églises de style chinois, ou encore  on associe style chinois et style occidental.  Nous sommes heureux que l'acculturation des églises en Chine ait commencé et s'amplifie peu à peu. Le clergé et les fidèles n'ont pu avoir accès au Concile Vatican II d'il y a quarante ans. Il y a vingt ans ils souhaitaient être réunis à l'Eglise universelle et lui rester fidèles. Ils commencèrent tranquillement la réforme liturgique en utilisant la langue du pays  dans la célébration de la messe. Il y a dix ans,  selon la réforme liturgique dans tout le pays, les autels furent placés face aux fidèles, ce que déplorèrent de nombreuses personnes âgées. Cependant clergé et fidèles acceptèrent la nouvelle liturgie et étudièrent activement les documents du Concile Vatican II. Ces vingt dernières années, les trois maisons d'édition catholiques de Pékin, Shanghaï et Shijiazhuang ont imprimé plus de 5 millions de livres de toutes catégories : bibles, missels, livres d'offices liturgiques, de théologie, études des Ecritures, livres liturgiques, histoire de l'Eglise, loi canon, art et littérature, musique spiritualité et vie de saints. Le Centre audio-visuel de la Presse Religieuse produit ses propres vidéo, CD, cassettes de musique. Les pages Web des différentes églises poussent comme des champignons, rendant accessibles au grand public les informations sur l'église locale et universelle. Dans la presse chinoise catholique,  le journal "Le bi-mensuel de la foi" est le plus largement diffusé parmi les catholiques chinois.

 

Parallèlement à l'élévation du niveau intellectuel des fidèles, beaucoup d'églises locales doivent accueillir un grand nombre d'étudiants  pour Noël. Un nombre constant d'intellectuels, de professionnels, d'étudiants, de fermiers et d'ouvriers, reçoivent une formation sur la foi chrétienne. Ces dix dernières années, des églises locales ont organisé des camps d'été et d'hiver pour les jeunes. Des sessions de formation pour catéchistes se multiplient dans de nombreuses paroisses. "Les Nouvelles Religieuses" en font état des quatre coins du pays. Des milliers de fidèles et de dirigeants laïcs reçoivent une formation sur la catéchèse, la théologie et les Ecritures. Ils démontrent à quel point est fort le souci  pastoral. Cela prouve bien  que non seulement l'Eglise est en pleine croissance, mais aussi qu'elle s'achemine vers sa maturité.

 

La montée de la laïcité a ses antécédents. Dès les années 50 et 60, avec un arrière-plan politique et historique peu commun, c'est un groupe de laïcs qui servaient de "pont", faisaient la "navette" entre l'Eglise et le Gouvernement. Ils sont devenus les leaders laïques et jouent encore un rôle important tant dans l'Eglise locale que dans l'Eglise de Chine.

 

Dans le même temps, un groupe important de laïcs est né ces trente dernières années, depuis les années 80. En raison du vieillissement de la majorité des prêtres après la Révolution Culturelle et de la nécessité de former de jeunes prêtres,  la tâche d'aider les prêtres âgés fut dévolue aux laïcs. Bien qu'ils n'aient pas été formés dans l'esprit de Vatican II, ils furent propulsés sur le devant de la scène par la force des circonstances. Ils formaient les conseils paroissiaux, construisaient les églises, préparaient la liturgie et organisaient des activités de formation paroissiales. Ce qui est réconfortant, c'est de constater que ce groupe qui a à la fois suivi une formation et agi selon la méthode d'essai et erreur, constitue maintenant l'assise locale de la proclamation de l'Evangile. Grâce à leurs efforts, de nombreuses personnes reçurent le baptême. Un exemple à citer est celui de Mme Guo Caiyun. Prêtres, frères et sœurs, tous sont fascinés par son action. Elle est maintenant en première ligne et déploie son activité de catéchèse dans sa paroisse et dans de nombreux diocèses. Mme Tao Beiling de Shanghai, de retour de l'étranger où elle a fait des études, est la compétente assistante du prêtre qui dirige la Guangxi presse. Nos publications, nos services sociaux et les affaires de l'Eglise sont presque tous assurés par des laïcs. Leurs résultats sont au-dessus de tout éloge. On note habituellement le grand nombre de vocations. Mais que représente quelques milliers de prêtres seulement, face à une population de 1,3 milliard de Chinois ?  L'évangélisation future ne peut se passer d'un partenariat avec les laïcs, et en fait, elle en a le plus grand besoin.

 

Tout en me réjouissant du développement de l'Eglise en Chine, je me dois d'insister sur l'importance du dialogue multilatéral entre l'Eglise et la société, les autres religions et le gouvernement. Le 24 Août, conjointement avec des organisations  religieuses de Bouddhistes, de Taoïstes, de Musulmans, de Protestants et de Catholiques, ainsi qu'avec des étudiants de nombreuses universités et des écologistes, l'"Institut Culturel Religieux" et le "Beifang Jinde" ont organisé un symposium sur "La Religion et la protection de l'environnement". Le gouvernement de la province de Hebei lui a apporté tout son soutien. Un semblable  dialogue à plusieurs est le premier du genre dans le pays. En outre, il est significatif que notre rencontre ait eu lieu à la veille de la conférence mondiale. Naturellement un environnement  stable et la liberté de culte sont de la plus haute importance, même s'il existe, j'en conviens, des divergences.. Je voudrais souligner que si la Chine n'avait pas cette liberté religieuse de base,  je n'aurais pas d'aussi bonnes nouvelles à rapporter au sujet de l'Eglise. Autrement dit, nous ne pourrions pas construire tant de belles églises, publier un nombre constant de journaux, revues et livres, et je ne pourrais pas faire partager mes points de vue. A l'époque d'internet,  il est impossible d'exercer un contrôle sur la croyance et l'idéologie religieuses. Je vous prie donc de croire que tant que la Chine aura le regard tourné vers le monde extérieur, elle ne reviendra pas sur ses pas. La Chine est déjà entrée dans le WTO. Elle continuera à s'ouvrir et à aller de l'avant. Alors que le développement économique de la Chine se poursuit, que la société est en pleine mutation, l'Eglise doit saisir cette opportunité pour concentrer ses efforts sur son développement.