Sr.Aquinata Böckmann OSB

INTRODUCTION

Le but de cette conférence est de d’écrire le bon zèle selon la RB.  Qu'entendait Benoît par cette expression ?  Nous posons cette question aujourd'hui, alors que nous vivons dans un monde ébranlé par le zèle mauvais.  Nous pensons par exemple à l'énergie intense et globalisante des terroristes remplis de haine et décidés à détruire ; peut-être aussi aux actions antiterroristes qui peuvent être cruelles.  Benoît a vécu quelque chose de semblable à l'époque des guerres impitoyables des Goths. Nous connaissons aussi le contraire du zèle.  Tant de gens vivent sans grand idéal, ne songeant qu'à leur commodité.  Cherchent-ils une communauté ?  C'est en vue de trouver des relations agréables, un soutien, un enrichissement, de la joie.  Et la force de persévérer, de s'impliquer de toute son énergie semble être en décroissance.  A l'époque de Benoît, on pense au luxe, à l'amollissement, à l'instabilité.  Son horizon de compréhension et le nôtre sont, pour ce qui regarde le "zèle", semblables en bien des points.

Cela vaut la peine de considérer le chapitre 72 en soi (1.) et de voir ensuite comment il se situe à l'intérieur de la Règle et par rapport à ses sources (2.).  Nous pourrons ainsi mieux découvrir ce que sont, pour Benoît, le zèle lui-même et ses différentes facettes, et en retirer la signification pour nous aujourd'hui.

1. REMARQUES SUR LE CHAPITRE 72

Tout d'abord je recommanderais de s'assimiler le chapitre (cf. page annexe) en le coloriant par exemple de la manière suivante :
     - brun pour les expressions négatives,
     - jaune pour la vie éternelle, pour Dieu et le Christ , marque orange (ou soulignage jaune) pour leurs actions,
     - bleu pour les moines, vert pour leurs actions,
     - soulignage vert pour les expressions de mouvement, bleu pour les précisions adverbiales et rouge pour les expressions d'intensité,
     - encadrement gris pour des termes-clés et rose ou rouge pour le vocabulaire ayant trait à la charité.

Ainsi nous avons un chapitre colorié.  Le jaune (pour Dieu ou le Christ ou la fin ultime) apparaît au début aux versets 1-2 et à la fin aux versets 9-12.  Au milieu, versets 3-8, il s'agit de la dimension horizontale.  Elle est pour ainsi dire insérée dans la verticale.  Le brun, signe du négatif, apparaît au début, versets 1-2, et vers la fin, verset 11, mais aussi au verset 7.  Il en va de même pour les expressions dynamiques (soulignée en vert - vv. 1-2 et 7).  Le vocabulaire de la charité (encadré en rose ou rouge) traverse presque tout le chapitre (jusqu'au v. 10) ; les actions (vert) se présentent presque dans chaque verset ; seul le v. 12 comporte une action de l'agent divin (marqué en orange ou souligné en jaune).  Dans tout le chapitre, beaucoup de mots sont soulignés en bleu et rouge : cela signifie qu'est mise en valeur la manière dont une chose doit être faite (vv. 3-6.8-10) et Benoît s'exprime avec force (presque à chaque verset).  En situation de guerre, quand règne le zèle mauvais, cette force est de mise.  Benoît investit toute son énergie.  On peut se demander pourquoi.  Parce que les moines étaient tellement zélés ?  Ou bien ne serait-ce pas plutôt le contraire, parce que Benoît devait les secouer avec ces expressions empreintes de radicalisme ?

Avant de nous occuper des éléments du bon zèle aux vv. 3-11, faisons quelques remarques sur le début et la fin.  Il est étonnant que Benoît ne commence pas par :"il y a un bon zèle", ce qui correspondrait au titre.  Mais il commence par l'aspect négatif : le zèle mauvais.  Dans la situation actuelle, nous pouvons bien le comprendre : guerre, terreur, mépris de la vie, haine et vengeance, tout cela nous frappe plus que le bon zèle.  Il en allait de même pour Benoît.  D'après lui, nos communautés devraient, par leur bon zèle, être des contrepoids du mauvais zèle dans le monde.

 Ainsi la question se fait plus pressante de savoir ce qu'est le bon zèle pour Benoît.

  Autre considération : au verset 2, c'est le bon zèle qui guide, mais au verset 12, c'est le Christ en personne.  Il y a donc "changement de moteur".  Le bon zèle humain ne suffit pas, si radical soit-il.  Qu'est-ce que le bon zèle ?  En dernier ressort, c'est la personne du Christ agissant en nous.  Ceci, d'une part, nous apporte, dans la situation mondiale, calme et espérance et, d'autre part, centre nos communautés sur l'unique nécessaire : c'est LUI, le Seigneur, qui vit et agit en nous.

  Les versets 3 et 11 encadrent les versets 4-10.  Au verset 3, il est clair que le bon zèle consiste dans le très ardent amour.  Il ne s'agit pas du zèle dans l'humilité, dans l'observance ou dans le "bon exemple".  Le très ardent amour a pour objet les hommes et le Christ : il ne faut rien lui préférer (verset 11).

  Les versets 4-10 ont été composés avec art, comme un poème.  Tous les verbes (vert) sont au pluriel et placés en finale, comme le veut le latin : il s'agit DES moines, sauf au verset 7 ; tous les versets sont à la forme positive et intensive, sauf le verset 7.  Tous les versets, sauf le 7e, disent COMMENT il faut faire quelque chose (précision adverbiale - soulignage bleu).  Le verset 7 ne rentre pas dans le schéma ; il se détache de ce qui l'entoure.  Les versets 4-6 et 8-10 vont ensemble ; ils renferment chaque fois un mot caractéristique comme honneur, infirmité, obéissance (mis en premier en latin), fraternité, Dieu, abbé (encadrement gris, aussi le Christ au verset 11) ; les versets 4-6 soulignent la réciprocité ; les versets 8-10, par contre, comportent un mot en rapport avec la charité (en latin : "caritas, amor, caritas, diligere"- encadrement rose/rouge).  Ils entourent, et cela vaut surtout pour les versets 6 et 8 avec la même expression (latin : inpendere), le verset 7 comme une pierre précieuse.

  Nous arrivons ainsi au verset 7, qui interrompt le déroulement et l'harmonie du chapitre qu'on pourrait lire en le passant.  Les versets 6 et 8 se suivent très bien et ont une forme semblable.  Le verset 8 reprend en quelque sorte les versets 4-6 du point de vue de la fraternité.

  Comment se fait-il que le verset 7 se trouve ici ?  Je pourrais m'expliquer son insertion tardive au milieu du chapitre de la façon suivante : Les moines peuvent avoir dit au Père Abbé Benoît: "Tout ce que tu écris ici est bon et important !  Mais peux-tu nous dire ce qu'il en est concrètement de cette très ardente charité ?  Comment devons-nous dans telle ou telle situation pratiquer le bon zèle ?"  Et à partir de son expérience, Benoît aurait finalement, au milieu de son testament, placé cet instrument : nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui".  Si chacun agit ainsi, il n'y aura pas à s'inquiéter beaucoup pour savoir si l'on pratique le bon zèle. Mais il s'agit de "ce qui est utile pour autrui", c.à.d. ce qui l'aide sur la route qui mène à Dieu, ce qui le fait grandir comme homme et comme chrétien.  Ce n'est pas ce qui lui est agréable.

  Pour chacun, c'est l'indication d'une voie qui éloigne du "je" et place l'autre au centre.  C'est un dépassement de soi.  Je n'ai bien compris la radicalité de cette phrase que par la réaction d'un novice auquel j'essayais d'expliquer ce verset.  Il devint blême et, comme je lui demandais s'il ne se sentait pas bien, il répondit : "Alors, il ne reste plus rien pour moi".  Oui, c'est radical !  Rien pour moi, mais tout est donné.  Pour reprendre les paroles de Jésus, c'est perdre sa vie afin de la retrouver (Mc 8, 35 sv.), c'est mourir avec lui comme le grain de blé (Jn 12, 24).  En pratiquant le bien, je peux encore me mettre au centre et faire montre de moi en étant charitable.  Ici, on ne veut plus prendre la température de son bon zèle, mais on s'oublie soi-même en portant tous ses efforts sur ce qui est le bien de l'autre.

  Je dirais que ce verset est le testament pratique de Benoît.  Il exhorte chacun des moines à juger, peser dans la lumière de Dieu ce qui est salutaire à autrui. Le verset énonce un critère pour les autres instruments, par exemple le respect mutuel, la patience et l'obéissance les uns envers les autres, comme cela peut servir le bien de l'autre.  C'est aussi un critère des vertus monastiques, comme par exemple, le silence, l'ascèse et la discipline à l'intérieur d'une communauté.

  Le verset 7 se rapporte au début : le mauvais zèle (verset 1) serait alors concrètement de toujours chercher ce qui m'est utile au plan matériel ou spirituel. Et le bon zèle (v. 2) consisterait en une orientation aimante vers le bien de l'autre. - En me référant au verset 11, je puis me demander ce que je préfère au Christ ; n'est-ce pas souvent ce qui M'est utile ?  Alors le verset 7 décrit une manière concrète de s'orienter vers le Christ.  Les deux versets sont radicalement semblables.  Le lien entre les versets 7 et 12 dit en clair qu'il ne peut s'agir de faire d'un membre de la communauté (alius) le centre de ma pensée et de mon agir, de l'aider de telle sorte qu'il/elle s'isole de la communauté ou la gêne dans sa marche vers le but qu'elle poursuit. Il s'agit de porter l'autre selon les circonstances afin que tous arrivent ensemble.  En mettant en regard les versets 7 et 11-12, on voit clairement qu' "utile" est ce qui fait grandir le Christ dans les autres de sorte que tous ensemble nous nous laissions conduire par lui (cf. sens de la profession). Mais le changement de sujet au verset 12 montre clairement qu'il s'agit pour chacun de laisser en soi un espace à l'agir du Christ pour qu'IL grandisse en nous.  Pratiquement, c'est le Christ qui en moi recherche ce qui est utile à autrui, qui me conduit de l'intérieur et m'ouvre sans cesse à l'autre.  Mon propre bon zèle  ne peut pratiquer cette radicalité.

  Le chapitre se présente de la manière suivante : les versets 1-3 correspondent aux ver-

sets 11-12 (A-A').  Ils indiquent le fondement, l'impératif essentiel qui en découle ; les versets 2 et 12 sont semblables et forment une "inclusion" (encadrement rentré vers la droite) et le verset 12 amplifie : le Christ lui-même conduit, nous conduit ensemble, qu'il nous amène définitivement (perducat - prière), non pas à Dieu, car en lui nous sommes déjà en Dieu (sorte de christologie "in nuce"), mais à la vie éternelle ; et ceci est lié au centre qui est une personne, le Christ.  Ici l'horizontal est aspiré dans le vertical, le "pariter" (ensemble) porte sur le chemin qui mène au but sous la conduite du Christ. L'atelier du monastère n'est pas statique, solidement enfermé ; mais ici, dans la "stabilitas in congregatione" (4, 78), s'ouvre un chemin jusque dans le cœur du Père pour nous et tous ceux qui nous sont confiés.  B et B' encadrent le verset 7 (=C) comme le milieu ; ils en reçoivent leur sens et en indiquent le fondement.

  Voilà ce que l'examen du chapitre nous livre. Un regard sur la place de RB 72 dans toute la Règle et à l'intérieur de ses sources nous aidera à mieux préciser ce qu'est le bon zèle pour Benoît
 

2. RB 72 DANS LA REGLE ET PAR RAPPORT A SES SOURCES

  On peut à bon droit dire que le chapitre 72 est le sommet de la Règle.  On pourrait aussi l'appeler la dimension profonde ou la clef qui permet de lire toute la Règle et de la vivre.  Tout en rédigeant sa Règle Benoît s'est considérablement développé.  En dépendance de sa source directe (Regula Magistri = RM), il en a posé le fondement dans les premiers chapitres jusqu'au chapitre de l'humilité inclus (RB 7) ; ensuite il s'en est écarté de plus en plus, surtout sous l'influence de la règle d'Augustin, mais aussi d'autres sources.  Il va ainsi mettre un accent de plus en plus fort sur la communauté, le respect mutuel, le souci des faibles, la discretio...  A la fin, il est devenu tout à fait lui-même et écrit le chapitre 72 de la Règle comme pour ainsi dire son testament. L'humilité (RB 7) dans la première partie est et reste le fondement, mais elle se parfait dans l'amour, comme déjà la fin de RB 7 l'indique (cf. 7, 67) (1).  Il semble également important qu'à la fin de sa Règle Benoît ne dit pas qu'il faut faire ceci ou cela, mais DANS QUELLE ATTITUDE les moines doivent vivre.  Il rend ainsi possible, au niveau de l'inculturation, d'exprimer des attitudes fondamentales.

  Je voudrais maintenant voir comment, dans les différents versets, Benoît, qui a mûri dans l'atelier du monastère, comprend le bon zèle.

  Les versets 1-3 parlent du bon et du mauvais zèle.  Le mot "zelus" sans qualificatif a dans le latin biblique d'une part le sens de jalousie, colère et dispute (Sir 40, 4 ; Prov 6, 34 ; 1 Co 3, 3) et d'autre part le zèle peut animer l'homme pour Dieu (Ps 68/69, 8, 10 : cf Jn 2, 17).  "Zelus" est une passion humaine dynamique, globalisante, le contraire d'une routine lasse, timide.  En RB 72, c'est une passion intense et brûlante de l'amour qui porte au bien du prochain et est ainsi un zèle pour Dieu et le Christ (frères et abbé inclus).  Ce bon zèle est très différent de ce que le modèle direct de Benoît, la "Regula Magistri" (= RM), appelle bon zèle (92,51).  Il s'agit là de la recherche de l'honneur, d'étaler ce qui est saint et bon avec l'espoir secret de devenir éventuellement le prochain abbé.

 Le bon zèle prend plus de netteté en se détachant de son négatif, le zèle mauvais.  Quand en 65, 7 Benoît le décrit par envie, disputes, calomnies, jalousie, discorde et désordres (cf aussi 4, 65-69), il est en conformité avec la Bible et la littérature patristique.  Paul exhorte les Galates (4, 17-18) à ne pas avoir du zèle pour le mal, mais pour le bien.  Les fruits de l'Esprit sont, d'après Gal 5, 18-26, opposés aux œuvres de la chair : dispute, jalousie, colère, égoïsme, scissions, envie, dissensions.

  Rm 12, 9-18 offre au bon zèle un arrière-fond : "Que l'amour fraternel vous lie entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants ; soyez zélés sans nonchalance, dans la ferveur de l'Esprit, au service du Seigneur, avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité.  Bénissez ceux qui vous persécutent... Pleins d'une égale complaisance pour tous...  ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse...  en paix avec tous si possible, autant qu'il dépend de vous."  Surtout il convient de méditer l'hymne ˆ la charité de 1 Co 13, qui donne les caractéristiques du bon zèle.

  La Bible et Benoît sont d'accord pour présenter le bon zèle comme l'amour sans limites de Dieu et du prochain, qui se manifeste dans le respect, la patience, l'hospitalité, le désintéressement et le pardon et qui envers Dieu se traduit en prière, en confiance, en une orientation radicale vers LUI (cf RB 4, 1-2).

 

  Les différents versets de 72 ont chaque fois, par le déroulement de la RB, été préparés comme des sommets.  Ce faisant, Benoît se distancie de la RM et se met à l'école d'autres traditions.

 

  "C'est ce zèle que les moines pratiqueront avec un très ardent amour" (RB 72, 3) (Hunc ergo zelum ferventissimo amore exerceant monaci).  Il est clair ici que le bon zèle est, comme dans la Bible, un très ardent amour, fruit de l'Esprit et contrepoids au zèle mauvais.  D'où vient cette ardeur ?  Tout comme le cœur dilaté de Prol 49 (encore une addition ultérieure de Benoît), cet amour très ardent est l'effet de l'habitation de Dieu ou de l'Esprit.  C'est Augustin qui parle de "ferventissimus" en rapport avec l'amour (2) (alors que Cassien utilise l'adjectif dans le contexte de la prière).  Le zèle dans son sens positif ne paraît auparavant dans la RB qu'en 64, 6, où il est question du zèle pour Dieu, mais où il n'est pas encore tout à fait clair que c'est l'amour.

 

  Le v. 4 "ils s'honoreront mutuellement avec prévenance" (honore se invicem praeveniant) est une citation directe de Rm 12, 10, en relation avec le bon zèle et l'ardeur de l'Esprit (cf supra).  Pour Benoît, honorer est l'expression première et fondamentale de l'amour. En opposition avec RM (cf 92, 51), il ne s'agit pas du respect que l'on recherche mais que l'on accorde à autrui. RB 63, 17 met l'accent sur le respect mutuel, mais recommande encore davantage le respect envers les anciens.  En 4, 8 Benoît avait déjà modifié un instrument de son modèle en "honorer tous les hommes" (honorare omnes homines).  Ici l'accent est mis sur la prévenance mutuelle, signe du zèle inspiré par le Christ, dans la foi que le Christ vient à nous en chacun, spécialement  dans les petits.

 

  Le v. 5 dit "Ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d'autrui, tant physiques que morales (caractérielles)" (infirmitates suas sive corporum sive morum patientissime tolerent).  La RB présente un vaste champ des infirmités humaines : du corps et du caractère ou même morales (p. ex. RB 28, 5).  Le Maître ramène la faiblesse humaine à la paresse (p. ex. 1, 67 : 7, 10).  A la suite de la Bible, Benoît adopte ici une attitude miséricordieuse, qui a en vue le salut et la guérison d'autrui.  1 Th 5, 14 dit : "soutenez les faibles, ayez de la patience envers tous" (cf Gal 6, 2).

  Supporter les infirmités "avec une très grande patience" (patientissime), c'est, chez Cassien, un motif pour un ancien ermite de revenir en communauté et d'y tendre à la perfection (Coll XIX, 9,1).  C'est aussi le propre de l'amitié de se supporter patiemment. Pareille patience dans le support mutuel équivaut au martyre du sang.  Lorsque les forts portent les faibles, dit Basile, ils travaillent à éliminer les infirmités (Reg 177 ssvv : portare -exportare).  Nous dilatons nos cœurs par l'amour, qui supporte et endure tout (Cassien, Coll XVI, 27).  Dans les lettres du Nouveau Testament, la patience est aussi en rapport avec le bon zèle de l'amour : 1 Co 13, 4 : Rm 12, 12 : 1 P 2, 20.24. Jésus Christ lui-même est l'exemple, l'Agneau de Dieu qui porte et enlève (tollit) (3) le péché du monde. Il est certain qu'Is 53, 4.11 se trouve à l'arrière-fond (4).  Benoît a déjà, dans les relations avec les malades, mis en avant la patience envers les infirmités (RB 36, 5) ; mais ici au c. 72, la patience doit être pratiquée les uns envers les autres.  Chacun porte en soi des infirmités diverses et, dans l'atelier du monastère, elles apparaissent souvent avec force.  déjà on avait appelé la vie commune quotidienne "la fournaise de Babylone". La patience y est la forme quotidienne de l'amour, du bon zèle.

 

  72, 6 nous dit :"ils s'obéiront ˆ l'envi" (oboediientiam sibi certatim inpendant).  A part  1 P 1, 22 qui parle de l'obéissance de l'amour, il n'y a, pour ce verset, aucune source directe dans la Bible ou dans la tradition monastique.  Il est caractéristique de Benoît d'élargir ainsi l'obéissance.  L'obéissance réciproque a déjà été abordée dans le chapitre 71 qui précède, mais pratiquement, c'est de la relation avec les supérieurs et les anciens qu'il y est question.  L'obéissance à l'envi est distincte de l'émulation dans l'humilité, que Pacôme recommande (Praecepta et leges, 3) et de l'émulation à chercher l'honneur selon la Règle du Maître (22, 11 , cf 92, 2.49). Le Maître avait dit d'obéir de tout cœur à tous ceux qui sont bons (3, 76). Benoît semble être convaincu que chacun dans la communauté (qu'il soit saint ou non) peut être médiateur de la volonté de Dieu.  Cette foi et l'agir qui en découle sont vus comme un apprentissage et une concrétisation de l'amour mutuel et de l'amour pour le Christ. C'est lˆ le bon zèle !

 

  En 72, 7 nous lisons :"nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui"(nullus quod sibi utile iudicat sequatur, sed quod magis alio).  Ph 2, 4 exhorte chacun à ne pas rechercher ses propres intérêts, mais à songer à ceux des autres.  Et 1 Co 10, 24 exhorte à ne pas penser à soi mais aux autres.  Ensuite Paul se donne lui-même en exemple :"je ne recherche pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre.  En 1 Co 13, 5, la charité "ne cherche pas son intérêt".  D'après Cassien, qui s'appuie sur ce texte, pareille attitude est concrétisation de la charité apostolique (Coll XVII, 19, 7 ; cf Basile, Reg. 3, 5 ; 12, 11 ; 82, 4).  L'Admonitio 4 (Pseudo-Basile) exhorte ainsi : 'Ne fais pas ce qui t'est utile, mais ce qui l'est à autrui".  Le bon zèle, au sens où l'entend Basile, est orienté vers l'édification d'autrui.  Selon la Bible et les Pères, il est clair que c'est là le chemin suivi par le Christ qui s'anéantit lui-même et vit et meurt absolument pour nous (cf Ph 2, 6-11).  Le v. 72, 7 n'a pas de précédent dans la RB, du moins si on le considère dans sa totalité du point de vue linguistique ; cependant une comparaison des mots ˆ l'intérieur de la Règle montre que le jugement (iudicare) est en général soumis à l'abbé et suppose que les différentes parties ont pesé et examiné la situation (cf 3, 2.5 ; 65, 14); que, lorsqu'il s'agit de personnes, "suivre" (sequi) est utilisé dans le sens d'obéir et se mettre à la suite (par ex. Prol 17 ; 3, 7 sv ; 5, 8), spécialement en 4, 10 "suivre le Christ" (ut sequatur Christum - même forme verbale qu'en 72, 7).  Le mot "utile" (utile/utilitas) caractérise le bien commun et la fécondité spirituelle d'un chacun (cf 7, 18 ; 3, 2 ; 42, 4 ; 65, 12).  Dans ce verset, Benoît fait aussi confiance aux moines, avec une marge de jeu ; il les laisse estimer ce qui est réellement utile à autrui.  Les sources font apparaître plus nettement que c'est une façon d'entrer dans le chemin du Christ.  C'est le bon zèle, la charité dans toute sa dynamique !

 

  Le v. 8 s'énonce ainsi : "ils s'accorderont une chaste charité fraternelle" (caritatem fraternitatis caste inpendant).  La charité fraternelle paraît (à la lettre) dans les textes néotestamentaires : Rm 12, 10 ; 1 P 1, 22 ; He 13, 1 et 1 Th 4, 9.  "Castus" signifie ici chaste au sens large de désintéressé, et non pas chaste dans le domaine de la sexualité.  Dans son testament, Césaire prie un prêtre de témoigner (inpendat) aux moniales "castum amorem" et pense ici à une charité désintéressée, magnanime.  De même Augustin définit par "castus" l'amour qui a en vue la personne du partenaire et non pas son argent (s. 137, 8-9).  Ainsi, pourrait-on dire, ce v. est une répétition du v. 7.  Il a été préparé dans certaines notions et dans l'orientation de son sens dans la RB par l'emploi de "caritas", l'accent mis sur la fraternité qui commence à l'autel de la profession et finalement par l'emploi de "caste" dans le sens de désintéressé. Benoît n'a rien trouvé de cela dans la RM, mais bien dans sa propre expérience référée à la Bible et à la tradition.  L'amour désintéressé entre sœurs définit le bon zèle.

 

  Au v. 9 nous lisons :"ils craindront Dieu avec amour" (amore Deum timeant).  Nous pouvons penser ˆ la crainte biblique de Dieu, qui inclut l'amour (cf Dt 6, 2-5 ; Is 11, 2).  La tradition atteste que la crainte servile disparaît lentement et fait place ˆ "timor filialis", qui est lié avec l'amour.  En Rb 72 la crainte elle-même a été purifiée et est signe d'amour (cf Cassien, Coll XI, 11-13).  Augustin insiste sur la crainte aimante (5).- Le verset 9 a été préparé par la finale de RB 7.  En 7, 67-69 "timor" est banni et c'est l'amour qui prend le relais.  Cependant il n'est pas encore question de crainte liée à l'amour.  Aussi ce verset est-il, dans son expression précise, un sommet de la RB et montre-t-il l'ancrage vertical du bon z�le.

 

  Pour le v. 10 :"ils aimeront leur abbé avec une charité sincère et humble" (abatem suum sincera et humili caritate diligant), on aura de la peine à trouver un parallèle dans la littérature biblique et patristique.  On trouve, en particulier chez Augustin, l'expression forte "aimer d'amour" (caritate diligere).  Tout le verset 10 vient de l'expérience personnelle de Benoît.  Le choix ici de "diligere" au lieu d' "amare" pourrait souligner qu'il s'agit d'un acte de volonté et non d'un élan du cœur.  De cette manière, la charité édifie également l'abbé qui peut ainsi rendre le Christ davantage visible. - Le devoir d'aimer l'abbé a été préparé dans la RB par 63, 13 et 64, 11.14, où il est dit que l'abbé doit, de son côté, aimer les frères et les aider avec charité.  Dans la RM par contre, il faut craindre l'abbé (cf RM 7, 64 ; 11, 6).  Pour ce changement, Benoît pouvait s'appuyer dur la Règle d'Augustin (Praec VII, 3). De même l'ordre de succession dans le chapitre, les frères et puis l'abbé, correspond à la Règle d'Augustin. Ce verset nous rappelle que dans la pratique du bon zèle dans l'atelier de notre monastère, nous ne devons pas oublier les supérieurs.

 

  Le v.11 :"ils ne préféreront absolument rien au Christ" (Christo omnino nihil praeponant)  a son origine dans l'explication du Pater par Cyprien.  Mais celui-ci avait dit :"Ne rien préférer du tout au Christ parce que lui ne nous a rien préféré" (De Dom Or 15). Benoît retient uniquement notre réponse à l'amour prévenant du Christ.  Cela correspond au "genre" de la Règle.  Pour le vocabulaire, nous sommes de nouveau proches d'Augustin qui parle assez souvent de ne rien préférer au Christ. - En 4, 21 Benoît avait, avec la RM, mis l'accent sur ne rien préférer "à l'amour du Christ" ; mais ici il y a :"ne rien préférer du tout au Christ".  Ce pourrait être l'indication que l'enthousiasme du début pour le Christ doive s'approfondir à travers crises et difficultés pour que l'amour devienne plus brûlant et plus radical.  C'est aussi le propre de Benoît t d'exprimer la priorité de la liturgie d'une manière semblable : "On ne préférera rien àl'Oeuvre de Dieu" (nihil Operi Dei praeponatur- 43, 3).  La radicalité de l'amour pour le Christ doit aussi apparaître dans le zèle pour l'Office (cf également 58, 7).

  Au v. 12 nous lisons :"qu'Il (le Christ) nous amène tous ensemble à la vie éternelle" (qui nos pariter ad vitam aeternam perducat).  Le Prologue et les premiers chapitres avaient fortement souligné le chemin du moine ; maintenant il s'agit d'un chemin à parcourir ensemble (pariter).  Le pluriel en Prol 21 pouvait uniquement indiquer que c'est dans la communauté qu'on avance "dans les chemins de l'Evangile".  La vie commune  commence pour ainsi dire à l'autel de la profession, où l'on devient frère ou sœur, responsable du salut, de ce qui est "utile" à autrui et qu'on n'arrive au but final qu'ensemble et pas autrement.

 

  Ce regard d'ensemble montre que Benoît, homme de la Bible, est, ici particulièrement, imprégné des lettres du Nouveau Testament.  Il ne dit pas une seule fois :"C'est écrit".  La Bible se répand naturellement dans sa manière d'écrire ; elle lui est si proche qu'il ne doit pas se soucier de citer textuellement.  Malgré toutes les dépendances des sources patristiques, spécialement des expressions d'Augustin (vocabulaire de l'amour), il est clair que tout ce chapitre est marqué de l'empreinte de Benoît lui-même.  Et l'on pourra dire à bon droit qu'il l'a tiré de son propre fonds, de son cœur aimant et brûlant, dont le centre est le Christ lui-même.

 

  Pour percevoir le sens du bon zèle pour nous aujourd'hui, il est important de voir que le chapitre 72 représente dans la Règle une gradation et une intensification. Benoît s'est distancé de sa source immédiate et, en s'appuyant sur Cyprien, Cassien et Basile et sur- tout sur Augustin et le Nouveau Testament, il a découvert et exprimé son désir profond quant à la communauté.  L'amour inconditionnel, le bon zèle intensifié, voilà l'important dans la vie monastique.  C'est de cela que les autres vertus et pratiques reçoivent leur valeur, leur poids.  Le but essentiel de tous les efforts et le plus grand cadeau de la grâce est maintenant perçu comme un très ardent amour (qui ne sépare pas l'horizontal du vertical).  Et cet amour part du Christ. Il consiste simplement, en entrant dans le chemin suivi par le Christ, à être soucieux du bien d'autrui, à laisser le Christ agir en nous et nous conduire ensemble sur le chemin vers le but ultime.  Ce bon zèle s'exerce (exercere) dans l'atelier du monastère et au dehors.

 

  Comment cela se réalise-t-il ?  La Règle n'en traite pas en détail, mais elle nous met à portée de main trois modèles qui peuvent orienter pour évangéliser dans le bon zèle.

 

Le premier est l'hospitalité (RB 53), qui semble convenir particulièrement aux femmes.  Les portes du monastère ne restent pas fermées (comme en RM 95, 22) mais s'ouvrent aux miséreux et aux étrangers auxquels on témoigne respect, charité, humanité et le plus grand soin.  On a le souci de les mettre en contact avec Dieu (ducantur ad orationem) probablement par la participation à la liturgie, et de les conforter dans la foi en leur permettant de prendre part à la lectio divina (53, 9).  Les moines sont, pourrait-on dire, préoccupés de ce qui est utile à autrui, ici à l'hôte, avec grand désintéressement.  La communauté offre aux personnes de l'extérieur un espace humain et spirituel.  L'accueil précède l'activité (suscipere-currere).  C'est le bon zèle de l'hospitalité !

  Le second modèle d'évangélisation nous est proposé en RB 66, au chapitre du portier.  C'est celui du dialogue.  Il s'agit tout d'abord ici aussi d'accueillir, c.à.d. d'écouter l'appel des hommes (66, 1), spécialement des pauvres (66, 3), et de répondre dans la douceur de la crainte de Dieu et le zèle de la charité. Toutefois Benoît ne dit pas que la réponse doit être "oui", mais qu'elle doit avoir la qualité du bon zèle.  C'est le parallèle le plus proche avec RB 72.

  Le troisième modèle de l'évangélisation, ce sont les sorties au nom de l'obéissance.  Benoît le donne dans le premier des chapitres supplémentaires (67).  C'est l'envoi (dirigi) par le supérieur et la communauté, en leur nom, soutenu par la liturgie communautaire.   La prière de tous est dite au début et à la fin de toutes ces missions et les accompagne (67, 1-4).

Tous ces modèles ont leur ancrage dans le Christ.  Ne rien lui préférer signifie écouter, accueillir, être envoyé.  Et dans l'évangélisation, nous le découvrons dans tous les hommes, spécialement dans les pauvres et nous collaborons du même coup à le faire grandir en eux (et en nous).  Notre désir le plus profond, c'est qu'ensemble, avec tous les hommes nous atteignions notre but ultime.

    Questions possibles :

            1. Qu'est-ce qui nous paraît particulièrement signifiant pour aujourd'hui quand nous
                parcourons le chapitre 72 ?
 
            2. Que signifie concrètement RB 72, 7 (rechercher ce qui est utile à l'autre) comme
                critère de la pratique monastique
                - pour nos formes de respect,
                - pour la patience entre nous,
                - pour la pratique du silence,
                                                                       de l'obéissance,
                                                                       de l'humilité,
                                                                       du jeûne et des autres exercices ?
 
            3. Méditer RB 72 en relation avec     a. Rm 12, 9-18
                                                                        b. 1 Co 13.
 
 
 
 
Traduction: Gertrude-Marie Charlier OSB
______________
 
(1) Le progrès dans la rédaction de RB est clair lorsqu'on compare RB 4 (instruments des bonnes oeuvres) avec RB 72.  Dans la liste des instruments, Benoît est encore dépendant de la RM, mais il y ajoute déjà les œuvres de charité et y insiste.  Nous trouvons des exemples de zèle au sens négatif, comme jalousie et dispute (4, 66-68), mais s'y mêlent aussi des mots comme amour, respect, réconciliation.  La première phrase si bien soulignée par Benoît au début : aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force (4, 1-2) se trouve précisée en RB 72 en succession inverse.
(2) De Trin, 13, 4, 7 ; ad cath 5, 9.
(3) Comparer l'assonance et la similitude de concept de tollere et tolerare ( il y a des manuscrits de la RB qui les confondent).
(4) Id. en Basile, Reg 177 : infirmitates nostras tulit et aegritudines nostras portavit.  
(5) Cf Enarr in Ps. 102, 5 ; s. 270, 4 : "sic amemus quem timemus, ut eum casto amore timeamus" ;  De div. Quaestionibus 36, 1 ; De Civ Dei XIV, 9. Aq.7   Vers 10  last sentances
                                                                         

          Annexe
                   RB 72  LE BON ZELE QUE DOIVENT AVOIR LES MOINES.
 
 
 
 A   1  Il est un mauvais zèle, un zèle amer,    2 De même il est un bon zèle,
        qui sépare de Dieu                         qui sépare des vices
        et mène à l'enfer.                         et mène à Dieu
        et à la vie éternelle.

3  C'est ce zèle que les moines pratiqueront avec un très ardent amour :

B     4  ils s'honoreront mutuellement avec prévenance ;
     5  ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d'autrui
                tant physiques que morales ;
 
            6  Ils s'obéiront à l'envi ;
 
            C                     7  nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi,
                                       mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui ;
 
B'        8   ils s'accorderont une chaste charité fraternelle ;
 
            9  ils craindront Dieu avec amour ;
            10  ils aimeront leur abbé avec une charité humble et sincère ;
 
A'        11  ils ne préféreront absolument rien au Christ ;
                                              qu'Il nous amène tous ensemble
                                                                                                                                  à la vie éternelle !
 
     Bibliographie utile (en plus des commentaires, surtout surtout celui de Michaela Puzicha : Kommentar zur Benediktusregel, St. Ottilien, 2002 et celui de Terrence Kardong: Benedict's Rule, Collegeville, 1996) :
 
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