INTRODUCTION
 
Une image
 
Une statue de Ste Scholastique se dresse dans le jardin de devant, juste à l’intérieur des grilles de notre maison mère à Glebe Point, Sydney.
 
L’œuvre en bronze figurative est féminine sans ambiguïté. La silhouette est en marche ; elle serre le texte fermement sur son cœur. Une femme de sagesse et de force, Scholastique fixe celui qui la regarde. L’identification avec les pauvres est indiquée par les pieds nus qui touchent la terre avec légèreté. La force et la vulnérabilité sont évidentes à l’échelle de l’œuvre et dans la matière employée par l’artiste.
 
La tête est tournée, attentive à la possibilité du moment. Le Dieu de la brise légère agite la chevelure. Elle a la main gauche derrière le dos. Le geste est plein d’autorité ; la main effleure l’aile de la brolga, l’oiseau sacré des Indigènes d’Australie, et en même temps fait le lien avec la grue sacrée du Japon et la colombe de l’histoire de Benoît et Scholastique.
 
Scholastique est représentée comme une femme pour tous les temps et se dresse fermement en ce lieu où vivent des Bénédictines.
 
Et de cette femme Scholastique nous savons, selon ce que dit St Grégoire, que Benoît fit l’expérience d’un miracle … venant du cœur d’une femme, un miracle d’amour. ‘Dieu est amour, et par un jugement équitable, elle put faire plus parce qu’elle aima davantage.’1
 
Les questions clés que je veux soulever dans cet exposé sont les suivantes : comment la moniale grandit-elle en amour par les relations au long de son voyage monastique ? Quelle sagesse distincte pouvons acquérir de nos sources bénédictines ? et que peut offrir à notre monde le célibat consacré ?
 
AMOUR ET RELATIONS : LA SAGESSE DE BENOÎT
 
La RB, résumée dans le ch.72, est relationnelle de nature. Ce que Benoît propose est une société nouvelle avec un modèle de relations nouvelles, un mode de vie, une recherche de Dieu et le service du prochain caractérisés par dessus tout par l’amour. L’accent est mis sur la dynamique interne du mode de vie : L’AMOUR.
 
L’Amour est la forme accomplie du Bon Zèle. Il s’exprime dans une triade de relations d’amour : amour de Dieu, amour mutuel en communauté, amour de la prieure.
 
En anglais il n’existe qu’un seul terme pour le mot ‘amour’ qui peut recouvrir toute une gamme de significations. Le latin avec plusieurs termes peut plus facilement exprimer les nuances désirées. Au ch 72, Benoît développe son appel au bon zèle lorsqu’il parle de l’amour expressément dans les versets suivants :
v 3 exercer le zèle avec un amour FERVENT/ CHALEUREUX/ BRÛLANT (latin AMOR)
v 8 amour pur (Latin  CARITAS)
v 9 crainte d’amour pour Dieu (Latin AMOR)
v 10 aimer l’abbé d’un amour humble et sincère (Latin CARITAS)
Le chapitre se conclut avec la devise ‘Ils ne préféreront absolument rien au Christ’, et puis la prière ‘et veuille le Christ nous conduire tous ensemble à la vie éternelle’ au v 12.
 
Ici Benoît met en valeur un mysticisme très concret. Son enseignement sur l’amour s’enracine dans la réalité – la personne, le lieu, le temps – toujours chercher le Dieu de la réalité, le Dieu qui est Amour, et être recherché par lui.
 
L’amour mutuel en communauté : l’amour pur des sœurs.
Benoît introduit la vie cénobitique au ch 1,2 de la Règle, ‘Le premier genre est celui des cénobites qui militent dans un monastère sous une règle et une prieure’. Après avoir éliminé les autres genres de moines, Benoît poursuit au v 13 ‘venons-en à légiférer pour la race très forte des cénobites’. Même lorsque Benoît s’adresse à nous en tant qu’individus, c’est toujours dans le contexte de la communauté.
 
En résumé, dans la RB 72, Benoît, avec des échos de Rm 12,3-21, enseigne  que l’amour fraternel dans la vie monastique s’exprimera dans l’obéissance et le service mutuels, la mise de toute chose en commun, il consistera à porter le fardeau les unes des autres, à se soutenir, à s’encourager. Chacune doit se donner aux autres, être ‘tournée vers l’autre’. Si nous pouvions toutes prendre au sérieux ces injonctions, quels miracles capables de bouleverser le monde se produiraient dans nos monastères ! Il ne serait nécessaire pour aucune de nous de concentrer sur elle-même son attention.
 
L’amour coûte et se prouve dans toutes les choses apparemment petites de la vie quotidienne. L’amour demande que nous fassions des relations une priorité dans nos vies. L’amour demande que nous partagions nos dons et nos idées avec les autres. Il n’y a pas de communauté idéale qui nous attende. L’amour demande que nous collaborions à la construction de la communauté en temps et lieu, à notre place.
 
Amour de Dieu : crainte d’amour pour Dieu (RB 72,9)
Le bon zèle nous mène à Dieu et à la vie éternelle. Le chemin est par, avec et dans le Christ. C’est la relation au Christ qui doit avoir la priorité. La force de la vie communautaire en dépend. En RB 4,21 Benoît nous a déjà rappelé que nous devons mettre l’amour du Christ par dessus tout. Et en RB 72,11 ‘Ils ne préféreront rien au Christ’. Cyprien étend la maxime : ‘Nous ne pouvons préférer quoi que ce soit au Christ car il ne nous a rien préféré.’
 
Nous pouvons répondre en amour parce que Dieu nous a aimés le premier. Basile le Grand dit : ‘L’amour envers Dieu ne s’enseigne pas. Nous possédons un pouvoir inné d’aimer.’ La preuve n’en est pas extérieure mais n’importe qui peut l’apprendre d’elle-même et en elle-même. Car par nature nous désirons ce qui est beau… Nous éprouvons de l’affection pour nos proches et les personnes qui nous sont chères… 2
 
Si en RB 31,10 nous lisons que nous devons traiter avec respect même les outils du monastère, combien davantage ne convient-il pas d’en témoigner aux personnes ? La tâche quotidienne consiste à répondre au Christ dans l’autre ‘Tous les hôtes seront accueillis comme le Christ’ RB 53,1. St Paul exprime ce mystère d’unité dans le Christ lorsqu’il déclare aux gens de Corinthe ‘Vous êtes une lettre du Christ, écrite non avec de l’encre mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tablettes de pierre mais sur des tablettes de cœurs vivants.’ (2Co 3,2-3)
 
L’amour parfait bannit la crainte, nous rappelle Benoît en RB 7,67. L’accès scripturaire à ce passage, 1Jn 4,18-19, parle de l’effet transformant de l’amour. ‘Il n’y a pas de crainte dans l’amour mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte est affaire de châtiment, et quiconque est dans la crainte n’a pas atteint l’amour parfait. Nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier’
 
L’amour et la prieure

En RB 72 Benoît parle de la manière dont la communauté doit aimer la prieure, ‘d’un amour humble et sincère’. Dans toute la Règle nous trouvons des instructions à la prieure sur la façon dont elle doit aimer tous les membres de la communauté. En premier lieu avant tout elle doit être le Christ, une icône du Christ, pour chacun des membres sans exception. Elle ne peut jamais remplacer le Christ. Le Christ doit être accueilli dans l’autre.
64,15               la prieure s’efforcera d’être aimée plutôt que d’être crainte
2,17;22            la prieure témoignera d’un amour égal envers toutes
64,11               elle haïra les vices et aimera les sœurs
64,14                          elle éliminera les vices avec prudence et charité comme il lui paraîtra le mieux pour la personne
27,4                            elle affirmera la charité en elle lorsqu’elle est exclue (lorsqu’elle est fautive)
21                    Elle témoignera d’un amour stimulant et ‘ferme’ envers celles qui troublent la communauté.
 
L’œuvre de direction du monastère consiste à animer, inclure, enseigner, unifier, guérir. Il s’agit de développer, non pas simplement d’aplanir et d’assurer le bon fonctionnement, mais de créer des cadres où puissent s’épanouir l’amour, la compassion à bon escient, le bon zèle.
 
La prieure doit être une personne remplie d’un grand amour de la communauté, pour le groupe réel des femmes telles qu’elles sont. Elle doit les voir comme des femmes, pas des problèmes ; des femmes avec leurs dons et leurs grâces ; des femmes qui ont leurs mauvais jours parfois et de lourdes croix à porter. Elle doit croire en elles lorsqu’elles n’arrivent pas à croire en elles-mêmes. C’est cela le bon zèle.
 
La prieure, et en fait tous les moines, sont appelés des ‘amoureux du lieu’. Tous doivent être en mesure de lire, non seulement les signes des temps, mais aussi les signes du lieu. Les fondateurs de Cîteaux reçurent ce titre – amator loci – amoureux du lieu. ‘Par lieu nous voulons dire la communauté, l’Abbaye, tout l’environnement – entouré de ses caractéristiques données par Dieu. C’est une maxime dans la vie que ce qui est aimé vit et grandit et à son tour donne la vie, même s’il est en apparence inanimé. ‘L’amour du lieu’ déborde sur le reste de la vie.3
 
Service charitable dans le monastère
Benoît décrit plusieurs autres rôles au monastère en terme de service charitable, ex. 66,4. Le portier doit répondre aux appels avec la ferveur de la charité. 36,7 ‘aux frères malades on affectera un frère diligent.’ 63,10 ‘Les anciens auront de l’affection pour les jeunes’. Le service dans la charité est une responsabilité partagée.
 
Signes d’amour
Un signe d’amour éclatant de notre mode de vie est que le célibat n’est pas choisi pour lui-même mais pour le Règne de Dieu. Comment vivons-nous cette sainte réalité ? Pour reprendre 1P 3,15, il nous faut trouver des manières efficaces de ‘rendre compte de l’espérance qui est en nous’ tout en reconnaissant avec Thomas More que ‘finalement ce n’est pas une question de raison mais d’amour’. Le célibat ne témoigne de rien mais les célibataires oui. ‘le célibat consacré sert l’humanité comme un signe de contradiction, nous obligeant à confronter les questions profondes de l’existence humaine qui sont si facilement cachées dans notre culture obsédée de sexe.’ 4
 
Nous devons admettre que trop souvent lorsque les gens s’adressent aujourd’hui à l’Eglise pour une aide et une révélation concernant leur sexualité ils ne perçoivent pas de signe clairs d’amour, de générosité, de joie.
 
Un groupe de jeunes femmes interviewées dans le cadre d’un vaste projet de recherche mené par la Conférence australienne des Evêques catholiques, intitulé Femme et homme : un dans le Christ Jésus ont exprimé leurs frustrations en ces termes : 5
 
Avant tout, certaines [jeunes femmes] se sentaient offensées par la position de l’Eglise vis à vis de questions de grande importance pour elles, telles que la sexualité, la contraception, le divorce, la justice sociale et l’environnement. Personne ne s’adresse aux femmes et la position de l’Eglise sur certaines questions témoigne d’un manque de compréhension des réalités auxquelles sont confrontées les jeunes femmes aujourd’hui. Elles sont très frustrées devant la hiérarchie masculine de l’Eglise. Elles ont également dû trouver leur position elles-mêmes concernant des questions comme celles mentionnées ci-dessus. C’est parce que, lorsqu’elles cherchent une position de la part de l’Eglise, elle est irréelle et l’Eglise n’est pas ouverte aux complexités de toutes ces questions. Ainsi que l’a dit une participante, l’Eglise ne rencontre pas les personnes là où elles en sont.
 
L’interprétation théologique du célibat devient plus crédible lorsqu’elle s’engage avec les gens sur leur chemin de vie, les rencontre là où ils en sont.
 
Le célibat est un témoignage convaincant chez ceux qui choisissent librement et courageusement de s’engager dans la recherche de Dieu et le service du prochain dans ce mode de vie monastique.
 
LE CONTEXTE DE L’AMOUR
 
Comme Bénédictines nous avons une riche tradition où puiser. La vie vécue nous montre la foule innombrable de ceux qui ont éprouvé le célibat comme une grâce et en ont inspiré d’autres dans le voyage de leur vie. La Règle n’offre pas d’échappatoire mais des encouragements et des manières d’affronter les pressions et les défis. Elle ne nous fournit pas de réponses mais des valeurs, des qualités et une sagesse pratique à méditer et appliquer.
 
Des relations charitables et le bon zèle sont certainement nécessaires. La race humaine et la terre de qui nous dépendons pour notre survie n’ont jamais été aussi menacées ni diminuées. La violence est partout. Les abus envers notre planète nous laissent, dans les premières années du millénaire, un peuple plein de honte et bien peu spirituel.
 
La crédibilité de l’Eglise en matière de célibat et de sexualité a été ces derniers temps sévèrement critiquée. Des rapports fort inquiétants à propos des abus de religieuses catholiques par le clergé ont été discutés sur la place publique ces dernières années.

Les rapports concernent surtout l’Afrique mais se réfèrent au total à 23 pays dans lesquels des abus similaires se sont produits. Faites le tableau d’une Eglise où le clergé profite du statut qui lui revient par son éducation et qui ignore les obligations de la chasteté que leur célibat impose.
 
Sr Marie McDonald des Missionnaires de Notre Dame d’Afrique, l’un des auteurs du Rapport, cite huit facteurs qui, selon elle, causent le problème :6
 
·      Le fait que le célibat et /ou la chasteté ne sont pas des valeurs dans certains pays.
·      La position inférieure des femmes dans la société et l’Eglise. Dans certaines circonstances une sœur a été éduquée à se considérer comme inférieure, à se soumettre et à obéir. (A ce propos il peut y avoir de faux arguments théologiques : ‘Nous sommes tous deux des célibataires consacrés. Cela signifie que nous avons promis de ne pas nous marier. Nous pouvons cependant faire l’amour sans rompre nos vœux.’)
·      L’épidémie du SIDA qui  signifie que les ‘sœurs’ sont vraisemblablement considérées comme sûres.
·      La dépendance financière créée par les bas salaires pour les sœurs qui travaillent dans leur pays ou une aide insuffisante pour les sœurs envoyées aux études à l’étranger. Le problème est très courant dans les congrégations religieuses diocésaines qui ont peu d’argent et aucun réseau international pour les aider.
·      Une mauvaise compréhension de la vie consacrée, tant par les sœurs que par le clergé, les évêques et les laïcs.
·      Recrutement de candidates par des congrégations qui manquent d’une connaissance suffisante de la culture.
·      Les sœurs envoyées aux études à l’étranger sont souvent trop jeunes et immatures, connaissent mal la langue, manquent de préparation et autres soutiens, et se tournent souvent vers des séminaristes et des prêtres pour trouver de l’aide, créant ainsi un risque d’exploitation. (Valerie Saivig fait remarquer qu’en tant que femmes nous risquons d’être tentées par la négation de nous-mêmes plutôt que la fierté ou la volonté de pouvoir).7
·      Silence. Un autre facteur est la ‘conspiration du silence’. Ce n’est qu’en regardant la situation avec honnêteté que nous pourrons trouver des solutions.
 
REPONSES AUX ABUS
 
Il y a eu de multiples tentatives significatives dans l’Eglise pour essayer de régler les problèmes d’abus sexuels dans le clergé et parmi les religieux et pour examiner la désillusion et le cynisme avec honnêteté, compassion et justice.
 
Comme Bénédictines
En septembre 2000 la question a été abordée par Sr Esther Fangman osb, Présidente de la Fédération de Ste Scholastique, au Congrès des Abbés ici à Rome. Les sœurs qui ont soulevé la question étaient profondément blessées et avaient du mal à en parler. Esther décida qu’il fallait en parler plus ouvertement. La fréquence et la similarité des rapports l’avaient convaincue qu’il fallait s’attaquer à la question.
 
L’Abbé Primat Notker Wolf a dit : ‘Je crois que l’abus dont il est question se produit. Combien… je n’ai aucune manière de le savoir mais c’est une question sérieuse et nous devons la discuter. J’ai soulevé cette question dans notre congrégation. Nous avons besoin de sincérité et de justice.’ 8
 
L’Union Internationale des Supérieurs Généraux

Lors de l’Assemblée Générale de l’UISG qui s’est tenue à Rome du 6 au 10 mai 2001, une Déclaration a été promulguée par les Présidentes Religieuses, membres de l’UISG.
 
Nous, les quelque 800 Présidentes d’un million de membres d’Instituts Religieux Catholiques dans le  monde entier … déclarons que nous sommes déterminées à œuvrer solidairement dans nos communautés religieuses et les pays où nous sommes pour nous occuper avec insistance à tous les niveaux des abus et de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, avec une attention particulière au trafic des femmes qui est devenu une affaire multinationale lucrative. Elles ont recommandé que cette injustice soit abordée d’un point de vue contemplatif, comme une expression d’une spiritualité féminine pleinement incarnée, et dans la solidarité avec les femmes du monde entier..9
 
Y a-t-il du feu sous les cendres ?

Les sœurs abusées et les autres dans la communauté ‘constatent que le fondement de leur foi est ébranlé’. L’amour est en péril quand la confiance est ébranlée. Beaucoup dont la foi a été mise à l’épreuve sont de familles qui n’apprécient pas les vocations religieuses et qui se demandent pourquoi le célibat devrait être aussi fortement proclamé par les mêmes personnes qui sont apparemment impliquées dans l’exploitations sexuelle des autres. Ceci est perçu comme de l’hypocrisie ou, pour le moins, la promotion de deux poids, deux mesures.
 
Il y a cependant des signes parmi celles qui ont été victimes d’abus, de perte, de déplacement, de souffrances, que certaines ont déjà pris conscience d’une spiritualité plus profonde qui est présente en elles comme une faim qui doit être assouvie. Cette faim incite la communauté ecclésiale à la guérison, à l’intégrité et à une profonde compassion vis à vis de toutes les personnes, pour notre terre et en fait pour tout le vivant. Où est l’authentique chemin du bon zèle pour nous aujourd’hui ? Y a-t-il du feu sous les cendres ?
 
LA PROFESSION MONASTIQUE
 
Le défi actuel devant tant de cynisme et de désillusion ne consiste pas à abandonner le célibat mais plutôt à réexaminer comment, en tant que Bénédictines, nous pouvons mieux comprendre cet aspect de notre vie aujourd’hui et explorer quel don il peur receler pour notre monde. Nous devons célébrer les hommes et les femmes nombreux de différentes époques et différentes cultures qui sont de radieux exemples de la vitalité du célibat consacré.
 
La foi chrétienne proclame ses paradoxes et ses vérités les plus profondes. Le célibat est l’un des paradoxes de notre foi. Ce célibat peut engendrer la vie, même s’il provoque souvent surprise et doute. Comme tous les paradoxes, il nous intrigue et nous fait réfléchir. Comme tous les paradoxes il est difficile à décrire. Nous en savons plus que nous ne pouvons exprimer. Notre expérience va plus loin que notre langage. Les tendances, mouvements, évolutions ne peuvent être identifiés et nommés qu’après coup.
 
Après Vatican II et la publication de Perfectae Caritatis (1965), les vents du changement ont balayé nos communautés de Bénédictines. De nouvelles compréhensions sont symbolisées par les mots que nous employons.
 
Comme l’indique la recherche menée par la CABP (Conférence des Prieures Bénédictines Américaines) publiée en 2000, il y avait beaucoup de flottement dans la pratique en ce qui concernait l’usage du vocabulaire en matière de ‘promesse’ ou de ‘vœu’ pour décrire l’acte d’engagement. Une grande diversité se dégageait également en référence à la triade monastique stabilité, conversatio et obéissance, et les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance. Il ressortait que, bien que stabilité, conversatio et obéissance soient souvent nommées comme trois vœux distincts, elles sont très similaires et reliées dans la description. Toutes trois sont clairement des aspects interconnectés d’un mode de vie intégré. 10
 
Selon RB 58,17 ‘dans l’oratoire, en présence de tous, le moine promet stabilité, changement de vie et obéissance.’ Avec le temps cela devint trois vœux distincts. Cependant, comme le fait remarquer Casey, RB 58,17 ne donne pas la liste des promesses faites par le moine mais plutôt passe en revue le domaine général qu’elles recouvrent. Il n’est pas question d’assumer trois obligations distinctes et s’excluant l’une l’autre ; ce que promet la sœur c’est de ‘vivre la vie monastique en plénitude telle que pratiquée dans un monastère particulier et définie par une règle et une prieure précises. Les trois choses se chevauchent. Ce ne sont pas trois responsabilités distinctes nouvellement assumées mais trois aspects de l’obligation unique assumée par la nouvelle sœur. La triple forme peut être considérée comme une déclaration solennelle et insistante : ‘ce qui est réitéré à deux reprises peut difficilement être attribué à un lapsus.’11
 
Benoît discute rarement de chasteté explicitement dans la Règle. En RB 4,64 ‘Aimer (amare) la chasteté’ est l’un des instruments des bonnes œuvres. En RB 64,9 la Prieure doit être chaste, tempérée et miséricordieuse. Faisant toujours passer la miséricorde avant le jugement. Elle doit haïr les vices mais aimer les sœurs. La chasteté est positive dans les deux cas et mentionnée dans un contexte d’amour et de relations.
 
Pour Benoît la chasteté (et la pauvreté) se comprenaient comme implicites. La chasteté donc, plutôt qu’envisagée comme une autre promesse ou vœu est envisagée en relation avec tout le mode de vie et ce qu’il demande du moine et offre en don.
 
Un des résultats d’une approche holistique intégrée des vœux est que la prééminence malsaine accordée à la chasteté est réduite. Non que la qualité de la vie sexuelle ne demeure pas un facteur significatif pour évaluer l’ensemble de la vie, mais les choses sont mises en perspective.12
 
O’Murchu préconise un changement dans le langage du célibat. ‘Nous devons abandonner le langage traditionnel du célibat et adopter un vocabulaire relationnel. Le vœu de relation est un appel à s’engager avec les questions qui émergent de relation psychosexuelle dans le monde contemporain, à lire la réalité qui émerge avec discernement et sensibilité, à découvrir les significations profondes archétypales de cette émergence d’une manière holistique et libératrice pour faire ressortir les implications spirituelles de cette compréhension nouvelle, et à promouvoir des stratégies sociales et politiques afin de réintégrer ce que nous avons séparé pendant si longtemps dans nos modes de vie désincarnés, destructifs et asexués.’ 13
 
Le choix de l’amour
Dès le début le choix de la vie monastique s’exprime comme un appel à l’amour, à la vie, aux relations. ‘Le Seigneur cherchant son ouvrier dans la foule appelle ‘quel est l’homme qui aime la vie et désire voir des jours heureux ?’ Il y a clairement un appel qui laisse la place pour un choix et une réponse personnels. ‘Entendant cela si tu réponds ‘Moi’ … le Seigneur dans sa tendresse indique le chemin de la vie.’ RB Prol 14-20
 
L’accent dans le rite de la profession monastique en RB 58 est mis sur ce que fait la sœur  non sur ce que l’Eglise ou la communauté fait à la sœur. C’est un acte d’amour intentionnel. C’est un choix personnel. La sœur écrit la charte de sa main, la place elle-même sur l’autel, chante le Suscipe : Reçois-moi, Seigneur selon ta promesse et je vivrai ; ne déçois pas mon attente.’ (RB 58, 20-22)
 
Le choix du célibat doit être une décision POUR l’amour, la vie, les relations, pas CONTRE.
Capacité non répression
Intégration plutôt que division
Passion non possessivité
Processus non événement
Occasion plutôt que négation
Expansion plutôt que rétrécissement
Engagement plutôt que fuite.
 
ECOLE DU SERVICE DU SEIGNEUR : APPRENDRE A AIMER
 
Il nous arrive de rencontrer des personnes qui sont capables de parler à partir d’une autre époque tout en s’adressant à la nôtre avec une incroyable pertinence et signification. Benoît est l’une de ces personnes. Une autre est Gertrude d’Helfta.
 
Gertrude d’Helfta.
Gertrude d’Helfta, 13ème s., moniale, écrivain remarquable, visionnaire et mystique nous appelle à travers ses écrits à une nouvelle prise de conscience de l’amour inconditionnel de Dieu pour toutes les créatures.
 
En RB Prol 45, Benoît annonce son intention d’ ‘établir une école du service du Seigneur’. Gertrude reprend plusieurs des images de Benoît lorsqu’elle parle de grandir dans l’amour au long de son voyage monastique. L’école du service du Seigneur est l’une des images qu’elle intègre dans ses prières et rituels contenus dans les Exercices Spirituels14 Dans cette école elle voit le but comme une croissance régulière en amour, religion, simplicité et sainteté. Elle adapte les mots, appelant l’école tour à tour ‘école de charité’ (E 5,84,86) école du Saint Esprit (E 2,35), une école du chaste amour de dilection      (E 5,84).
 
Sa spiritualité est nettement féminine, elle est sérieuse, mûre, pleine d’autorité, intensément personnelle et cependant tout à fait relationnelle, dirigée vers le bien-être des personnes de son entourage, particulièrement dans sa communauté. Sa spiritualité se fonde sur les Ecritures et les psaumes auxquels elle apporte la force et l’intuition de ses expériences mystiques, les expériences d’une femme, faisant souvent usage du langage masculin des sources tout en y mettant de la fraîcheur. Elle emploie souvent des images masculines mais elle tient à conserver sa perspective féminine. 15
 
Elle transpose en allégories les attributs divins. L’amour est personnifié comme ‘Reine des reines, Charité’ (E 5,386). Elle parle de l’aspect féminin de la divinité lorsqu’elle s’écrie dans les Exercices sur l’Union Mystique (E 5,75sq) ‘Que tu es belle, ô charité qui es Dieu, et que tu es gracieuse ; que tu es digne d’admiration et douce à voir, très chère en tes délices. Toi comme une Reine, tu occupes la première place sur le trône divin… Toi, compagne et épouse du Dieu souverain, tu te réjouis de son intimité.’
 
Plus loin dans ce même chapitre de l’Union Mystique (E 5), elle se tourne vers les sept heures liturgiques pour développer son enseignement sur l’amour :
 
A Matines, prie le Seigneur de t’enseigner l’Art d’amour (E 5,292)
A Prime, supplie le Seigneur de t’introduire dans l’école de l’amour (E 5,311)
A Tierce, que tu apprennes l’alphabet avec lequel l’Esprit écrit sa loi d’amour sur ton cœur (E 5,330)
A Sexte, que tu apprennes à connaître le Seigneur, non seulement savoir l’épeler mais aussi selon la théorie (E 5,356)
A None, que tu sois enrôlée dans la milice de l’amour et liée par serment (E 5,377)
A Vêpres, revêtue de l’armure de l’amour que tu triomphes du mal (E 5,401) et
A Complies, désire, dans l’union à Dieu, t’endormir au monde dans l’embrassement du Bien-aimé. (E 5,434)
 
Benoît parle du but ultime de cette école du service du Seigneur en termes d’amour – ‘A mesure que l’on progresse dans une sainte vie et dans la foi, le cœur se dilate et c’est avec une indicible douceur d’amour que l’on court dans la voie des commandements de Dieu ;’ RB Prol 49. Avec des échos très clairs de Benoît, Gertrude espère ‘avancer et progresser de jour en jour, de vertu en vertu, portant chaque jour du fruit sur le chemin de l’amour de dilection, à l’école du service du Seigneur.’ (E 5,86)
 
Elle parle de son désir de l’amour d’union… ‘Après cela il y a l’acte de consécration … Par l’observance de la virginité ou de la chasteté, elle s’engage à demeurer unie à son époux et à rester fidèle, avec un cœur pur, un corps chaste et un amour toujours plus intime…’ (E 2,80-85)
 
Le cœur libéré, elle chante un chant de jubilation, un chant aux dimensions cosmiques, unissant l’univers entier dans la joie du Seigneur. ‘Que jubilent à toi l’armée entière de tes élus … tous les astres du ciel … toutes tes œuvres admirables ….’ (E 6,480-485). Car Gertrude non seulement a le cœur dilaté, mais également le chemin s’est dilaté.
 
Lorsque le mal se déguise en Bon Zèle
Comme le remarque le P. William Johnston sj dans son article ‘Le chemin de la haine à l’amour’, lorsque nous avons à faire avec des crises internationales, telle l’attaque des Tours du World Trade Center du 11 septembre 2001, nous sommes enclins à prétendre que nous sommes bons et les terroristes mauvais. Nous ne voulons pas entendre parler de négociations, de dialogue, de pourparlers, de pardon.
 
‘Or ce qu’il y a d’effrayant c’est que les islamistes fondamentalistes qui ont détruit les Tours pensent de la même façon. Eux aussi sont persuadés de lutter contre le mal. Ils veulent détruire la civilisation occidentale corrompue.’
 
William Johnston pense que dans un avenir lointain la réponse, la seule réponse, réside dans le dialogue et l’amitié – l’amour, le bon zèle, entre les religions. Un dialogue dans lequel les religions s’interpelleront, se conduiront vers la conversion du cœur et s’entraideront à se détourner du fondamentalisme fanatique. De la sorte nous trouverons tous nos racines authentiques dans l’amour et la compassion. ‘Nous disions naguère que le dialogue entre les religions est nécessaire pour la paix du monde. Nous disons maintenant que ce dialogue entre les religions est nécessaire pour la survie du monde.’ 16 Les mêmes interpellations traversent la vie communautaire.
 
Défis sociologiques dans la vie communautaire

De nombreux défis sociologiques surgissent aujourd’hui dans nos communautés où les sœurs s’efforcent de vivre en relation, de dialoguer ensemble avec compassion. Selon notre culture et le cadre et l’esprit particulier de notre monastère, il faut repenser de nouvelles manières de faire, à la lumière de nos valeurs. Certains de ces éléments – par ex. un nouveau bâtiment, le chauffage central, la TV, des chambres avec tout le confort, des ordinateurs, la disparition du service de table, l’automobile, une mobilité accrue… tout cela signifie qu’il est possible pour des moines de vivre sous le même toit tout en ayant peu de points de contact réel. Sean Sammon 17 identifie ce qu’il appelle ‘les éléments qui affaiblissent l’esprit’ que l’on retrouve au cœur de l’activité fébrile qui est la plaie pour beaucoup d’entre nous dans le monde occidental actuel. Elle aboutit à l’épuisement ; à un narcissisme absorbant ; à un pragmatisme préoccupé de travail, d’efficacité, de rendement, et à une agitation débridée. Ce profile correspond à la description des gyrovagues dont Benoît dit ‘toujours errants et jamais stables’ RB 1,11. Sans nul doute l’activité fébrile va à l’encontre de l’hospitalité et de la contemplation. Le défi et la grâce ? Pratiquer vraiment cette écoute attentive, écoute avec l’oreille du cœur que Benoît enseigne.18

En RB 42,1 nous lisons que les moines ‘doivent cultiver le silence en tout temps’. Au Prologue 15-17, après une invitation pressante aux ouvriers : ‘Quel est l’homme qui aime la vie et désire voir des jours heureux ?’ ceux qui répondent – Moi – reçoivent cet avertissement que la première condition est de garder sa langue du mal. En plusieurs endroits de la Règle Benoît a des paroles fortes contre le vice du murmure ou les gémissements dans la communauté. RB 5,14 ; 34,6 ; 40,8-9.

 

Si les relations de charité sont disloquées, cela peut nous submerger. Certains comportements sont tout à fait destructifs de la vie communautaire. La tolérance silencieuse qui évite et nie les dysfonctionnements plutôt que d’appeler la moniale à donner le meilleur d’elle-même doit, à tout coup, être rejetée.

 
Le cœur divisé

Quand nous nous efforçons de nous aimer mutuellement en communauté, la plupart d’entre nous peuvent comprendre la lamentation de Paul dans sa lettre aux Romains 7,19. Il parle d’un cœur et d’une volonté déchirés et divisés. ‘Le bien que je voudrais faire je ne le fais pas.’ Avec honte il sent qu’il est ‘sans amour’. Luttes, échecs, conflits. Cela nous incite à revisiter nos intentions et nos motivations. Cela nous amène à nous poser les questions qui peuvent nous mener à la croissance. Quelle est ma motivation ? Où est mon cœur ? Ces questions nous invitent à voir notre réalité à un niveau plus profond, avec une ‘sagesse du cœur’ que Joan Chittister nomme contemplation… ‘La contemplation est la faculté d’embrasser un monde dans son ensemble plutôt que dans une vue partielle. C’est la sagesse du cœur qui nous permet d’identifier les illusions. C’est la sagesse qui creuse en profondeur.’19

 
Amitié évangélique

Evagre le Pontique déclare que l’on ne peut être moine si l’on n’a pas d’amis car ‘le moine est celui qui est séparé de tous et qui est uni à tous.’ L’amitié fait partie de l’intégrité de la personne humaine. Celui qui n’a pas d’amis n’est pas entier. Comme le note Timothy Radcliffe, ‘notre préoccupation réelle en communauté doit être non pas pour des amitiés particulières mais bien plutôt des inimitiés particulières.’20  ‘Si vous entendez sa voix aujourd’hui n’endurcissez pas votre cœur.’ RB Pr 10
 
‘L’histoire entière de la vie religieuse témoigne du sens que les religieux ont eu du défi que représente vivre en une communauté d’amis. L’enseignement est souvent intitulé charité, vie commune, amour fraternel, une communauté juste… Mais quand on l’analyse de près, il s’agit toujours de l’amour spécifique et individuel de chacun des membres pour les autres qui passe avant toutes les autres relations, même celles de la famille naturelle.’21
 
La dernière Cène : rester à table
Jésus réunissant les disciples pour la dernière Cène a beaucoup à nous enseigner sur l’amour qui se donne et la nature véritable de la communauté. Il les réunit autour de la table dans le symbole universel d’amitié qu’est le partage du repas, de rompre le pain et boire du vin ensemble. Toutefois, nous le savons, le groupe est loin de ne faire qu’un cœur et qu’une âme. Discussions, rivalités, aveuglement devant leur faculté de trahison, préoccupés de leurs intérêts propres.
 
Et que fait Jésus au milieu de tout ce conflit et des discordes ? Il reste à table. Dans la foi et la patience il persévère dans la persévérance. Il témoigne de ce que les luttes, les troubles, les graves manques d’amour ne sont pas forcément la fin. Il leur rappelle quelques uns de ses enseignements fondamentaux. Il les appelle à une plus grande profondeur. ‘Tel est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Je vous appelle amis. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Je ne vous appelle plus esclaves … Je vous appelle amis … Vous êtes mes amis si vous restez fidèles à mes commandements. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis.’ Jn 15, 12-16
 
La confrontation à la souffrance, la mort, le deuil nous invite à entrer dans le mystère pascal. Sous la menace on a toujours tendance à agir par peur plutôt que par amour ; à battre en retraite, à relever les écoutilles et à conserver ce que nous considérons comme des ressources qui diminuent -) que ce soit l’argent, les personnes, le temps, l’énergie, les bâtiments, nos affections, notre amour… Ceci aboutit à la mort. Tout ce que nous pouvons faire parfois c’est d’attendre dans la nuit. Il y a beaucoup à apprendre dans le noir. Le noir ne signifie pas attendre jusqu’à ce que se réalise ce que nous voulons mais plutôt être si dilaté dans l’attente que cela peut changer notre vouloir. L’ouverture peut mener à la transformation dans l’amour.
 
L’amour, le Bon Zèle
Avec la puissance de l’Esprit, puissions-nous faire l’expérience de cette plénitude du bon Zèle, de cette transformation dont parle Benoît – puissions-nous ‘courir sur dans la voie des commandements de Dieu, le cœur dilaté d’une indicible douceur d’amour.’ RB Prol 49
 
Prière de Ste Gertrude
Dans ses Exercices spirituels Ste Gertrude a une prière qui pourrait bien être celle de chacune de nous lorsque nous méditons sur le bon zèle :
 
Viens, ô gracieux soleil de l’aurore, et par l’onction de ton Esprit Saint fais moi m’épanouir et refleurir à nouveau. Tourne vers toi mon âme entière grâce à la toute puissance de ton amour, alors je courrai dans la voie de tes commandements sans fatigue. Eclaire mon intelligence grâce à la lumière de ton amour. Enseigne-moi, guide-moi et forme-moi au plus  profond de mon cœur. Que l’amour soit sur moi comme un sceau, attache-moi à toi par un lien que rien ne puisse jamais affaiblir ni briser. Amen. Alléluia22
 
QUESTIONS
Il est demandé à toutes les participantes d’apporter un exemplaire de la formule de Profession (pour la profession solennelle) utilisée dans leur communauté.
 
Certaines des questions suivantes pourraient convenir :
1.     Qu’avez-vous appris sur la chasteté du célibat en relation avec la théologie et la spiritualité de la profession monastique bénédictine ?
2.     Partagez avec le groupe le formulaire de la Profession Perpétuelle utilisée dans votre communauté. Notez les similarités et les différences. Qu’apprenez-vous de cette comparaison ?
3.     De quelle manière spéciale la formule de profession de votre communauté vous invite-t-elle à l’amour ?
Quels aspects de votre manière de vivre le bon zèle comme amour devriez-vous changer afin de faire coïncider la pratique avec ce que vous professez publiquement ?
4.     Qu’est-ce qui peut aider la croissance dans les relations dans la communauté monastique ?
Quand vous considérez votre communauté où voyez-vous des signes d’espérance et de croissance ?
5.     Qu’est-ce qui peut entraver la croissance dans la communauté monastique ? Quels sont pour moi des défis précis ? Pour ma communauté ?
6.     Comment votre communauté fait-elle en cas de comportements qui sont tout à fait destructeurs de la vie communautaire ? Qu’avez-vous essayé qui a donné de bons résultats ?
7.     Quelle sagesse de Jésus, de St Benoît, des saints, des membres de ma communauté me donne le plus d’encouragement à vivre une vie de l’esprit qui soit saine ?
8.     Au cours des dernières années un changement important dans ma compréhension de moi-même comme Bénédictine qui cherche Dieu et est engagée à vivre une vie cénobitique dans mon monastère est…
 
 
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1 Dialogues of St Gregory, II, 33. 1-5 in Adalbert de Vogue, The Life of St Benedict (tr H Costello and E de Bhaldraithe, Petersham, MA:  St Bede’s, 1993) pp 154-155.

2   Basil the Great,   Longer Rules of St Basil the Great.  Love Towards God cannot be taught.  Resp 2,1.
 
3   O’Farrell, ocso Kevin. Abbot. Tarrawarra.  1999  p11
 
4   Whitehead, E & J.  Wisdom of the Body:  Making Sense of our Sexuality.  Crossroad:   New York,  2001.  p 110.
 
[6]    McDonald et al.  Woman & Man: One in Christ Jesus.  Harper-Collins, Melbourne, 1996.   p 315.
 
6    National Catholic Reporter,  16 March 2001.
 
7    Saiving, Valerie.  “The Human Situation”.  in  Carol Christ & Judith Plaskow,                       Womanspirit Rising.  New York: Harper & Row, 1979.  pp 37 & 38.
     ‘Car les tentations de la femme en tant que femme ne sont pas les mêmes que celles de l’homme en tant qu’homme, et les formes de péché spécifiquement féminines – féminines non parce qu’elles sont limitées aux femmes ou parce que les femmes sont incapables de pécher d’autres manières mais parce que elles viennent de la structure fondamentale du caractère féminin – ont une spécificité qui ne peut jamais être appréhendée  par des termes tels que orgueil et volonté de pouvoir. Elles sont mieux décrites comme, par exemple, le superficiel, le manque de concentration, la dispersion ; le manque d’un point ou d’un centre organisationnel ; la dépendance des autres pour la définition de soi ; la tolérance aux dépens de critères d’excellence ; l’incapacité à respecter les limites de la vie privée ; la sentimentalité, une sociabilité bavarde, et la méfiance de la raison – bref le sous-développement ou la négation du moi.’
 
8    National Catholic Reporter, 16 March 2001.
 
9    UISG Rome, May 6-10, 2001.
 
10   Hollermann, osb E. (ed)  Monastic Profession:  Commitment to a Way of Life.  USA. January 2000.
 
11   Casey, Michael.  “The Benedictine Promises” , Tjurunga.  No. 24/1983.  pp 17-34.
 
12   Casey, M.  op cit
 
13   O’Murchu, D.   Poverty, Celibacy and Obedience.   Crossroads Publication.  New York.  1999.
     p. 49.
 
14   Lewis,  G.J. & J.   Gertrud The Great of Helfta.  Spiritual Exercises.  Cistercian                      Publications: Kalamazoo.  1989.
 
15   Lewis,  G.J. & J.   Gertrud The Great of Helfta.  Spiritual Exercises.  Cistercian Publications: Kalamazoo.  1989.
 
16   Johnston, sj W.  “The Path from Hate to Love.”  The Tablet.  5 January 2002.  pp 9-10.
 
17   Sammon, Sean.  “Celibate Chastity: An Affair of the Heart.”  In Priests & People. April 2001.
     pp 134-139.
 
18   Miriam Rose Ungunmerr-Bauman, artiste aborigène, écrivain, mère de famille, et Directrice de St Francis Xavier School, Daly River, NT. Australie, explique leur pratique de dadirri qui semble proche du concept de l’attention de Benoît ‘écouter avec l’oreille du cœur.’ (RB Prol 1). C’est une écoute intérieure profonde et une prise de conscience calme et tranquille. Lorsque je fais l’expérience de dadirri je retrouve mon intégrité.  Je peux rester assise au bord de la rivière ou me promener dans la forêt; même si un de mes proches est décédé, je trouve la paix dans cette prise de conscience silencieuse. Il n’y a pas besoin de mots. Une grande part de dadirri est l’écoute. Pendant des années nous avons écouté nos histoires. Elles sont racontées et chantées, à maintes reprises, au fil des saisons. Aujourd’hui encore nous nous réunissons autour de feux de  camp et ensemble nous entendons nos histoires sacrées...   La manière contemplative du dadirri se répand sur toute notre vie. Elle nous renouvelle et nous aporte la paix. Elle nous fait retrouver notre intégrité.’
     Miriam Rose Ungunmerr-Bauman, “Dadirri.” in Joan Hendriks and Gerry Hefferan (eds) Aboriginal & Torres Strait Islander Apostolate, Catholic Archdiocese of Brisbane, 1993, pp. 34-6.
 
19   Chittister, Joan. Womanstrength. 1990. New York:  Sheed and Ward pp 52 and 57.
 
20   Radcliffe op, Timothy  “The Affective Life.” Religious Life Review.  July/August 1998.      pp 194-212.   p.197
 
21   Schneiders, Sandra   “Religious Life in a New Millennium.” Vol II.  Selling All.  New York: Paulist, 2001.   p 297.
 
22   Gertrude of Helfta,  as adapted by Ruth Fox osb, from Exercises of St Gertrude, VII