Andrew NUGENT, osb, Glenstal, Irlande

Beaucoup de ceux d'entre nous qui sont entrés dans la vie monastique il y a de cela quelques dizaines d'années, se virent accueillis dès le seuil par la présentation d'un Manuel du novice. Il s'agissait d'un fascicule d'une quarantaine de pages de commandements, interdictions et exhortations dactylographiées serré que nous étions priés de recopier soigneusement et, apparemment, de graver sur les tablettes de notre coeur.

Déjà anxieux d'entrer au monastère, nous avons sans doute trouvé ce document déroutant et inquiétant. Il combinait une doctrine hautement spirituelle avec les détails les plus futiles. Tout semblait être sur le même plan. Dire benedicite au lieu de hello, faire satisfaction, faire son lit dès le lever: ces injonctions, apparemment, étaient tout aussi nécessaires pour devenir un bon moine que l'humilité, le silence, la componction ‑ et tout aussi mystérieuses.

Les années s'écoulèrent. Il y eut Vatican 11. En 1994, je devins maître des novices dans un monde qui avait considérablement changé et une culture toute différente. C'était l'Afrique post‑coloniale : spécifiquement, le prieuré Saint‑Benoît, Ewu‑lshan, Nigeria. Au cours des sept années suivantes j'eus trente novices, nombre très modeste pour le Nigeria. Ils venaient de douze ou treize tribus, chacune avec sa langue, ses coutumes et ses traditions.

Le texte suivant fut conçu comme un Manuel du novice pour cette nouvelle famille très différente et bariolée de jeunes moines. Incapable de le rédiger comme un Africain,je m'assignai quelques paramètres pour limiter les dégâts : 1. N'essaye pas de tout dire. 2. Ne sois pas sinistre. 3. N'écris pas pour des novices, écris pour des moines. 4. Ne mentionne rien qui ne soit important, et même central et, surtout, réel.

Chaque nouvelle fournée de novices recopia consciencieusement le Manuel, qui avait été réduit maintenant à trois pages. À chaque fois ils déclaraient que c'était très bien. Comme les jeunes Nigérians sont polis, autant que circonspects, je ne savais jamais quoi penser.

Le texte fut présenté et discuté au cours sponsorisé par l'AIM pour les formateurs nigérians, qui se tint à Onitsha en janvier‑février 2002. C'était un forum idéal pour une discussion constructive car il réunissait plus d'une quarantaine de moines et moniales africains bénédictins et cisterciens, tous actifs dans la formation. Le Manuelfut étudié à fond en séances plénières et en petits grou­pes. Bien qu'aucun texte final n'ait été soumis au vote, je me suis efforcé de tenir compte des nombreuses et excellentes remarques qui furent faites. Compte tenu des changements de genre et des modifications locales appro­priées, toutes les communautés représentées (il y en avait du Cameroun et

d'Angola) semblaient satisfaites du document amendé. La plupart l'utiliseront

sans doute sous une forme ou l'autre.

MANUEL POUR LES NOUVEAUX VENUS DANS LA VIE MONASTIQUE

Bienvenue dans la maison de Dieu et notre famille monastique.

Le but de ces pages est de te dire comment on fait au monastère, et pourquoi on fait comme cela. Ce qui est dit s'applique à tous les moines, et pas seulement aux novices (sauf quelques points mineurs à la fin).

Horaire quotidien

L'horaire est une expression simple et très pratique de la volonté de Dieu sur nous. Il nous dit ce que nous devrions faire à un moment donné. Un bon moine s'efforce d'être ponctuel et de faire ce qui convient au bon moment et là où il faut.

Saint Benoît dit: « Ne rien préférer à l'Œuvre de Dieu. » Toute notre vie nous devons donner la première place à la communauté et à la prière personnelle.

Vie communautaire

Nous avons tous dû partir de chez nous pour venir au monastère. Tous les membres de la communauté ont le droit de se sentir chez eux dans la maison de Dieu: Dieu est notre Père et nous sommes tous frères. Nous ne devons jamais permettre à des goûts et des dégoûts superficiels, des questions de tribu ou de langage, d'exclure un frère de notre amour ou d'une pleine participation à chaque aspect de la vie de la communauté.

Vivre heureux en communauté requiert une grande sensibilité vis‑à‑vis des autres, c'est à dire une grande charité pratique dans des choses apparemment petites. Quelques exemples peuvent illustrer cela :

  • Au réfectoire nous devons faire attention à ne pas choquer en mangeant/buvant bruyamment ou goulûment, en empilant la nourriture ou en faisant des saletés autour de nous. Nous devons toujours être attentifs aux besoins de nos voisins.
  • À l'église nous devons nous efforcer de chanter/réciter doucement et aussi musicalement que possible, en faisant attention de ne pas aller trop vite, trop lentement ou trop fort.
  • Nous devons être propres, veiller à la propreté de nos vêtements, de notre chambre. Nous devons veiller spécialement à laisser les toilettes, les douches, etc., impeccables. C'est un signe de respect de nous-mêmes et d'autrui.
  • Si on a besoin de cracher, il faut le faire discrètement, sans choquer.

Propriété et affaires personnelles

Tous les bâtiments et terrains du monastère doivent être propres et bien entretenus. Nous devons traiter les livres, les outils, les machines, les voitures, tous les biens du monastère avec soin et respect, conscients que nous ne sommes pas propriétaires mais seulement dépositaires de ce qui appartient à la maison de Dieu.

Un moine qui est vraiment membre de la communauté ne possède rien qui ne lui ait été donné ou permis par le Supérieur. Nous devons être honnêtes et ne rien acquérir en dehors de cela sans permission, que ce soit par un don ou un achat. Nous ne devons pas chercher à avoir pour notre usage personnel des objets en double ou coûteux. Nous ne devons pas conserver pour notre usage privé des objets destinés à tous (par ex. livres de la bibliothèque, médicaments, mobilier, matériel de nettoyage). Si nous cassons, perdons ou abîmons un bien qui appartient au monastère, nous devons le dire au responsable (cellérier, cuisinier, etc.).

Nous devons tenir des comptes honnêtes et complets de tout argent que nous recevons ou dépensons et remettre ces comptes régulièrement.

Notre communauté et notre style de vie doivent être simples. En tant que communauté nous devons toujours être attentifs aux besoins des pauvres.

La chambre d'un moine

La chambre ou cellule d'un moine doit toujours être propre et bien rangée. Ceci vaut aussi pour les lieux communautaires qu'il partage avec d'autres (sanitaires, salles de classe, salle de communauté).
Nous devons demander la permission avant de mettre dans notre chambre du mobilier ou des objets supplémentaires.
Les visites dans la chambre d'autres moines doivent toujours être brèves et pour une raison sérieuse.
Normalement nous ne restons pas allongés sur notre lit dans la journée sauf pour la sieste ou si nous sommes malades.
Le couvre‑feu (extinction des lumières) doit être respecté.

Silence et parole

Le monastère entier doit être un lieu paisible de prière. Lorsque nous avons besoin de parler, nous devons le faire « en quelques mots de manière sensée ». Il faut faire particulièrement attention à l'église ou à proximité, et dans les autres lieux où les moines ou les hôtes risqueraient d'être dérangés. La nuit et durant la sieste il faut éviter tout bruit.

La parole est précieuse. Un moine ne la gaspillera pas ni n'en fera mauvais usage. Il doit apprendre à toujours dire vrai, à parler avec justice et charité.

Nourriture et boisson

Les moines doivent manger la nourriture qui leur est offerte. Si un régime spécial est requis, il faut arranger cela avec l'infirmierou le cuisinier. Les moines ne doivent pas prendre de la nourriture à la cuisine, à la réserve ou au réfectoire, ou préparer sans permission des repas ou des en‑cas spéciaux pour eux‑mêmes.

Sauf avis contraire pour raison de santé, les moines ne mangent pas normalement entre les repas. Les jeûnes et abstinences habituels doivent être observés. Des jeûnes inhabituels ne doivent pas être entrepris sans l'avis d'un guide spirituel approuvé.

L'habit monastique

L'habit se porte à l'église, aux repas réguliers et dans toutes les occasions régulières (C'est‑à‑dire pour les cours, les rencontres communautaires). L'habit ou la vareuse monastique doit toujours être porté lorsque l'on quitte le monastère.

Les hôtes

« Tous les hôtes seront accueillis comme le Christ. » Nous devons donc témoigner d'une grande courtoisie et d'un grand respect à l'égard de tous ceux qui viennentau monastère, spécialement les pauvres. Nous ne devons pas, cependant, prolonger la conversation avec les hôtes, leur render visite dans leur chambre ou assumer la responsabilité de leur installation, de leur accompagnement ou de leur distraction. C'est la tâche du Père hôtelier. Nous n'entrons pas dans la chambre des femmes en séjour à l'hôtellerie mais nous leur parlons dans un parloir ou autre lieu approprié.

Arriver en retard / Partir plus tôt

Si un moine est en retard à l'Office ou au réfectoire, ou part plus tôt, il doit s'excuser de la manière habituelle.

Absences

Si un moine est absent d'un office, d'un repas ou d'une tâche commune (cours, travail manuel, etc.), il doit expliquer son absence à la personne responsable.

Voyages

Un moine ne doit pas quitter le monastère sans permission. Il doit prévenir toute personne susceptible d'être affectée par son absence (par ex. le professeur de la classe qu'il va manquer) et se faire remplacer dans toute charge qu'il exerce à ce moment‑là (par ex. lecteur, servant de table). S'il prend une voiture, il doit remettre la voiture et les clés, à l'heure dite. Lorsque nous nous promenons aux alentours nous devons saluer les gens aimablement. Nous ne devons pas entrer chez eux sans permission ni nous arrêter pour une longue conversation.

Novices : quelques points supplémentaires

a. Durant le noviciat on suivra le programme de lectures indiqué par le maître des novices.
b. Les novices demanderont la permission avant de rencontrer un hôte.
c. Les novices écriront régulièrement à leurs parents ou à la famille proche. Ils doivent demander la permission avant décrire d'autres lettres