Dom André Martins, osb, Ponta Grossa, Brésil

 

Il n'est pas si simple de parler du monachisme brésilien. Outre la congrégation bénédictine brésilienne, qui est née de la congrégation portugaise au XVIe siècle et fut restaurée ensuite par l'abbaye allemande de Beuron à la fin du XIXe siècle, nous avons d'autres monastères de traditions différentes : des Vallombreux, des Olivétains, des Nord-Américains, des Hongrois, des Cisterciens et Trappistes, des Camaldules et Chartreux, tous venus s'installer au Brésil au XXe siècle.

Nous devons insister sur la présence de moniales et de sœurs qui font une œuvre extraordinaire dans l'ensemble du pays.

Il est donc impossible d'esquisser un tableau clair de notre présence dans l'Église. Provenant de différentes traditions, chaque monastère fut fondé dans une église locale particulière, il réagit dans son milieu avec un sens de l'évangélisation qui lui est propre, selon sa manière de vivre la conversatio monastica, résultant de la vie conventuelle régulière en communauté, de la célébration de la liturgie, de l'accueil, de l'éducation et du travail pastoral dans la paroisse.

Après Vatican II, les communautés monastiques se sont engagées dans l'aggiornamento au coeur de la culture brésilienne, dans leurs régions respectives. Dans un pays si étendu, peuplé de gens venus d'Afrique, d'Europe et d'Asie ainsi que des différentes tribus indiennes indigènes, le monachisme ne pouvait manquer de prendre des formes originales.

En conséquence, ce qui est considéré comme brésilien au Nord ou dans le Nordeste diffère largement de ce qui est brésilien au Sud ou au Sud-Est du Brésil. Ces aspects influencent l'organisation et la façon de vivre les valeurs monastiques, et bien sûr la mission bénédictine auprès du peuple de Dieu.

C'est certainement une difficulté expérimentée communément comme une conséquence de notre situation géographique. La situation économique du pays affecte aussi la vie monastique en plusieurs points.

On organise des réunions de supérieurs, moines et moniales ou pour les jeunes en formation et on essaie d'intégrer de plus en plus de monastères dans ces réunions, en dépit des grandes distances et de la situation économique défavorable qui affecte la plupart des communautés.

La grande majorité des monastères travaille à sauvegarder et maintenir leur statut monastique. Avec la célébration de l'Opus Dei, le travail est très lourd dans toutes les communautés, féminines et masculines. Bien peu atteignent une stabilité de vie qui est d'ordinaire l'héritage des siècles. Et enfin, et ce n'est pas le moindre, des communautés nombreuses, surtout féminines mais aussi quelques communautés de frères, se voient dans l'impossibilité d'accueillir les personnes qui demandent de faire des retraites ou d'aider les pauvres qui sont toujours présents.

Nos moniales et nos sœurs sont toujours invitées aux réunions importantes comme les semaines d'études, et aux principales célébrations et activités comme la récréation. Cela a créé un climat de fraternité et de saine collégialité autour de nos monastères.

Dans quelques monastères les vocations abondent.

En général, les jeunes en recherche venant dans nos monastères sont de condition sociale humble et simple ; ils désirent une vie consacrée monastique. Le niveau de leur formation est très élémentaire, comme partout au Brésil, et il est nécessaire de le compléter. La formation catéchètique aussi est très pauvre et nous devons être plus attentifs dans ce domaine à cause de la fragilité des candidats.

Nous travaillons beaucoup la liturgie. La tradition que nous avons reçue a été sans aucun doute élaborée en beaucoup de monastères pour répondre aux aspirations et aux désirs de la nouvelle génération, y compris des personnes qui viennent dans nos monastères pour assister à la célébration de l'Eucharistie et à l'Office divin.

Nous avons noté un considérable regain d'intérêt pour la vie monastique chez les laïcs qui cherchent dans l'Église un lieu de confrontation théologique, de formation évangélique, de célébration et de méditation approfondie, autant qu'un lieu de silence pour la prière et la lecture attentive de la Sainte Ecriture ou lectio divina.

La recherche d'une paternité ou maternité spirituelle héritée de la Tradition, autant que puisée dans la lecture de la Règle de saint Benoît, a été sérieusement prise en compte par beaucoup de communautés de frères et de sœurs. Le climat fraternel d'une communauté bénédictine vient pour une grande part de la personnalité de l'abbé ou de l'abbesse. Dans une communauté on va au-delà des observances bonnes et indispensables de la vie conventuelle ; il y a place pour des rencontres, un dialogue et une pondération parmi les frères unis au nom du Seigneur.

Dans un monde marqué par la violence, la concentration des activités, la solitude de l'individualisme, la pauvreté économique et morale, un monastère peut être et doit être un espace ecclésial, une ville placée sur une montagne - c'est ainsi que Saint Grégoire le Grand décrit le Mont Cassin de saint Benoît - , où des hommes et des femmes brillent de la lumière de la Résurrection à la face de ceux qui "voyant leurs bonnes œuvres", rendent gloire au Père de Notre Seigneur Jésus Christ qui est dans les cieux (Mt 5,16).

Nous avons reçu la Tradition des monastères anciens. Dans notre propre culture, nous cherchons un modus vivendi qui soit loyal envers les valeurs que nous avons reçues, mais incarné dans la situation dans laquelle nous vivons. Les valeurs demeurent les mêmes, mais ceux qui les reçoivent peuvent changer. Ce ne seront pas les mêmes pour nos frères d'Europe ou des pays riches. Nous devons garder nos lampes allumées, non les mettre sous le boisseau mais les faire briller sur le lampadaire (Mt 5,15). Les lampadaires sont différents, même parmi nous au Brésil. Néanmoins nous avons tous des normes communes puisque nous buvons à la même source : l'évangile de Jésus Christ, puisé dans la tradition monastique selon la Règle de notre Père saint Benoît.