À Rome, du 4 au 13 septembre 2000

+Mamerto Menapace

Abbé Président

Congrégation Cono Sur

Quand on regarde le monachisme en Amérique Latine, il convient d'abord de distinguer clairement entre l'Amérique portugaise (Brésil), et le reste de l'Amérique hispanophone.

Le Portugal a autorisé la présence des monastères dès le début. Et les moines furent présents à la vie de l'Église brésilienne dès la première évangélisation. Mon frère André Martins, Abbé de Ponta Grossa, vous en parlera.

Pour le reste de l'Amérique latine en revanche, les communautés monastiques bénédictines sont une réalité très récente. A quelques exceptions près, il s'agit d'un phénomène postérieur à la seconde Guerre mondiale. Le monastère le plus ancien date de 1899, et il est resté le seul pendant pratiquement 50 ans. En outre, il y a encore aujourd'hui dans presque toutes nos communautés quelques moines fondateurs, ou bien au moins la génération qu'ils ont formée.

1.- a) Aspects positifs :

  • Ce sont de petites communautés, dans lesquelles un climat familial et fraternel peut se vivre plus facilement, avec ses avantages et ses inconvénients. Dans tous les monastères il existe un bon climat de prière adaptée à la communauté concrète, et un amour sincère et effectif pour la lectio.
  • En général on accorde une grande importance à l'accueil. Il nous est très fréquemment et extrêmement demandé de tenir une hôtellerie ouverte pour les prêtres, les religieux et laïcs de nos pays.
  • Il existe une bonne capacité d'adaptation au lieu et on peut innover sans causer de crises internes.
  • L'unanimité pour garder une bonne relation avec l'Église locale est notoire. En général ce sont les évêques eux-mêmes qui insistent pour que nous n'assumions pas de charges pastorales, ce qui pourrait faire obstacle à l'image du service monastique dans le diocèse. Il est parfois difficile de retenir quelques moines (dont je fais partie) qui s'engageraient volontiers sur ce terrain.
  • Nous venons de traditions monastiques européennes ou nord-américaines, très différentes entre elles, mais il suffit d'une génération dans ces nouveaux territoires pour parvenir à une sensibilité commune, tout en sauvegardant des diversités très accusées.
  • b) Aspects négatifs :
  • La présence monastique est un phénomène relativement nouveau et jusqu'à présent inconnu dans nos églises. Il y a le danger de le comparer avec les monastères européens, idéalisés depuis le Sud. Un évêque argentin qui dirigeait un jeune en recherche de vocation lui a dit qu'il n'existait pas chez nous de vie monastique, que s'il voulait réaliser une telle vocation il devait aller en France. Il ne le disait pas avec mauvais esprit mais simplement par ignorance.
  • La formation revient très cher. L'initiation à la vie monastique, mais surtout la formation permanente. Il est très courant que le pauvre abbé doive être aussi économe et maître des novices.
  • Beaucoup de monastères, qui ont maintenant près de 50 ans, n'ont pas encore réussi à avoir des bâtiments adaptés à une vie communautaire bien structurée. En bien des cas, les bâtiments des monastères furent construits, au début, selon un critère qui s'est finalement montré inadapté à la réalité actuelle.

2.- Message de notre réalité au monachisme du monde entier:

  • Il serait un peu prétentieux de notre part de vouloir enseigner quoi que ce soit. Nous sommes au stade du disciple. Mais nous pensons pouvoir partager notre expérience dans la joie : il est bon de constater que la vie monastique est en plein élan, pleine de vitalité, apte à s'établir en des terres nouvelles, répondant au désir des peuples qui souffrent terriblement des conséquences de la globalisation de tout - sauf de la solidarité. Pour beaucoup, la possibilité de passer quelques jours dans une communauté monastique est un petit signe d'espérance qui leur redonne joie et confiance.

 

3.- Qu'attendons-nous du monachisme de vieille chrétienté ?

  • Qu'il continue de rester fidèle à son témoignage millénaire, ce qui nous a permis, à nous, de naître en de nouvelles terres, au siècle passé.
  • Qu'il nous aide au niveau de la formation: études, bibliothèques, conférences ou séminaires par des spécialistes qui pourraient venir nous rendre visite.
  • Qu'il aie de la patience avec nous et ne nous juge pas avec précipitation : en définitive, Dieu ne nous a pas encore achevés !