Un jubilé : Congrégation sylvestro-bénédictine : 50 ans de présence en Inde

Par Fr. Pio Kanakunnel osb

 

CartesylvestroLa Congrégation sylvestro-bénédictine fut fondée par St Sylvestre Guzzolini (1177-1267) à Montefano près de Fabiano, Italie. Sylvestre Guzzolini, originaire d’Osimo en Italie centrale, qui était chanoine de la Cathédrale, est devenu ermite ; il a commencé sa vie de conversion comme solitaire à Grottafucile près de Fabriano, avec l’intention de vivre sa vie chrétienne le plus possible comme le jeune Benoît dans la grotte de Subiaco. Obligé de former une communauté avec un groupe de disciples qui peu à peu se groupaient autour de lui, et conseillé par deux visiteurs envoyés par le pape Grégoire IX, il donna naissance à un ermitage dédié à saint Benoît à Montefano près de Fabriano, en 1231. Commençant par le monastère saint Benoît à Fabriano en 1244, saint Sylvestre fonda ensuite douze communautés au cours de sa vie, en Italie centrale, adoptant la Règle de saint Benoît et l'habit bénédictin, mais fait d'étoffe plus grossière. En 1248, la nouvelle famille monastique a reçu la reconnaissance officielle du pape Innocent IV sous le titre : « Ordre de saint Benoît de Montefano ».

 

 

Extension en Asie

Jusqu'à la fin du 19e siècle, la Congrégation se limita à l'Italie centrale. En 1875, elle s'étendit jusqu'à Ceylan, actuel Sri Lanka, quand son premier monastère hors d'Italie fut établi à Kandy. Suivirent de nouvelles fondations en Amérique, Australie, Inde et Congo.

Dans les années 1930-1940, des postulants venus de l'Inde furent reçus dans la Congrégation pour être formés au Sri Lanka. Le nombre de moines indiens avait atteint une douzaine quand s'est tenue une réunion historique pour ces moines en 1960 au monastère de Kandy. La politique du gouvernement de Bhandaranagka demandant que tous les missionnaires étrangers, ou bien adoptent la nationalité srilankaise ou quittent le pays, motivait cette réunion. Au cours de cette réunion, les moines prirent la décision cruciale et audacieuse de quitter le Sri Lanka et de fonder un monastère sylvestro-bénédictin en Inde.

En Inde

Des recherches pour trouver un endroit approprié pour une fondation en Inde aboutirent à l'établissement du 1er monastère sylvestro-bénédictin en Inde, en mars 1962, à Makkiyad dans le district de Wayanad, au Kerala. Il n'y avait rien de particulier à Makkiyad qui était, à l'époque, un coin pratiquement inconnu de l'ancien village de Tondarnad quand le 1er groupe de moines y arriva. Il n'y avait pratiquement rien sinon abondance d'air pur et d'eaux jaillissantes des pentes de la montagne magnifique et quelques terres boisées convertissables en terres cultivées. Il n'y avait pas de route méritant ce nom, pas de pont sur la rivière Makkiyad qui, bien que pas très large, pouvait devenir un torrent durant les 6 mois de la longue saison des pluies, bloquant toute communication avec le monde même à pied, pour ne rien dire du transport par chariot à bœufs qui était le transport courant des hommes riches dans cette partie du monde où les automobiles étaient rares alors. Traversant la rivière au moyen d'un pont en bambou – moyen risqué – il fallait marcher 5 km pour atteindre la station de bus à Vellamonda pour attraper un bus occasionnel faisant le trajet pour Mananthavady, la ville la plus proche à 21 km de Maddiyad, ou pour Kozhikode, la ville suivante, à 90 km de Makkiyad. Il n'y avait pas d'écoles ni de lieu de culte, excepté un petit temple hindou ; pas d'hôpital ni de poste, ni télégraphe, ni téléphone, ni banque, ni service du gouvernement d'aucune sorte. Le lieu appelé Makkiyad, caché et inconnu dans un coin de Tondarnad, avait encore une longue route à accomplir pour arriver au merveilleux développement qu'il a atteint au cours des cinquante dernières années. Makkiyad qui ne méritait pas même une mention dans « les mémoires des débuts des monastères sylvestro-bénédictins en Inde », a sa place maintenant dans la carte du monde. Merci pour tout cela au monastère, et pour les efforts inlassables de ses habitants qui travaillèrent physiquement, intellectuellement et spirituellement pour l'amener à l'état présent de croissance économique, culturelle, sociale, politique et spirituelle.

Makkiyad est favorisé par la très grande beauté de la nature, mais ce qui donne une aura céleste à son charme, c'est surtout le fait que Makkiyad est maintenant une vallée de prière. Depuis le 19 mars 1962 – jour où le premier groupe de moines, arrivé du Sri Lanka, a commencé la célébration de l'office divin et de l'Eucharistie dans une chapelle improvisée dans un petit bungalow qu'un bienveillant voisin, I.Z. Cherian, avait mis à la disposition des moines – la prière chrétienne n'a jamais cessé de monter de Makkiyad.

Notre monastère, le cœur véritable de Makkiyad, a pris place sur une colline entourée d'une chaîne de montagnes (étonnantes) située à quelque distance. Attaché au monastère, nous avons le centre de retraite de Shantiniketan avec sa chapelle de l'adoration perpétuelle et le collège de la Sainte Face avec sa chapelle de la Sainte Face. Dans le voisinage, au cours des années suivantes, s'installa Ananthamata Ashram des sœurs cisterciennes, le couvent Sainte Scholastique, un home de personnes âgées, un hôpital des sœurs bénédictines de Notre Dame de Grâce et de Compassion, la paroisse syro-malabar qui fut construite et administrée pendant 10 ans par les moines avant de passer la main au diocèse de Mananthavady et le couvent des sœurs missionnaires de Marie Immaculée. Ananthamatha Ashram a été récemment remplacé par la maison du noviciat des Pères MSFS (Missionnaires de saint François de Sales) qui a acheté l'Ashram et la propriété des sœurs cisterciennes qui se sont déplacées à Munnampeta près de Kalpeta. Saint Joseph a été le patron privilégié que les pionniers ont choisi pour le nom de leur monastère. Le monastère Saint Joseph dont l'équilibre financier, depuis le début, a été précaire eu souvent à demander l'aumône pour sa subsistance du lendemain. Nous lui sommes immensément reconnaissants pour son intercession dont le soutien ne nous a jamais manqué.

Croissance

Les cinquante dernières années furent une période de croissance pour la Congrégation sylvestro-bénédictine en Inde sous la bienveillante protection du Dieu tout puissant. Déjà en 1962, le monastère saint Joseph à Makkiyad a commencé à recevoir des jeunes garçons de 12 ans et plus pour être éduqués dans « l'École Apostolique » en vue de former comme moine ceux d'entre eux qui en exprimeraient le désir à leur majorité. À présent, toutefois, nous n'acceptons comme postulants que des garçons de 16 ans et au-dessus. L'École apostolique a cédé la place à un petit séminaire qui fonctionne pour les monastères de la région pour faciliter de bonne heure la formation de postulants venant de régions variées du pays. En 1964, le monastère Saint Joseph ouvrait son noviciat et en 1965, il est devenu un grand séminaire approuvé par le Saint-Siège pour former des étudiants en philosophie. Les étudiants en philosophie d’autres Congrégations religieuses ou des diocèses sont formés dans notre séminaire. Ces étudiants sont tenus aussi de suivre tous les exercices de la communauté. Les études de philosophie sont faites à Vanashram, Bengalore. Les moines plus jeunes suivent des cours au collège de Jyoti Kristu, au grand séminaire des salésiens de Dom Bosco.

En 1983, le monastère St Joseph a été érigé en prieuré conventuel avec 2 maisons-filles, à savoir Vanashram à Bengalore (1973) et Jeevan Jyoti Ashram à Shivpori (1982). Plus tard Nava Jeevan, monastère bénédictin à Vijayawada (1987), le monastère Benhill à Irtty (1994) et Ashi Sadan Ashram à Teok en Assam (1999) furent ajoutés comme maisons-filles du prieuré conventuel St Joseph. Le Chapitre général de 2001 érigea le monastère bénédictin de Nava Jeevan en prieuré conventuel.

Apostolat

Les écoles sont un moyen efficace pour inculquer les valeurs chrétiennes aux enfants de toutes religions. Plus de 4000 élèves de toutes religions sont éduqués dans nos écoles dans différents états de l’Inde. Le nombre d’élèves dans nos écoles augmente chaque année. Toutes nos écoles fonctionnent en accord avec les lois du gouvernement et des religieuses ainsi que des hommes ou des femmes de toutes religions travaillent sous la direction d’un groupe de moines. Environ 50 élèves surtout des catholiques, venant de loin, suivent les cours au collège de la Sainte Face à Makkiyad et profitent de facilités d’hébergement dans notre hôtellerie. Une hôtellerie similaire est envisagée à Iritty. À Teok il y a un accueil dans les locaux du monastère pour les garçons pauvres du collège de Bengarden. Les jours de classe, élèves et personnel de toutes religions vont à la chapelle de la Sainte Face dans notre école pour la prière et l’adoration du St Sacrement. Chaque 1er vendredi du mois, les élèves et le personnel de l’école viennent pour une eucharistie spéciale à la chapelle du monastère. Tous les enfants pensionnaires participent à l’eucharistie quotidienne avec les moines de la communauté. Ils ont la possibilité de confessions régulières et de directions spirituelles. Comme la chapelle de la Sainte Face est située dans le même bâtiment que la pension, c’est le lieu pour la prière régulière des pensionnaires.

Nous avons deux paroisses desservies par nos monastères, une à Vijayawada et une à Shivpuri. La paroisse de Vijayawada a des ‘postes’ dans plusieurs villages des alentours, pendant que la paroisse de Shivpuri a une antenne à environ 50 km de là. Bien que la population catholique de Shivpuri soit réduite, environ 20.000 hindous visitent la crèche de la paroisse à Noël chaque année.

Accueil

Dans tous nos monastères en Inde, hôtes et fidèles viennent demander l’intercession de saint Benoît. Des fidèles du voisinage ou de plus loin, participent à notre messe conventuelle. Les prêtres, dans tous nos monastères, étendent leur activité sacerdotale aux paroisses du voisinage et aux couvents. Ils prêchent des retraites spirituelles et des récollections dans des paroisses éloignées et dans des communautés religieuses selon que les demandes sont acceptées par les supérieurs respectifs. Trois fois par mois, le centre de retraite de Shantiniketan organise des retraites d’une semaine. Une moyenne de 300 personnes, laïcs, prêtres ou religieux viennent à chaque retraite pour un renouvellement spirituel. Il y a aussi des non chrétiens à ces retraites. Désintoxication de l’alcool et de la drogue, délivrance d’autres mauvaises habitudes et de maladies ont lieu durant ces retraites ; il y a aussi des moments pour demander conseil.

Jubilé d’or

L’année passée, du 19 mars 2011 au 19 mars 2012, nous, les Sylvestro-bénédictins en Inde, étions en fête. C’était le jubilé d’or de la présence de notre Congrégation en Inde. Cinquante ans peuvent sembler une période bien courte dans la vie d’un ordre religieux, mais c’est un temps assez long pour des hommes qui sont appelés aujourd’hui à faire vivre l’ordre dans la durée de vie que Dieu leur accorde. Nous avons toutes les raisons de célébrer, car tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons ici maintenant, est l’œuvre de la providence merveilleuse de Dieu. Nous pouvons seulement incliner la tête avec beaucoup de gratitude dans l’adoration et la prière devant Dieu qui nous a largement dispensé ses dons et son amour sur chacun aussi bien que sur la communauté, et prier humblement pour que son aide continue. Ce que nous célébrons, c’est la gloire de Dieu. Au cours de l’année écoulée, il y a eu beaucoup de prières d’action de grâce et de louange s’élevant de toutes les communautés de nos deux prieurés conventuels en Inde. Sans doute d’autres prieurés et tous nos amis nous ont rejoints dans cette prière. Une prière du jubilé composée à cette occasion était récitée dans chaque communauté durant l’adoration du Saint-Sacrement.

La célébration du Jubilé d’or fut solennellement inaugurée par notre Ordinaire, le Très Révérend Dr Joseph Kalathiparambili, évêque du diocèse de Calicut, le 5 mars 2011, la date réelle du commencement du jubilé, 19 mars, tombant en carême. Le 21 mars, l’archevêque émérite du diocèse de Thrissur, Mgr Jacob Thumkuzhy a béni la chapelle de l’adoration perpétuelle dans le Centre de retraite de Shantiniketan. Mgr Georges Gnaralakat, évêque du diocèse de Mandya a ordonné deux de nos moines, diacres à Makkiyad, le 22 octobre 2011. La célébration solennelle du jubilé d’or fut marquée par l’ordination presbytérale de ces deux diacres par Mgr Jose Parunnedam, évêque du diocèse de Mananthavady et par la célébration solennelle de l’Eucharistie présidée par le Révérend Dr Cletus Pereira, osb, sylvestrin, évêque de Ratnapura, au Sri Lanka, le 18 février 2012. Les célébrations du jubilé se terminèrent le 21 mars 2012, avec toute la famille indienne sylvestrine, comprenant les membres des familles, relations et amis des moines sylvestrins, par une célébration familiale extrêmement chaleureuse.

Combien de cœurs bons se tinrent avec nous dans les hauts et les bas de notre existence quotidienne au cours de ces 50 années bénies de Dieu. Nous avons reçu beaucoup d’aide financière, beaucoup, spécialement des pauvres du voisinage qui offrirent un profond soutien par leur travail matériel. Sans oublier les âmes très généreuses, évêques, prêtres, religieux et laïcs sans lesquels nous n’aurions pas survécu…

Nous nous souvenons de vous avec une très profonde gratitude. Nous prions pour vous. Nous avons compté sur vous avec confiance dans le passé, nous comptons sur vous maintenant et nous comptons sur vous encore dans l’avenir.