P. Martin Neyt, osb, président de l'AIM

VIVRE SOUS LA PAROLE DE DIEU

 

mneytIl est des heures dans notre vie où nos références s’estompent, où nous nous interrogeons sur le sens de l’existence, où les réalités qui nous entourent paraissent bien éphémères et relatives. Que devient alors le réel ? Où trouver une manière de vivre qui sorte de l’illusion, qui touche les fondements de notre existence ?

La Parole de Dieu, telle qu’elle a été pratiquée et l’est encore dans nos communautés monastiques, nous invite à changer notre vision du réalisme : car, c’est Jésus-Christ lui-même, colonne de lumière et de feu, qui fonde le réel quand les certitudes humaines se dissolvent dans l’illusion. L’exhortation du Pape Benoît XVI sur la Parole de Dieu, Verbum Domini, est un document trop peu connu qui mérite toute notre attention. Dans ce grand texte qui décrit son lien avec la personne humaine, l’Eglise, le monde, deux courants portent toute l’inspiration du message : d’un côté, le Prologue de saint Jean (Au commencement était le Verbe…) et son Evangile, de l’autre la Constitution « Dei Verbum ». La Parole de Dieu s’inscrit là au cœur de notre foi et de notre espérance.

Dans son rapport à la liturgie comme dans l’histoire du salut, la Parole de Dieu a un caractère performatif, elle accomplit ce qu’elle dit, elle relie l’écoute de ce qui est exprimé à l’action. Les moines se souviennent du précepte de saint Benoît invitant ses disciples à ce que leurs paroles concordent avec leur cœur et leur action.

Les Pères du désert, jadis comme de nos jours chez les coptes d’Egypte, sont habités par le souci de cette cohérence et y consacrent toute leur vie. Aussi, chez eux, la Bible est utilisée « comme la source première de l’être humain, sa référence fondamentale dans la recherche quotidienne d’une vie selon l’Évangile » souligne le Frère Guido Dotti, moine de Bose en Italie. Les exemples de vie foisonnent dans les apophtegmes et des textes bibliques hautement significatifs sont mis en lumière : tout quitter pour suivre Jésus, porter sa croix, avoir le souci des pauvres et des petits, être habité par la miséricorde, la douceur et l’humilité. Cet itinéraire spirituel implique l’ouverture du cœur, une démarche de cœur à cœur avec un Ancien, celui qui porte la parole dans la vie. Aux questions posées par son disciple, ce dernier répond souvent par une citation biblique qui éclaire merveilleusement l’évènement vécu et le chemin à poursuivre… La chasteté du cœur, définit Jean Climaque, est un passage de l’érôs sensuel à l’érôs pour Dieu, conversion exprimant un amour total pour Celui à qui on a donné sa vie. Ou encore rapporte une autre Parole jaillie du désert : « Tu es né aujourd’hui, aujourd’hui tu as commencé à servir Dieu…Sois ainsi chaque jour, comme un étranger qui demain doit partir ».

Dans quelle mesure la liturgie est est-elle monastique ? Dans sa contribution, le Père Dieudonné Dufrasne, osb, distingue la liturgie des heures de l’Eucharistie, prière de l’Eglise et nuance les approches respectives. Aurions-nous sous-estimé la place essentielle d’Israël dans la révélation chrétienne ? Israël n’est-il pas pour le monde, ce que le moine est pour l’Eglise ? Soeur Françoise Romaine d’Abu Gosh en Israël et sœur Dominique Cassiers en France nous offrent des réflexions importantes et des pratiques nouvelles sur cet enracinement premier de la Parole de Dieu et sur la réalité d’Israël. Aujourd’hui, comme au temps des Pères du désert, en Inde comme sur le vieux continent, les moines vivent de la Parole de Dieu qui habite toute la règle de saint Benoît, telle est l’expérience que nous transmet le P. John Kurichianil, de Kappadu en Inde.

Avant de conclure, ajoutons cette note jubilatoire de la Congrégation bénédictine des Sylvestrins qui viennent de célébrer  50 ans de présence en Inde et soulignons encore une fois combien la Parole de Dieu, étudiée, méditée, priée et contemplée, a été à la source de bien des renouveaux, celui des Camaldules présenté par le P. Emanuele Bargellini, osb, et demeure celui de chacune de nos communautés actuelles se nourrissant à cette source toujours neuve, fondement de notre vie commune et de l’attente ardente du retour du Christ.